Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 233 du 31 mars 2001 - pp. 18 et 19
Vérités interdites
Génie, quand tu nous tiens...

Comme chacun sait, l’homme "améliore" son environnement, son milieu de vie grâce à son génie.

Vous noterez au passage l’extraordinaire suffisance, totale insulte à la nature, ultime blasphème envers le Créateur et complète négligence de l’élément premier : le Temps.

Le monde vivant, le monde "biologique", a environ un milliard d’années d’existence, lente maturation au terme de laquelle l’homme s’est imposé depuis moins de deux millions d’années... et n’influe directement sur son biotope que depuis au plus dix mille ans !

Le XXe siècle aura été, de loin, le plus fécond en désastres en tous genres qui procèdent tous des diverses acceptions de ce "génie" :

- génie spéculatif, de Lénine à Mao, d’Hitler à Polpot qui asserviront les peuples écrasés sous des millions de cadavres pour "l’amélioration sociale de la civilisation" au nom des idéologies...

- génie scientifique, d’Einstein à Oppenheimer qui permirent Hiroshima et Tchernobyl...

- génie civil pour corriger la nature, particulièrement prisé de Staline, auteur du Plan de réorganisation de la nature, et de ses successeurs du barrage d’Assouan qui désertifie la vallée du Nil à l’irrigation du Khazakstan qui assèche la mer d’Aral...

Que la liste est longue !

Les brillants résultats des modifications faunistiques et floristiques induites au XIXe siècle auraient pourtant dû rendre méfiants les bricoleurs du siècle suivant. Mais non : les déséquilibres provoqués, dont les conséquences s’observent et se déplorent tous les jours sans pouvoir être palliées, ne servent pas de leçons et les destructions massives des paysages naturels ou traditionnels n’émeuvent personne si ce n’est de par leurs résultats esthétiques : tout est bon pour mépriser l’environnement au nom de la rentabilité et de la satisfaction immédiate de besoins conjoncturels dont les suites à terme, à l’échelle biologique ou géologique, ne sont jamais envisagées !

Le XXIe siècle sera celui du "génie biologique" où l’homme sans expérience et sans recul va pouvoir se livrer à la satisfaction de tous ses phantasmes et jouer à l’apprenti sorcier en omettant, bien sûr, de se souvenir que toute modification, même infime, d’un fragile équilibre acquis au bout de millions d’années ne se fera jamais sans conséquences à long terme, aujourd’hui imprévisibles, car l’homme a une durée de vie bien limitée à l’échelle du temps sidéral !...

C’est la victoire du stalinisme agricole

Les cafouillages autour des OGM sont la meilleure illustration des conséquences de la recherche irresponsable "à responsabilité limitée" et au profit le moins bien partagé.

L’exemple suivant devrait pourtant faire réfléchir nos enragés des éprouvettes... et des brevets !

La course au désherbant miracle des cultures a des conséquences heureusement suffisamment immédiates pour que certains esprits, même des plus obtus, s’en émeuvent.

Nos brillants chercheurs, si avides d’hybrides en tous genres, ont simplement "oublié" que l’hybridation n’est pas une invention humaine et que la nature l’utilise depuis la nuit des temps...

Résultat : les OGM relâchés dans le milieu naturel s’hybrident aussi, avec les conséquences attendues : les caractères mutés "passent" dans des organismes sauvages hybrides... ce à quoi, curieusement, certains brillants spécialistes ne s’attendaient pas !

Ainsi, le colza et la ravenelle, la betterave et le chénopode vulgaire sont susceptibles, vivant ensemble, d’échanger des éléments de patrimoine génétique. Qu’arrive-t-il si le caractère modifié qui "passe" concerne la résistance à certaines substances herbicides, par exemple ? C’est très simple : l’OGM conçu pour présenter une résistance à la toxicité de cet herbicide - ce qui permettrait de nettoyer d’un coup les champs par désherbage chimique - va transmettre cette résistance à certaines "mauvaises herbes"... Effet durable garanti !

On connaissait déjà les effets mutagènes des insecticides organiques, comme de nombreux antibiotiques qui induisent des mutations - dont certaines, bien sûr, résistantes - en s’incorporant, de par la nature même de leurs molécules, à la chimie génétique de leurs hôtes...

Grâce au génie génétique on pourra aller plus loin et induire des catastrophes durables, voire irrémédiables dans le temps, dans des domaines que nous ne soupçonnons même pas par manque de recul. Ce n’est pas à l’échelle humaine.

On ne s’étonnera donc pas de l’inquiétude due à un sursaut de ce bon sens venu du fond des âges face à une technologie non maîtrisée dont les effets secondaires ne sont pas même envisageables !

De bons esprits feront remarquer qu’il n’y aurait jamais eu d’avancées technologiques si on n’avait pas bousculé les idées reçues.

Certes. Encore faut il savoir comment. Prenez la pomme de terre, par exemple. Plante très toxique, on le sait depuis le plus lointain Moyen Age. Parmentier n’en a jamais disconvenu. Il a simplement remarqué que les toxines étaient produites dans les tubercules verdissant avec la photosynthèse ; pour qu’ils ne deviennent pas verts, il fallait donc cultiver les tubercules à l’obscurité en créant des buttes artificielles.

C’est cela le vrai génie : savoir utiliser la nature en la respectant et non pas vouloir la transformer. Le buttage vaut bien un OGM et a beaucoup moins de conséquences !

La récente condamnation de José Bové - dont on peut penser ce que l’on veut, mais qui est cohérent dans ses actes, chose rare de nos jours chez un homme politique - pour la destruction de souches de recherche de riz transgénique dans les serres du CIRAD a été l’occasion de revoir des images d’actualité qui devraient nous faire réfléchir, voire nous faire froid dans le dos : José Bové s’introduisant, nécessairement avec une équipe de télévision, dans les serres de ce centre de recherche et jetant à pleines brassées le riz en plants à l’extérieur pour le détruire...

Il ne s’agit pas là de disserter sur l’action de José Bové mais bien de constater de visu que des plants transgéniques expérimentaux de recherche, presque à maturité, sont à la portée de main dans les laboratoires, directement accessibles à n’importe qui !!! C’est cela qui devrait nous faire réfléchir, et qu’aurait surtout dû sanctionner le tribunal de Montpellier : l’inconscience du CIRAD ! Notre législation prévoit pourtant très clairement le chef de "mise en examen" y afférent : "mise en danger de la vie d’autrui".

Les apprentis sorciers en folie

Entendons-nous bien : Il ne s’agit pas du tout de vilipender la recherche génétique qui, raisonnablement menée, nous apportera des progrès considérables, mais de forcer les apprentis sorciers en herbe - c’est le cas de le dire - à un peu de prudence et de rigueur dans la protection de l’environnement face aux conséquences de leurs travaux.

Imaginerait-on laisser des chimistes verser systématiquement dans les tuyaux d’égout des litres de traceurs radioactifs ou les substances organiques toxiques expérimentales ?

Comment donc laisser en pleine nature, sans aucune protection, à la merci d’un carreau cassé, des souches transgéniques en cours d’élaboration dont le pollen peut être disséminé d’un simple coup de vent ou des débris emportés par les divers petits animaux (insectes, vers, oiseaux) susceptibles de circuler ?

S’il y avait quelque chose à sanctionner, ce jour-là au CIRAD, c est bien cet état de fait...

Nous aurons ainsi appris une chose : nous sommes non seulement menacés des conséquences de la recherche achevée, mais encore beaucoup plus par les inévitables accidents expérimentaux face auxquels, visiblement, rien n’est prévu dans ce genre de domaine...

Génie, quand tu nous tiens !

Claude Timmerman
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