Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 7
Coup de gueule
par Saint-Plaix
Journaleux et savants fous au service de la mafia des pollueurs

Depuis la création du ministère du développement durable, l’offensive antiécologique progresse.

Sur le front judiciaire d’abord.

Les séides de Monsanto vont réexpédier José Bové en prison. Non parce qu’il a détruit un McDo. Ça, tout le monde s’en fout, à commencer par le titan amerloque de la malbouffe (qui n’avait pas osé rêver d’une telle publicité compassionnelle). Mais parce qu’il a fini par éveiller les opinions publiques aux dangers des OGM, ce qui n’était pas du tout inscrit dans son contrat d’agitateur sous licence.

Du coup, tel Carlos, porté au pinacle à une époque où la menace terroriste internationale servait les pouvoirs bourgeois, puis arrêté et mis au secret dès qu’il n’a plus été utile, Bové est renvoyé à la niche pour avoir mordu le mauvais facteur.

Et à titre d’avertissement aux amateurs.

Sur le front politique ensuite.

La dénonciation de l’écologisme est devenue le dernier sujet à la mode et la désinformation bat son plein dans un tintamarre à faire passer la propagande stalinienne pour un exercice de poésie élégiaque.

Ah on ne lésine pas sur les moyens !

On a même sorti du formol le vieux Georges Charpak(1), prix Nobel de physique à l’ancienneté, qui, reconverti dans la divagation éditoriale à prétention scientifique, avait tenté de « démontrer » que la foi est incompatible avec la science.

Si l’on avait du temps à perdre, il faudrait lire, pour se détendre, l’opuscule où, à la suite d’un pilpoul barbouillé en calcul de probabilité, il « conclut » que les conclusions du groupe de recherche sur le Saint Suaire constitué aux USA, le STURP, sont à prendre avec des pincettes au motif que cet institut était composé de trente-neuf croyants et un seul agnostique (sic !). Ce qui ne serait pas statistiquement représentatif.

On n’aura pas l’impudence de demander à ce grand savant jusqu’à quel quota de croyants une équipe de chercheurs est supposée fiable...

On se bornera à citer un des amusants sophismes proférés par notre Bonhomme la Science dans son pensum : « Qu’un événement improbable spécifié se produise est hautement improbable. En revanche, qu’un événement improbable quelconque, pris parmi tous ceux qui peuvent se produire, se réalise est fortement probable. »

En clair : on a moins de chance de gagner le tiercé en jouant une seule combinaison qu’en les jouant toutes.

Ça valait bien un Nobel !

Et c’est ce farceur que l’on a retrouvé récemment sur La Cinquième au côté de Pierre Kholer (« ex-directeur scientifique de RTL », c’est du sérieux, ça !) dans une émission intitulée : « L’écologie est-elle une imposture ? »

Le but du jeu : vendre le bouquin de Kholer(2), pamphlet ébouriffant qui, au rebours de toutes les données scientifiques actuelles, entend démontrer que l’écologie est une fumisterie, en citant à l’appui de ses thèses les seuls travaux des membres de la commission écologique dont Roselyne Bachelot a confié la présidence à Yves Coppens (sans rire !).

Extrait de ce Taj Mahal de la pensée savante : « Laisser la forêt à l’état naturel est satisfaisant pour l’esprit mais constitue en fait une aberration écologique. »

Ça ne s’invente pas.

Dieu - pardon - Hasard merci ! Kholer a une excuse : il est journaliste. C’est-à-dire un monsieur qui ne sait rien sur tout et tout sur rien, ce qui lui permet d’en discourir librement.

Ce sont d’ailleurs des journalistes qui viennent de répercuter, avec des prosternations de vieilles bigotes, la déclaration conjointe des académiciens de médecine et des sciences affirmant que les OGM ne présentent aucun danger, ou celle de Charpak selon qui la destruction de ces OGM de plein champ porterait préjudice à l’INRA en empêchant cette institution de déposer des brevets et, donc, en favorisant la recherche américaine...

Quand on sait que l’INRA ne dépose pratiquement pas de brevets et que les expérimentations de plein champ sont à 90 % des tests de firmes privées à capitaux US, il y a de quoi rire...

Quand on se souvient que c’est exactement au nom du même raisonnement que l’on a distribué du sang contaminé le temps de permettre aux labos français de mettre au point un brevet qui éviterait de « favoriser » les labos américains, on rit moins.

Et quand on assiste à la tragédie du Prestige, on ne rit plus du tout.

Parce que des politiciens criminels ont, pour des raisons de politique locale, refusé de drosser cette Bête de la Mer dans une anse confinable où l’on aurait pu circonscrire la marée noire, parce qu’ils ont refusé d’écouter les spécialistes qui assuraient que l’épave ne résisterait pas au remorquage et se briserait avant d’atteindre la haute mer, parce qu’ils ont feint d’espérer que le fuel figerait dans les cuves alors qu’une ménagère aurait pu deviner que ce liquide visqueux allait jaillir de la coque fissurée sous pression de trois cent cinquante atmosphère comme le dentifrice d’un tube écrasé par le poing, parce qu’ils ont fait semblant de croire que le fuel « lourd » resterait au fond comme une cargaison de fers à repasser, ces politiciens ont peut-être déchaîné le cataclysme écologique le plus épouvantable et le plus long de l’histoire humaine.

Mais que l’on n’aille pas croire que cette extraordinaire imprévoyance, que cette criminelle incompétence vont inciter ces mafieux et ces voyous à la repentance ou, au moins, au silence.

Les mêmes continueront à mentir pour conforter la position des usines à risque, accélérer les procédures de remembrement, multiplier les camps de concentration pour bestiaux, empoisonner les nappes phréatiques et, sous couvert de développement durable, à faire payer par les contribuables les divagations imposées par Bruxelles et les catastrophes qu’elles provoqueront.

Si l’écolomania a vécu, la déconomania promet, hélas, de se porter bien pendant de longues années encore.


(1) Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants, Odile Jacob.
(2) Pierre Kholer, L’Imposture verte, Albin Michel.
Deux livres que l’on gagne à ne pas lire.
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