Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 284 du 30 janvier 2003 - p. 3
Parlons Franc
Bientôt des Brutions à la Gay Pride ?

On ne rigole pas avec la préparation des futures élites militaires de l’hexagone citoyen !

Le Monde vient de publier un reportage littéralement apocalyptique sur les méthodes de Bahutage au Prytanée militaire de La Flèche.

A l’origine de l’affaire, la lettre de dénonciation d’un élève bahuté. Lettre à partir de laquelle le colonel Paradeis, commandant l’Ecole, a déposé une plainte destinée à identifier et à punir les responsables de ces intolérables débordements.

Le Monde, dont les dirigeants n’ont pas oublié qu’ils furent les glorieux résistants de la guerre de 1968 contre la dictature gaullienne et la terreur fasciste bourgeoise, s’est aussitôt associé à cette urgente dénazification des âmes.

Mais quels crimes ont donc commis les anciens en pratiquant le séculaire rituel d’intégration des nouveaux ?

On raconte horresco referens (en français moderne : « Sur ma mère, ça me fait flipper grave ») que les Fanatures, ces sociétés "secrètes" d’élèves candidats aux mêmes grandes écoles : Saint-Cyr, Polytechnique, Navale, Ecole de l’air, obligent les bizuts, ou melons, à :

- faire des pompes !

- voussoyer les anciens ;

- chanter Le Huron, chant de tradition dont les paroles, d’un militarisme agressif, célèbrent le culte du chef et le suivisme aveugle. Qu’on en juge : « Brution, hardi compagnon, ton honneur est ta loi, Coeur vaillant bat en toi dans l’action. Anciens, dans nos traditions sur vos pas, en monôme, fiers, nous vous suivrons comme des Hurons. »

Et comment parvient-on à contraindre des adolescents à supporter de telles atrocités ?

Eh bien Le Monde révèle que ceux qui refusent seraient affublés du surnom générique de Souze (comprenez "sous-homme" et mesurez le traumatisme produit par ce sobriquet évocateur des HLPS(1)).

A chaque nouvelle promotion, donc, lors de la Semaine de la terreur qui précède l’anniversaire d’Austerlitz, des finesses (chahuts rituels) sont organisées.

C’est l’épouvante !

- Les melons doivent courir dans la cour pendant que les anciens les visent avec des armes de plastique en criant « Pan ! Pan ! ». Le bizut « touché » doit alors faire le mort jusqu’à ce qu’un ancien l’autorise à se relever en criant « Résurrection ! » (on imagine l’effroyable choc moral pour ces garçons qui ont évidemment choisi le métier des armes par exécration de toute forme de violence même virtuelle).

- Parfois, en pleine nuit, des commandos « vidages » surgissent pour retourner le matelas et son occupant dont on n’a aucune peine à deviner la terreur devant cette agression sauvage en pleine obscurité (Pense-t-on à la détresse du malheureux ainsi traité et qui, dans les ténèbres, ne retrouve pas son nounours bien aimé ?).

- Le placard « perso » où est constaté le moindre désordre est vidé et son titulaire doit le ranger.

- Certains bizuts sont contraints de prendre une douche... froide.

Quant au sort réservé aux filles, désormais reçues à La Flèche, c’est carrément l’horreur : on les appelle les Grosses et, témoigne l’une d’elles : « Quand on est interrogées en cours, les garçons ouvrent de grands yeux et font des petits bruitages. »

De quoi envier les filles des territoires occupés qui, elles, n’ont à redouter que quelques tournantes...

Heureusement, la hiérarchie n’est pas désarmée.

Dans une lettre aux parents, le colonel Jean-Jacques Paradeis a dénoncé « ces attitudes intolérables et dangereuses interdites par le règlement et par la loi ». Il a, en outre, porté plainte et, sans attendre le résultat de cette procédure, il a exclu un ancien pour sept jours sur dénonciation. Cette graine d’hitlérien aurait obligé un bleu à faire des longueurs de natation, suivies d’une course à pied !

« Ces sanctions, précise toutefois le colonel, ont été prises à titre d’exemple en l’absence de toute "preuve probante". »

La preuve non probante, vieille spécialité républicaine, a donc été considérée comme suffisante.

Enfin, il faut espérer que la collaboration de ce gradé et de la presse morale conduira à une rapide remise en ordre du Prytanée créé par Henri IV en 1603 et transformé en collège militaire sous Louis XV.

Peut-être même pourra-t-on enfin voir, lors de la prochaine Gay Pride, un char préparé et orné par des Brutions qui, cul nul et panier de pétales de roses au bras, apporteront la preuve qu’ils ont enfin compris l’esprit de la réforme citoyenne.

Serge de Beketch

(1) Heures Les Plus Sombres. Marque déposée.
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