Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 282 du 8 janvier 2003 - p. 23
L’humeur de Patrick Gofman
Nativité dans ma tribu

Entre le Noël sceptique de Laforgue (« ... Je suis le paria de la famille humaine, / A qui le vent apporte en son sale réduit / La poignante rumeur d’une fête lointaine... ») et le Noël en taule de Brasillach (Ohé ! Brunerie, Lajoye, Limonov !...), j’ai chanté « Il est né le Divin Enfant ». J’y étais entraîné par le choeur et les orgues de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Ce sanctuaire avait admis le mécréant sans lui demander ses papiers. Adossé à des souvenirs d’enfance de plus en plus vagues, je pensais : ma tribu, sans qu’elle s’en doute, n’est guère moins sauvage que celles de l’Oubangui. Elle est même plus cruelle, de beaucoup. C’est pourquoi il lui faut des chants d’amour transcendantal pour apaiser son âme, non du tam-tam pour l’agiter. Peu après minuit, je suis sorti avant que la messe ne commence. Sur le parvis béant, bourgeois et mendiants se bousculaient. Il n’y manquait même pas, suivie d’un dandy au sourire ironique, la belle créature blonde des romans, effrayée soudain de ses péchés, attirée de loin par la rumeur des orgues... Je me suis arrêté, retourné pour suivre son regard ébloui. Et j’ai vu les chasubles d’or, les lustres en cristal et les cierges, les mantilles farouches et les genoux nus sur les dalles, toute la pompe orientale de cette étrange religion plantée depuis quinze siècles dans l’âme de la France... Et je n’ai pas cru, ni pleuré, ni prié. Mais mon coeur s’est serré, puis exalté, pour ma tribu, pour le pays auquel je dois tout. France, tu fais une morte plus belle que bien des vivantes, et tes derniers soldats, revenus de tout et de partout, ne se rendront jamais.

Patrick Gofman

Pour avoir critiqué (Le Libre Journal n° 281) la qualité des photos pornos publiées par Minute dans son numéro de Noël, j’ai reçu un courriel de son directeur, M. Molitor, me qualifiant de "puritain" (tout mon portrait) et de "délateur" ! D’accord, la diffusion de Minute est toujours plus confidentielle, mais j’ignorais qu’il fallait garder le secret sur son contenu. Désolé...
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