Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 14
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Copyright sur le miracle

Depuis des années, TFP (Tradition, famille, propriété), rameau hexagonal d’un mouvement chrétien né au Brésil, consacre l’intégralité de son activité à expédier à des milliers de gens des lettres rédigées selon les méthodes marketing les plus novatrices en vue de les inviter à financer l’envoi d’autres lettres de sollicitation à d’autres milliers de gens qui, eux-mêmes, seront priés de financer l’envoi de lettres à... etc.

Tout cela, bien entendu, sous prétexte de campagnes des plus respectables : contre le porno à la télé, la promotion du préservatif, l’avortement, etc.

Chaque fois, des milliers de braves gens y vont de leur obole et les sacs postaux bourrés de cartes pré-imprimées s’entassent dans les poubelles du CSA ou de l’Elysée.

Reste le seul effet tangible et vérifiable de ces campagnes : le tarissement des dons aux associations qui, elles, font vraiment quelque chose. Les donateurs habituels répondent que leur budget « bonnes oeuvres » a été consacré cette année à « cette nouvelle association plutôt traditionaliste qui a l’air très moderne et très dynamique ».

Et les ordinateurs de TFP s’engraissent de milliers d’adresses si utiles aux publicitaires en quête de cibles précises.

La dernière idée de TFP consiste à expédier une enveloppe contenant la Médaille miraculeuse et à solliciter les dons des chrétiens en vue de financer la diffusion de cette médaille en plus grand nombre encore.

L’astuce consiste à ne réclamer aucun argent à l’heureux élu qui reçoit la médaille sans l’avoir commandée. Il n’est même pas obligé de renvoyer l’objet s’il ne le veut pas.

On compte seulement qu’il se sentira presque superstitieusement obligé de faire un petit don de vingt teuros minimum, soit à peu près mille fois le prix de fabrication du minuscule emblème d’aluminium.

C’est futé mais ce n’est pas nouveau : depuis des siècles, à la porte des églises, des mendiants font la même chose.

Ce qui est nouveau c’est que l’épiscopat français a réagi en exprimant son regret que, faute d’un « copyright sur la médaille », il soit impossible d’interdire par voie de justice de distribuer « une telle contrefaçon » (sic !).

La Sainte Vierge n’y avait pas pensé !

Son message était on ne peut plus simple et clair : « Il faut faire frapper une médaille sur ce modèle, les personnes qui la porteront seront indulgenciées, et ceux qui feront avec piété cette courte prière (Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous) jouiront d’une protection très spéciale. »

Pas un mot, on le voit, sur un quelconque dépôt de marque protégeant on ne sait quel monopole de distribution.

A l’évidence, Notre Dame n’avait pas les mêmes préoccupations que les ronds-de-cuir conciliaires.

Or, aujourd’hui, que fait la TFP ? Quelles que soient ses motivations, le fait est là : elle se conforme à la volonté de Notre Dame. Rien de plus, rien de moins.

Ceux qui reçoivent la médaille peuvent même la garder sans payer la TFP, quitte à libérer leur conscience par un don au prêtre ou à l’oeuvre de leur choix.

Quant aux évêques, rien ne les empêche de diffuser eux aussi la Médaille miraculeuse par centaines de milliers d’exemplaires. Ça aurait plus de panache que de dénoncer une « contrefaçon » avec des accents de marchand de soupe.

Il serait d’ailleurs temps qu’ils s’y mettent ! Depuis bientôt un demi-siècle rien n’a été fait, rien, pour que la médaille soit diffusée ni pour que la prière soit popularisée (le scapulaire vert était même devenu introuvable rue du Bac avant que la protestation des fidèles ne lui rende sa place).

En somme, on peut se réjouir que saint Pie V n’ait pas pensé à déposer le rite tridentin à la Sacem, nos apparatchiks conciliaires seraient capables d’interdire aux tradis de le célébrer...

Le Libre Journal
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