Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 16
Vérités interdites
L’inquiétante impotence d’une grande puissance

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’administration américaine a un prétexte pour se livrer à sa politique de conquête mondiale pour le compte de ses commanditaires.

Mais les choses ne tournent pas comme prévu parce que, tant à l’intérieur des Etats-Unis qu’à l’étranger, les oppositions au monde que veulent promouvoir les financiers internationaux, voire les financiers apatrides, sont de mieux en mieux organisées. Les manifestations de militants « antimondialisation », et peut-être un certain pragmatisme, ont conduit les participants au « sommet-de-Davos-qui-s’est-tenu-à-New-York » à annoncer qu’il fallait davantage prendre en compte les facteurs humains dans les programmes de développement économique.

Ces louables dispositions d’esprit semblent avoir complètement échappé à une administration Bush qui paraît avoir perdu toute raison.

Bush a lancé les Etats-Unis dans une fuite en avant sous prétexte de sauver le monde, se heurtant à une série d’échecs qui ne fait que commencer.

Après une première période au cours de laquelle il a été totalement impossible de critiquer les actes posés par l’administration Bush, on commence à entrevoir un semblant d’esprit d’examen parmi quelques personnes qui se sont enfin décidées à réfléchir.

Les « mensonges aéronautiques » dont parlent les livres L’Effroyable Imposture et Le Pentagate, publiés aux éditions Carnot, sont complétés par d’autres ouvrages et par l’actualité.

Le cas du jeune Charles Bishop est à cet égard intéressant.

Le 12 janvier 2002, les médias relatent un accident d’avion curieux. Un jeune garçon de bonne famille menant une scolarité normale prépare son brevet de pilote d’avion de tourisme. Ses parents ont les moyens de lui offrir ce loisir assez cher même aux USA. Le jeune garçon suit des études secondaires tout à fait satisfaisantes et est considéré comme un futur pilote prometteur dans son aéro-club de St Petersburg en Floride. Je connais bien cette petite ville de la côte ouest de « l’Etat-jardin » : tout y semble harmonieux, propret, riche et sans fantaisie ; on n’y voit pas de SDF ni de « tags » et l’amende pour pollution des bas-côtés de la route est de 1 500 $ ; alors, les canettes de soda vides aboutissent sagement aux poubelles publiques assorties aux pelouses et vidées régulièrement. Bref, on se croirait en Suisse ou sur un réseau de modélisme ferroviaire Faller. C’est très joli, sans caractère et sans doute très ennuyeux.

Le jeune Charles Bishop a-t-il un éblouissement soudain ? Toujours est-il qu’alors que son moniteur règle des détails administratifs relatifs au vol d’instruction du jour, l’adolescent décolle seul sans son moniteur et dirige son appareil vers le nord. Au bout d’un quart d’heure il est en vue de la base aérienne de McDill Air Force. Il n’y a plus d’escadre de chasse sur cette base. Les pistes servent aux atterrissages de circonstance de la navette spatiale lorsque les orages sont trop forts sur Cap Canaveral.

Mais surtout, cette base est le siège de US Central Command, ce commandement interarmées en charge des interventions des forces armées américaines en Asie du Sud-Ouest. Pour les Américains, l’Asie du Sud-Ouest regroupe ce que nous appelons le Proche-Orient et le Moyen-Orient auxquels se rajoutent l’Egypte et l’Ethiopie.

Par le commandant Pierre-Henri Bunel

C’est le groupe de forces dont le général H. Norman Schwarzkopf était le commandant en chef pendant la guerre du Golfe et qui est en charge de l’intervention en Afghanistan.

Poursuivi par un hélicoptère des garde-côtes, le Cessna survole les pistes et les bâtiments de la base militaire fleuron de la politique américaine de la canonnière. Il s’éloigne au-dessus des faubourgs ouest de la ville, opère un large cercle et va s’écraser sur la façade d’un immeuble de bureaux, celui du siège à Tampa de la Bank of America.

Le FBI annonce immédiatement qu’il s’agit d’un accident, le jeune garçon ne « présentant pas le profil d’un membre d’AlQâeida » (sic).

Le lendemain, on retrouve dans ses affaires une lettre où Charles Bishop explique qu’il « comprend le combat d’Ussama bin Lâdin ».

Aussitôt, la propagande se déchaîne sans pudeur contre les mânes du pauvre gosse qui devient un retardé scolaire, dépressif, immature et fasciné par la mort.

Tout le profil, en somme, qui facilite l’obtention du certificat médical d’aptitude au pilotage...

En fait, ce gosse est un exemple de ce que génère la société uniformisée et « termitomorphe » que promeut l’American way of life à la sauce de la finance internationale. Au lieu d’assassiner ses camarades de classe en une attaque suicidaire à la Rambo ou de les massacrer avec un masque de Scream sur le visage, Charles Bishop a choisi de quitter la termitière dans le vol enivrant de l’imago.

Et le seul idéal qui est passé à sa portée, sortant d’un écran de télévision matraqueur, a été ce bédouin barbu qui, du fond de sa grotte, ridiculisait la première puissance du monde. Cette même puissance écrasante qui avait voulu faire de lui un termite doré et bien discipliné, un esclave de luxe.

Pourquoi Charles Bishop aurait-il réprouvé le combat d’un financier devenu apatride par force et approuvé les menées de financiers plus riches encore et apatrides par choix ?

Pourquoi aurait-il applaudi ces financiers qui mènent les Etats-Unis, et donc le monde, à un type de société aussi opprimant que ceux que critiquent nos médias ?

Un Goulag doré reste un Goulag ; la Charia est comme la loi du marché : les deux servent les intérêts de groupuscules qui prennent l’humanité en otage et la manipulent au nom de principes grandioses qui ne sont que des prétextes.

Ceux qui ont poussé Bishop au désespoir sont les mêmes qui ont mis un Bush aux commandes du bombardier nucléaire de Dr Folamour, et réduit les employés d’Enron à la faillite et qui continueront à agir ainsi.

Même camouflées en démocraties, les dictatures n’ont pas de position marche arrière sur leur boîte de vitesse.

Le cas Bishop est le reflet de quelque chose de plus grave.

La haute administration civile et militaire n’est pas plus unie derrière les administrations qui se succèdent que le peuple américain.

Il est trop tôt pour exposer tout ce que j’ai appris en quinze années de travail aux côtés des forces armées américaines, mais il est patent, et l’interview de Pat Buchanan publiée récemment par Le Libre Journal en est une preuve, que le peuple américain est loin de l’image monolithique que la propagande de l’Etat fédéral prétend donner au reste du monde.

La vérité qui se dessine est très inquiétante, parce que sa signification politique est très grave. Elle met en évidence que non seulement l’administration américaine ment sciemment au monde entier, mais encore qu’elle ne maîtrise pas ce qui se passe chez elle en matière d’opposition interne qui va jusqu’au terrorisme.

(A suivre.)

Commandant Pierre-Henri Bunel
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