Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 283 du 17 janvier 2003 - p. 16
Stratégie
Palabres ivoiriennes à Marcoussis (91)

« Paris (AFP) 15 jan 2003. Le ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin a ouvert mercredi à Paris des pourparlers entre acteurs de la crise ivoirienne en les appelant à la "solidarité" et à la "générosité". Cette table ronde, qui réunit tous les protagonistes de quatre mois d’affrontements sanglants dans l’ancienne colonie française, aujourd’hui coupée en deux, doit se poursuivre à huis clos pendant neuf jours dans une localité au sud de Paris, Marcoussis. »

Tous les protagonistes ? Hélas... Un des détails que l’on cache à l’opinion, c’est que les "rebelles" ont accepté de négocier entre eux et avec la France, mais en aucun cas avec le "président" Mbagbo !

S’exprimant sur Radio Courtoisie (15/01), le Pr Bernard Lugan (Lyon III, revue L’Afrique réelle) s’afflige de découvrir dans Le Figaro (même date) une pétition de « gens de droite » en faveur du "président" ivoirien Mbagbo. Leur réflexe souverainiste, réflexe de défense des institutions, pense-t-il, est inadapté en Afrique, surtout en faveur de l’élu de 15 % des électeurs ivoiriens (ceux de sa seule ethnie). Mbagbo n’est que l’oint de l’Internationale socialiste, et particulièrement du PS français ; le protégé d’hommes et de méthodes qui portent une si lourde responsabilité dans la boucherie du Rwanda...

Le Pr Lugan : « La négociation est étouffée par le non-dit ethnique »

Lugan rencontre là le point de vue de la plupart des officiels français (en privé). Mais aussi celui du chanteur ivoirien dit Alpha Blondy, exprimé sur France Inter (toujours le 15) depuis Abidjan, et qui juge illégitime l’équipe en place, ajoutant que son concept xénophobe d’ "ivoirité" est du « nazisme nègre ».

La négociation de Marcoussis (Essonne), prédit l’africaniste, se déroulera dans « le non-dit ethnique ». Parce que les ethnies et leurs conflits « sont mal vus en Europe », on laissera de côté la principale cause de la guerre civile ! Notre ami Paul-Marie Couteaûx pense aussi que la question ethnique est secondaire, objecte-t-on à Lugan. Il le renvoie aux questions européennes, qu’il connaît comme lui, Lugan, connaît l’Afrique.

Quant aux explications économiques, il les laisse « aux marxistes des toutes petites classes », car « comme pour l’Angleterre, l’Afrique noire nous a toujours été un boulet à traîner, et aujourd’hui elle ne représente, tout entière, que 5 % de notre commerce extérieur. »

L’intervention française s’est produite sous prétexte de protéger nos (10 000 réels) ressortissants. En réalité sous la menace d’une ingérence américaine dans notre pré-carré. Elle est très difficile. D’autant, estime Lugan, que c’est plutôt la France qui se fait manipuler par l’homme des bois Mbagbo que le contraire.

Celui-ci n’a pourtant trouvé qu’une centaine de partisans, dans toute la région parisienne, pour manifester en sa faveur à l’arrivée des plénipotentiaires en blue jeans, sous la banderole municipale « Marcoussis pour la paix en Côte d’Ivoire ».

patrick.gofman@wanadoo.fr
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