Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - pp. 12 et 13
Peau de chagrin sans frontière
et Joyeuse Bonne Année
So rasch wie möglich !
(partition inachevée pour Europe mécanique)

Comprendrons-nous mieux notre pays une fois qu’il sera plus petit, noyé dans le « plus grand tout » ?

Au 1er janvier de l’année 2003, l’Alsace et ses cigognes se sont envolées rejoindre Bruxelles sans que cela suscite grand émoi. Nous n’en sommes plus à avoir le regard fixé sur la ligne bleue des Vosges et, si nous en parlons quelquefois, nous n’y pensons plus jamais.

L’argent, pour Strasbourg, le Haut- et le Bas-Rhin, sera donné par Bruxelles désormais et un des derniers liens qui rattachaient la Petite France à Paris est tranché sans qu’on l’ait remarqué, car ce n’est plus seulement la Synagogue qui porte un bandeau sur les yeux, hélas ! Les vierges folles suivent le Séducteur, les vierges sages pleureront, tout est dans l’ordre, globalement.

Le nouvel ordre...

Quand Raffarin aura fini de marchander à Giscard le rattachement du Limousin à l’Auvergne ou au Poitou, il prendra le temps de nous expliquer qu’une nouvelle frontière s’est effacée sans bruit.

Comme d’habitude, selon la méthode libérale éprouvée, cela nous sera présenté comme une économie réalisée : nous paierons moins d’impôts et l’Europe ira s’élargissant toujours plus.

Jamais il ne nous avait été dit que les provinces françaises devaient servir de combustible à ces avancées-là ! Jamais non plus ne nous avait été expliqué pourquoi il avait fallu démanteler notre sidérurgie, puis casser notre armée, et le secteur nucléaire, distribuer nos richesses industrielles et boursières à l’étranger en dépit du bon sens.

Pourquoi avait-il fallu donner le travail de nos nationaux à d’innombrables (seule la Sécurité sociale a des estimations qu’elle ne communique pas) nouveaux arrivants sans la moindre explication raisonnable ?

Pourquoi fallait-il, impérativement, renoncer à l’agriculture traditionnelle et à la possibilité d’assurer soi-même la pêche qui nous est nécessaire ?

Nous sommes dans un pays qui rétrécit, dont la capitale voit ses plus beaux immeubles anciens attribués selon des normes farfelues à des contingents d’Iroquois qui jamais n’auraient rêvé en demander tant. Dans Paris l’endormie d’incroyables séries d’assassinats sont commis par de féroces brigades municipales spécialisées.

Le moineau, autrefois indissociable de Paris, a presque totalement disparu. Le pigeon n’en a plus pour longtemps. « L’hygiène » veille. Jour et nuit ! A cinq heures trente du matin, ils sont là, bondissant de sous les portes cochères, pour alpaguer la ménagère au grand coeur qui allait nourrir les volatiles traqués. L’époque est trop petite pour les grands coeurs : amende ! Une autre équipe planque non loin de là pour s’abattre sur le bourgeois (petit) remorqué par son chien. L’air est pur, la route est large, les pandores sonnent la charge : amende ! L’ensommeillé bourgeois (petit, tout petit) n’a pas écouté Médor, qui s’est exprimé au milieu des poubelles abandonnées depuis trois jours par d’autres municipaux trop affairés à réclamer leurs étrennes.

Les cigognes se sont envolées pour Bruxelles

Une affiche municipale orwellienne brille dessous le réverbère, dans la froide nuit d’hiver, rappelant qu’un sac abandonné sur la chaussée coûtera cent quatre-vingt-trois euros et plus à celui qui l’y aura oublié, des tests d’ADN seront demandés.

Au loin une bande de malfrats s’égaye après une nuit bien remplie car, dans deux heures, les policiers vont reprendre leurs trente-cinq heures infernales.

Rapidement une troisième équipe spéciale surgit et retire les poubelles municipales en raison d’éventuels attentats annoncés pour demain jeudi. Chers travailleurs, vous n’aurez pas volé vos primes de nuit !

Il est six heures, Paris s’éveille ! Jadis à cinq heures c’était chose faite, c’est bien là la preuve que le progrès progresse et qu’il ne faut pas désespérer de l’homme.

De la femme peut-être, surtout quand elle s’appelle Ségolène Guigou, l’effarée de Bondy qui truffe les commissariats de commissaires politiques, graphomanes agiles, lettres de dénonciation prêtes à partir à la télé. Certains fonctionnaires de police pensent mal, et, pour la dirigeante sociale démocrate, ce n’est pas « mal » qui est grave, c’est qu’ils « pensent » ou le laissent croire.

La droite est, bien sûr, d’accord avec elle. Sur ce chapitre aussi.

Nous sommes là, donc, avec de petites gens, dans un pays qui rétrécit, des moyens qui s’effilochent (demandez aux employés municipaux !), touillant de vieux rêves de grandeur qui nous ont été laissés par des inconnus.

Giscard pensait la France comme une moyenne puissance, Chirac la veut riquiqui et pour cela opte pour l’entrée de la Turquie en Europe, ses Miss Monde, ses voiles et ses vapeurs. Serons-nous plus intelligents quand nous serons tout petits ? Non, mais ça se verra moins. Apprenons donc à décliner.

Sur nos (?) côtes, le Prestige et le Tricolor échouent (!), au moment où apparaît enfin une Europe unie (et libre, j’allais oublier).

Nous n’avons vraiment besoin de terroristes d’aucune sorte pour faire le travail que nos hommes politiques accomplissent si parfaitement : la destruction du vieux pays.

Qu’ils se contentent donc de menacer le commerce international avec leurs petits moyens.

Un pétrolier en mer Rouge, trois explosions en Indonésie suffisent amplement à ébranler la précieuse confiance nécessaire aux affaires. Au bout du compte, c’est tout le montage international qui en est ébranlé.

Il y aurait donc le bon et le mauvais terrorisme.

Le bon est celui qui échoue pour de mystérieuses raisons : anthrax posté aux Etats-Unis, attentats non aboutis à Londres puis à Paris.

Ce terrorisme prépare l’opinion à la guerre annoncée par M. Bauer, commerçant prestataire de services dans la sécurité internationale, conférencier et mamamouchi du Grand Orient. Il s’agit d’une mobilisation douce préparant un monde sécurisé, conforme aux voeux de Bill Clinton, où la super élite internationale ne craindra plus les soubresauts d’une populace métissée dans tous les domaines, où l’information parfaitement tenue ne remettra plus en cause les avantages acquis.

Qui se soucie des deux millions et demi de personnes effacées en Afrique centrale au cours de ces trois dernières années ?

Le commerce n’ayant pas été remis en cause par la mort de ces fauchés, il n’y a, comme on dit maintenant, aucun souci. Seul ce qui remet en cause l’actuelle construction du commerce international relève du méchant terrorisme, et c’est alors l’affaire de professionnels.

Nous ignorons presque tout des guerres secrètes en cours, nous ne savons rien des enjeux.

Des espèces différentes d’humains habitent notre planète. Toutes n’ont pas les mêmes droits, quoi qu’on nous en ait dit.

Guider sans dominer est le titre du discours que l’homme de l’Arkansas a offert, le 18 décembre 2002, au Figaro, et il est vrai que les bombardements à l’uranium appauvri du sud de l’Europe centrale guident notre compréhension sans aucune domination.

La charmante Mad (...l’haine Albright) s’est mobilisée à nouveau pour renforcer l’un des mythes fondateurs du nouveau monde global.

Elle a accepté de témoigner contre les Serbes devant le Tribunal international que son pays actuel refuse de reconnaître.

Et la consultation des archives américaines a été interdite pour cinquante ans. Vilaine tricheuse !

Cela sera-t-il bon pour les affaires ? Dans les Balkans, en tout cas, les choses avancent vite.

Sur la côte de la Roumanie libérée de Ceaucescu, Constanza se dit prête à abriter une base militaire US.

Le Danube ainsi sous contrôle anglo-saxon à son débouché sur la mer Noire, après avoir été allemand sur l’essentiel de son cours.

Ces simples faits indiquent pourquoi d’autres villes de la région ont à craindre pour leur sécurité dans un proche avenir.

Ainsi Thessalonique, dans la Grèce voisine que les services américains désignent comme pays potentiellement terroriste.

Ainsi Salonique, au débouché de l’autre grand fleuve régional, le Vardar, qui, avec la Morava, relié au Danube, retrouve au moment de cette réorganisation mondiale son rôle ancien de porte de sortie de l’Europe centrale sur la Méditerranée.

Jugez comme c’est curieux : dans nos bibliothèques municipales parisiennes est diffusée depuis deux ans une thèse (mention Très bien) de l’université d’Aix-en-Provence sur Salonique qui insiste sur la nécessité de recomposer ethniquement cette ville trop grecque aux yeux de son auteur.

Intolérable ! Salonique est encore grecque à 90 %

C’est de la même université d’Aix-en-Provence qu’avaient été diffusées les thèses du redoutable Paul Garde qui imposaient à toute la classe médiatique une relecture obligatoire de l’histoire de l’ancienne Yougoslavie et de ses peuples. Durant les dix années de guerres yougoslaves, il n’y eut pas d’autre thèse politiquement correcte que celles inspirées de Paul Garde.

Nous voilà avec tout le matériel idéologique nécessaire pour recommencer le jeu, avec cette fois-ci Salonique comme enjeu.

Les nouvelles voies du commerce international ne pourront ignorer, en effet, ce qui fut le port le plus riche de la Méditerranée du temps de l’Empire ottoman. Salonique, nid d’espions...

Salonique est le point de passage le plus commode, le plus rapide (notion essentielle du commerce) pour aller d’Occident vers l’Egypte, le canal de Suez, puis l’Extrême-Orient ; nous retrouvons là notre bonne vieille route des Indes.

C’est donc une fois de plus par là que transiteront demain les richesses.

Comment les grandes nations marchandes chargées de l’ordre et de la sécurité du monde ne prendraient-elles pas des garanties ?

Dans la nouvelle philosophie des affaires, il n’est pas question de laisser un contrôle sur cette voie de passage aux seuls Grecs. D’où les injonctions pressantes faites au métissage de la cité, actuellement à plus de 90 % grecque, ce qui est intolérable.

Sans doute les Allemands auront-ils du mal à faire valoir des droits. On n’a pas oublié, à Salonique, la liquidation de l’antique communauté juive. Mais les débouchés du commerce fluvial de l’Europe du Nord à l’Europe du Sud resteront sous contrôle.

La petite Macédoine voisine continue, elle aussi, à se débattre dans des problèmes insolubles.

Il y a dix jours, son consulat à Karachi a été détruit à la bombe. On releva dans les ruines trois cadavres égorgés mais personne ne s’interrogea sur la nécessité pour un pays si pauvre et si petit d’entretenir un consulat dans un pays aussi mal disposé par rapport aux Balkaniques que le Pakistan.

Peu de Macédoniens, en effet, ont la possibilité de se rendre si loin, et, à moins d’être membres de la minorité albanaise, ils risquent d’être mal accueillis.

Mais la Macédoine a été le premier pays de l’ex-Yougoslavie à connaître les joies de l’occupation américaine, dès 1992. L’essentiel de son administration est sous contrôle de l’Union européenne. Et il se trouve que les Balkans sont l’axe de pénétration des drogues en Europe.

Depuis l’intervention anglo-américaine, l’Afghanistan a connu sa meilleure récolte. Le Pakistan ne se plaint pas (malgré l’afflux de Macédoniens...).

Tout ça pour dire quoi au juste ?

Que la drogue, comme la guerre, rapproche les peuples. Vous vous souvenez ?

Joyeuse bonne nuit, Joyeuse Bonne Année !

Michel Blanzat
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