Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 245 du 19 septembre 2001 - p. 10
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Une nouvelle affaire des poisons

Depuis Marie Capelle (Madame Lafarge) et Marie Besnard, l’empoisonnement est connu dans la bourgeoisie provinciale pour ses effets dynamisants sur l’économie domestique. Eh bien il semble que ces Marie-là aient fait autant que Marie Curie pour la grande Industrie chimique. On a parlé récemment des victimes du médicament "anti-cholestérol" de Bayer. On pourrait bien parler prochainement du désherbant de l’autre géant de la Chimie, B.A.S.F.

L’industrie fonctionne sur la base de brevets qui assurent au groupe détenteur une position de monopole dans la fabrication et la distribution de son produit. Mais ces brevets ne sont protégés que pour un temps limité à l’issue duquel ils tombent dans le domaine public.

L’un des problèmes économiques les plus ardus consiste donc à trouver des moyens de prolonger artificiellement la validité d’un brevet.

Cela se fait généralement en l’améliorant. Le jeu consistant à retarder cette modification à l’extrême afin de gagner le plus de temps possible.

Ce qui donne à la concurrence dans l’innovation des allures de poursuite cycliste sur piste, le premier qui démarre étant souvent celui qui perd.

Exemple : le chloridazone, brevet B.A.S.F., a garanti à ce géant de la chimie une position de quasi-monopole sur le marché du désherbage de la betterave depuis la fin des années soixante.

Or ce produit a des effets écologiques catastrophiques. Très toxique, non biodégradable, il persiste dans le sol et contamine les nappes phréatiques...

Trente ans durant, le désherbage des betteraves fut donc la cause d’un empoisonnement des terres.

Tout le monde le savait mais comme on ne pouvait apparemment pas faire autrement, on ferma les yeux en toute connaissance de cause, fabricants, distributeurs et utilisateurs. Dans la chimie agricole, l’omerta est de rigueur. Et puis on n’en est pas à une pollution près !...

Pourtant, devant la dimension du scandale, certains finirent par s’émouvoir.

C’est ainsi qu’au début des années 90, un laboratoire tchèque mit au point un procédé industriel permettant d’éliminer l’isomère qui faisait du chloridazone un poison polluant et commença la commercialisation du produit épuré.

Chacun se félicita de cette avancée technologique.

Chacun sauf B.A.S.F. qui attaqua le labo tchèque en justice et produisit à l’audience un brevet de séparation des isomères déposé en... 1982 !

Après dix ans de chicaya judiciaire, B.A.S.F. a finalement obtenu de la F.A.O. la validation d’homologation de ce produit épuré qui, considéré comme "nouveau", lui garantit un nouveau monopole d’exploitation !

Mais on a ainsi découvert que, depuis 1982, B.A.S.F. a sciemment pollué les terres traitées alors que le moyen d’éviter cette pollution existait, caché dans ses tiroirs.

Motif : la firme, qui, comme toute l’industrie phytosanitaire fonde sa communication publicitaire sur la protection de l’environnement et la préservation de la santé publique, a préféré garder secrète l’existence du nouveau produit non-polluant jusqu’à l’expiration du brevet déposé pour le poison et allonger ainsi la durée de son monopole de production.

Question à dix milliards : quels ont été les effets de cette cachotterie sur la santé publique ?

Claude Timmerman
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