Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 22
Cinéma
« Sweet Sixteen » vs « Sweet Home »

« Le plus beau film de Ken Loach », écrit Libération. « Passionnément aimé » par Charlie Hebdo. Quant au Festival de Cannes (blanches), qui ne voulut même pas regarder Amélie Poulain, il décerne son Prix du scénario à Sweet sixteen.

Voilà bien trente ans que le vieux trotskiste britiche Ken Loach nous repasse le même plat : prolo gentil, capitalo pas bon. Et tout le monde a marché au moins une fois. Ben oui, depuis Le Voleur de bicyclette, on est prêt à s’attendrir sur le petit Blanc opprimé, courageux mais perpétuellement broyé par les puissances d’argent... Ne nous ressemble-t-il pas un peu (quelque part, j’veux dire) ? Et le sous-prolétaire britannique est particulièrement touchant, dans son abrutissement total, chez Loach comme dans la réalité.

Seulement, les meilleures choses ont une fin. Les pires aussi. Et Ken Loach, ça suffit. Voilà un réalisateur qui laisse une perche à micro se balader dans le champ (2 plans de Sweet 16) après trente ans de carrière ! Un scénariste primé à Cannes pour un script plein de trous et de contradictions. Et enfin une pelloche à la gloire d’une petite ordure de dealer et d’assassin qui n’a rien d’autre en tête, et sur sa sale gueule, que son immonde bizness, ses biftons graisseux et sanglants. Sauf une passion incestueuse pour sa maman taularde, qu’il veut ravir à un amant aussi pourri que lui.

Dernier détail : sur les rives de la Clyde, selon le trotskard Ken Loach, il n’y a que des Blancs. Dans les gangs, pareil. On est ravi de l’apprendre. Mais on ira s’informer ailleurs, à l’avenir, des bas-fonds de la société britannique. Adieu, Loach.

***

Un film qui fait enrager Le Monde et Télérama ne peut pas être totalement mauvais. Et une « comédie romantique » américaine est toujours soigneusement agencée pour plaire à un vaste public. Eh bien, avouons que nous en sommes, de ce vaste public, aux goûts simples et sentimentaux, et acceptons les malédictions, le mépris des nobles organes précités.

Oui, avouons que nous avons ri, que nous avons soupiré aux aventures de Mélanie (Reese Witherspoon), Fashion Victim(e). La môme triomphe à New York avec ses créations de mode (d’où le stupide titre franglais). Le même soir, le fils de « la maire » démocrate (Candice Bergen, impériale) lui (re)demande sa main genou en terre, chez le bijoutier Tiffany’s qui fait nocturne pour elle seule. Mélanie accepte, et c’est l’occasion de se rappeler qu’elle a déjà un mari, abandonné depuis des années dans le Sud profond (d’où le titre original : Sweet home Alabama). Ce sale péquenot n’a jamais voulu divorcer !

Pour assurer son brillant avenir chez les Yankees, Mélanie retourne dans son Sud natal, bien décidée à arracher son divorce, suivie à quelque distance par le New York Post, son fiancé, sa maire, son copain le nègre couturier... Le choc de civilisations est hilarant, pittoresque, émouvant selon les séquences. Le public est heureux. L’Immonde est furieux.

Intérim
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