Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 3
Parlons Franc
Hausse du tabac :
contrebande et cannabis

Pendant que la main gauche du pouvoir se prépare à légaliser le cannabis, sa main droite est en train de fabriquer de toutes pièces un nouveau marché juteux pour les mafias en portant à l’incandescence la hausse des taxes sur le tabac.

Il y a des moments où l’on se demande si l’on n’est pas gouverné par des gangsters vicieux plutôt que par des imbéciles calamiteux.

La légalisation du cannabis est inscrite dans le programme des toutes prochaines années.

Pas de jour sans qu’un élu, un avocat, un médecin, un journaliste, un artiste n’apporte sa contribution à la campagne en faveur de la dépénalisation.

Les moyens les plus inattendus sont mis en oeuvre pour gaver le populo de considérations apaisantes sur cette drogue. Ainsi un article anodin paru dans la fort belle revue Terres sauvages sur les parfums de l’Egypte ancienne révèle que la firme L’Oréal tente de reconstituer le parfum des pharaons avec les ingrédients d’origine.

Dont le cannabis, vous l’avez compris.

Au nom de l’archéologie et de la prospérité de l’industrie française du parfum, il faudra bien un jour se résoudre à réhabiliter ce qui ne doit pas être un poison si nocif que ça puisqu’on en consomme depuis cinq mille ans et plus.

Et puis, n’est-ce pas, c’est un médicament. D’ailleurs la France est le dernier pays d’Europe avec la Suisse (la Suisse du secret bancaire et de l’or nazi, suivez mon regard) à considérer le cannabis comme une drogue alors que l’alcool et le tabac, bien plus dangereux, y sont en vente libre.

On connaît cette musique, elle est toujours au hit parade.

Voici donc Monsieur Soros qui, entre deux raids de prédateur sur la Bourse, surveille ses stocks de cannabis, prêt à fondre sur le marché hexagonal et à faire preuve de générosité pour les politiciens qui auront aidé son petit commerce à prospérer.

Quant à l’augmentation des taxes sur le tabac, pardon, sur les cigarettes (on reviendra sur cette nuance), elle a été votée malgré une tentative de dernière minute du socialiste Charrasse et du chiraquien Karoutchi.

Cette coalition aurait pu paraître suspecte si l’on n’avait été assuré de la rigueur morale calibrée à l’équerre et au compas qui tient ces deux figures emblématiques de l’étique citoyenne à l’abri des pressions du trop généreux lobby des cigarettiers.

Maintenant, quel va être le résultat de cette augmentation ?

la baisse de la consommation ? Pas du tout : le porte-parole des buralistes a confessé que, passé le premier choc des augmentations, les fumeurs sont toujours revenus à leur habitude, quitte à mettre un peu plus la main à la poche.

Les même buralistes, en revanche, vont le sentir passer : 15 % d’avance supplémentaire à verser sur les recettes fiscales du tabac puisque les taxes sont payées à la livraison et non pas en fin d’exercice. Les buralistes sont donc plus que jamais contraints de tenir le rôle bénévole de collecteurs des impôts de l’Etat.

Mais le résultat le plus clair de cette nouvelle augmentation est qu’il va redevenir intéressant de faire de la contrebande de cigarettes.

Tout simplement parce qu’il suffira de vendre un paquet de cigarettes au double de son prix de revient pour que le fumeur puisse l’acheter à la moitié de son prix de vente officiel.

La gauloise brune va en effet coûter 3,5 keuros chez le buraliste.

Au marché noir, elle sera vendue 2 zeuros par un dealer qui l’aura payé 1 neuro à son grossiste.

Une activité criminelle disparue depuis près d’un demi-siècle va donc revenir en force.

Les consommateurs sont là, trop contents d’économiser deux zeuros par jour au moins. Les producteurs n’y perdront rien, les réseaux d’importation, de transport et de distribution (contrôlés par la mafia albanaise) sont déjà opérationnels en Italie, la distribution fournira à la racaille des territoires occupés un appoint à la fois plus juteux et moins risqué que le petit commerce habituel du crack, de la blanche et de la coke et, en plus, cela fera oublier la perte probable du monopole du cannabis au profit des réseaux commerciaux légaux.

Bref, c’est tout un pan d’économie parallèle qui va recevoir un brusque coup de fouet.

Accessoirement, cela va occuper les juges qui auront ainsi moins de temps encore à consacrer aux élus corrompus et aux banquiers véreux ainsi que les douaniers à qui l’on souhaite bien du plaisir pour traquer les contrebandiers sur un marché européen où le prix du tabac peut varier du simple au quintuple en franchissant des frontières qui n’existent plus.

Serge de Beketch
Sommaire - Haut de page