Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - pp. 20 et 21
C’est à lire
Elizabeth Lévy : Prix Jean-Edern-Hallier pour Les Maîtres censeurs

... Et bien entendu, c’est un maître censeur qui salue l’événement dans L’Express (19/12) ! A l’en croire, Lévy s’en prend à de « faux intellos qui confisquent le débat au profit de l’érection de leur propre statue ». Menteur !

En réalité, la journaliste de Marianne s’attache à disséquer, à ridiculiser les plus doux mensonges de l’intelligentsia « antifasciste ». Ces maîtres censeurs « n’ont pas de mains, mais elles sont sales ». BHL, Glücksmann et Cie sont « impuissants à agir sur la réalité » (pas de mains) mais ils « prétendent la plier à leur verbe » (les mains sales). Toujours du côté du manche. Du côté qui paie. Rivalisant dans la vitupération.

En famille. Elizabeth Lévy, qui étudie de près ces messieurs depuis dix ans, raconte qu’il suffit, pour les déstabiliser, de leur demander s’ils ont déjà parlé avec un électeur de la droite nationale : « La question est en général accueillie par des regards perplexes, gênés ou furibonds. » Féroce, la journaliste achève ce chapitre (et ses victimes) avec le récit de la campagne « antifasciste » du demi-dingue Didier Dæninckx contre... Gilles Perrault ! Fondateur trotskisant de Ras l’Front ! Et surtout doué d’un talent littéraire jalousé du misérable Inspecteur Œil-Dæninckx, Jdanov de banlieue (Aubervilliers-centre) et médiocre scribouillard.

Le sociologue Paul Yonnet avait déjà froissé les maîtres censeurs en critiquant la machination de Carpentras (revue Le Débat, sept.-oct. 1990). Début 1993, il s’apprête à publier, et chez Gallimard, un livre déplorant l’abandon de l’assimilation des immigrés, avec quelques reproches à SOS-Racisme. Il met notamment en cause le racisme antifrançais des subventionnés, qu’il présente en ces termes galants : « un socio-centrisme négatif qui conjugue dégoût de soi et idéalisation de l’autre ».

Trois semaines avant parution, son livre est voué aux flammes par Laurent « Joffrin » (Mouchard de son vrai nom !) dans Le Nouvel Observateur (14 janv. 93) : « La vérité, c’est que SOS-Racisme est l’expression achevée de l’identité française. » Yonnet, qui en doute, qui y voit « une manipulation du sentiment de fraternité humaine », est donc raciste, et le crime de ce chercheur isolé révèle que... « L’intelligentsia française se vend à Le Pen » ! titre Mouchard, dit « Joffrin », avec la modération toute scientifique qui caractérise la nébuleuse « antiraciste ».

La riche année 1993 voit aussi éclore le « complot rouge-brun ». C’est du moins ce que clame la grosse presse, gavée de fiches et de dossiers par les Dæninckx, les Monzat et les Olender. Une fois encore, Hitler est à nos portes, parce que Pierre-André Taguieff (CNRS) a dit quelques mots à Alain de Benoist (Nouvelle Droite recentrée).

"Du natalisme au fascisme, il n’y a qu’un pas !" Charlie Hebdo

Dans leur charrette, les « Vigilants » qui patrouillent du bar du Lutétia**** au siège du Monde font encore monter la rédaction de l’Idiot international (Jean-Edern Hallier et Philippe Sollers), la direction du PCF et quelques ratons-laveurs comme l’Oberstschtroumpführer SS Marc Cohen, ou le cégétiste de Libération Jean-Paul Cruse... tous suspects de vouloir lancer des passerelles entre la droite de conviction et le PC. Plaisante accusation, contre une trentaine d’intellos, au moment où c’est par centaines de mille que les électeurs communistes se bousculent sur un pont à six voies pour gagner la rive droite.

Les chasseurs de sorcières, naturellement, se voient en Résistants : « Les plus couards des conformistes (note Taguieff, qui les connaît bien) peuvent ainsi se prendre pour des aventuriers de l’esprit, des princes du maquis, des héritiers de Jean Moulin ou des compagnons de Manouchian. » Et pour Elizabeth Lévy, « Le nouveau maccarthysme purificateur a beau se parer, grâce à l’illusion rétrospective qui obscurcit son entendement, du beau nom d’antifascisme, il ne fait que reproduire sur le mode mollasson et médiatique qui est le sien les méthodes de son supposé ennemi. »

Méthodes totalitaires : le doute est interdit. Quand un obus de mortier tombe sur un marché de Sarajevo, début 1994, faisant soixante-dix victimes civiles, il est interdit de demander d’où vient cet obus. Il faut qu’il vienne des lignes serbes puisqu’il permet de déchaîner l’Otan contre elles. Bernard-Henry Lévy le dit tout net dans Le Monde du 8 février 1994 : contester la propagande de ses amis musulmans de Bosnie, c’est « l’équivalent, toutes proportions gardées (sic), d’un autre révisionnisme et des questions qu’il feint de poser sur l’existence des chambres à gaz ».

Le parallèle est plutôt gênant aujourd’hui où l’on sait que l’obus a été tiré par les musulmans bosniaques ainsi que l’ont établi les correspondants de presse britanniques et que l’a explicitement confirmé Boutros Ghali à Laure Adler... (L’Année des adieux, Ed. Flammarion, Paris, 1995, p. 175).

Et l’affaire des immigrés clandestins d’Afrique, dite des « sans-papiers » (1996-97), à quoi fait-elle penser ces puissants cerveaux, à votre avis ? Mais oui ! Au nazisme. Comment avez-vous deviné ?

Et rire de l’art officiellement contestataire, c’est quoi ? Du nazisme, encore : « Ne pas aimer Boulez revient peu ou prou à nier l’existence des chambres à gaz », précise Elizabeth Lévy.

Et puis, « Du natalisme au fascisme, il n’y a qu’un pas ! » (Charlie Hebdo, 7 oct. 98).

Et ceux qui osent rappeler que Daniel Cohn-Bendit a affiché dans un livre ses pulsions pédophiles, c’est quoi ? Des nazis. Très bien.

Arrêtons-nous ici.

Demandons-nous pourquoi une supposée « intelligentsia », aussi nombreuse et aussi bien payée, ne parvient pas, depuis vingt ans, à fournir plus qu’une seule et même comparaison historique sur tous les sujets sans exception.

Et remercions Elizabeth Lévy de nous en donner l’explication, sous la plume du prophète Guy Debord : « Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est extrêmement facile de déguiser les policiers en artistes. »

Patrick Gofman

Elizabeth Lévy, Les Maîtres censeurs, J.C. Lattès, 364 p., 18,50 teuros.
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