Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 236 du 10 mai 2001 - pp. 20 et 21
C’est à lire
Le panier à provision comme arme de résistance

Si les abrutis syndiqués avaient lu Les Dessous de l’agro-alimentaire, votre caddie en otage, le stupéfiant et terrifiant livre de Dominique Peraldi, sans doute auraient-ils reculé devant le ridicule avant de lancer le mot d’ordre le plus imbécile de l’histoire des "luttes ouvrières", comme ils disent : « Boycottez Danone ! »

Prétendre boycotter Danone, c’est à peu près comme vouloir assécher les inondations de la Somme avec un tampon-buvard.

Dominique Peraldi fait un bref portrait de ce géant qui domine le marché mondial des fromages frais, avant Nestlé et Yoplait. C’est ahurissant : « Aux Etats-Unis, la transnationale a racheté les sociétés américaines de fabrication de fromage italien Concord Marketing et Simplot Dairy Group. Elle occupe le terrain en Amérique latine où elle a pris le contrôle du distributeur argentin de produits laitiers Logistica Serenissima ; en Arabie Saoudite avec l’acquisition d’Al Safi, numéro un dans son pays sur le marché des produits laitiers frais ; en Afrique ; en Asie, notamment en Chine, par le biais de partenariats avec le groupe laitier Wazhaha et le groupe Robust spécialisé dans les boissons et les produits laitiers ; en Turquie, alliée à Sabanci, le top des eaux et produits laitiers frais ; en Afrique du Sud avec Clover, number one des produits laitiers frais ; au Maroc avec l’acquisition de la société du laitier marocain Meddeb. Et sur la planète fast food elle a créé un yaourt spécialement pour la chaîne de restaurants Quick. »

On mesure ce que pèsent, face à cet empire, à cet himalaya, les gesticulations d’une poignée de syndicalistes grisâtres et de petits fonctionnaires qui éliminent le quart de Volvic du menu de la cantoche et se privent de "cracottes" au petit déjeuner !

Danone, c’est cinquante-cinq grandes marques d’alimentaires dont la moitié d’eaux minérales dans le monde entier et c’est surtout une des grandes puissances économiques de la planète ; de celles que l’auteur appelle les « firmes géantes » et qui dictent leur loi aux « Etats nains ».

Car ce que l’on découvre, en lisant l’ouvrage de Dominique Peraldi, c’est l’étendue de l’imposture qui fait croire aux peuples que la liberté et la démocratie sont assurées parce que des électeurs ont voté pour désigner leur députe, voire leur président de la République.

Les patrons de Cargill, Novartis, Monsanto, Savia, Astra, DuPont, Aventis, DowChemical ou CropGen, eux, n’ont jamais soumis leur bilan à aucun suffrage universel. Et chacun d’entre eux a plus de pouvoir politique, économique et même sans doute militaire que Chirac.

Tous ces titans des céréales, de la viande, des semences, du médicament, de l’eau en bouteille, ont plus de poids sur notre vie quotidienne, notre situation professionnelle, nos finances, notre information et surtout notre santé que tous les ministres de l’Economie, de la Santé, du Travail ou de l’Agriculture de tous les pays civilisés.

Et ils ne rendent de compte qu’à leurs conseils d’administration.

Quand, pour une expérience transgénique, une augmentation des bénéfices ou une simple erreur, ils tuent des centaines de milliers de gens, comme les trafiquants de fausse huile d’olive en Espagne, les fabricants d’engrais de Bopahl ou les marchands de farines animales en Europe, aucun tribunal international ne les traque pour les faire comparaître comme un vulgaire général serbe.

Quand, par appât du gain, ils font sciemment disparaître des milliers d’espèces animales, des milliers de variétés de semences et de plants, aucun écologiste n’exige d’eux le centième de ce que l’on impose aux chasseurs qui osent flinguer quelques centaines de tourterelles au printemps.

Quand, pour vendre l’eau qui devrait appartenir à tout le monde, ils corrompent les hommes politiques, les édiles et les fonctionnaires, ce sont les politiciens, les élus et les rond-de-cuir que l’on condamne, jamais les corrupteurs.

Et si par extraordinaire un journaliste trop curieux met le nez dans leurs magouilles, ils le font purement et simplement virer en menaçant le support de supprimer tel ou tel budget publicitaire.

Refusé par plusieurs éditeurs, justement pour ces raisons, le livre de Dominique Peraldi, journaliste international, est un travail "à l’américaine". Ecrit au rasoir. Pas un mot de trop, pas une figure de style, pas un commentaire hasardeux. Des faits, des noms, des listes. C’est le réquisitoire le plus accablant jamais dressé contre la seule vraie dictature qui menace le monde : celle de la mafia agro-alimentaire.

Là aussi la résistance s’impose. Et l’arme de cette résistance est dans toutes les bonnes maisons.

Cela s’appelle un panier à provisions.

Serge de Beketch

"Les Dessous de l’agro-alimentaire" par Dominique Peraldi. Editions du Dauphin. 98 Francs.
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