Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 284 du 30 janvier 2003 - p. 10
Atelier découpage
Le bonheur "glocal" à vingt-minutes
de chez vous

Les choses sont cohérentes, bien plus qu’on ne saurait l’imaginer.

Dans la France de Raffarin, obsédée désormais par la retraite puisqu’on l’a persuadée qu’elle est vieille et malade, ne naissent plus que des projets mortifères menés par des infirmières de banlieue, tueuses en série.

Deux d’entre elles, Wolton Thierry et Mauroy Pierre, mènent dans toutes les bibliothèques municipales de Paris-France leur fascinante danse macabre.

Wolton chante La Fin des nations, long syllogisme à la mode selon quoi, puisque les nations sont mortelles, la France ayant été une nation, elle doit donc mourir, si possible tout de suite pour garantir quelques revenus à l’auteur du faire-part.

Quant à Mauroy, sa préface apporte sa caution d’ancien président de la Fédé des villes jumelées à La Révolution de la proximité, guide de La France à 20 minutes publié chez Belin.

Ce genre littéraire obéit à la règle de la « glasnost » (transparence) qui consiste à annoncer démocratiquement au gibier à quelle sauce il sera mangé après s’être assuré qu’il ne lira pas le menu.

Ainsi, dès 1993 un atlas de l’Europe médiane et orientale, Fragments d’Europe (Fayard), désignait sous la direction de Michel Foucher les problèmes posés par la restructuration européenne.

L’Observatoire européen de géopolitique dirigé par ledit Foucher, avec la collaboration de la DATAR dirigée par M. Jean-Louis Guigou (époux de l’effarée de Bondy), publiait d’ailleurs une carte des régions d’Europe préfigurant celle de l’Assemblée des régions d’Europe siégeant à Strasbourg parue en 1999(1).

Aujourd’hui, le même M. Foucher siège à Aspern aux côtés de M. Barre et de M. Bon (France Telecom) et prépare en toute quiétude le décrochage de la région lyonnaise que nul ne peut lui reprocher d’avoir comploté dans le secret.

C’est ainsi que l’Europe (Turquie comprise) se redéploie aux yeux de tous mais hors de tout débat public (« Les enfants ne comprendraient pas, on va leur faire la surprise, plus tard ils nous remercieront »).

La France à 20 minutes, qui vante la « révolution de la proximité », s’ouvre donc par la préface de Mauroy qui nous conjure de « ne plus regarder notre patrie comme une mosaïque harmonieuse » (elle ne le sera jamais plus) mais comme « un ensemble "d’espaces-temps" superposés ».

Ce que Nicolas Bonnal appelle les « territoires protocolaires »(2).

Mauroy, lui, décrète la loi du 2 mars 1982 « irréversible » comme concrétisation « de l’utopie d’un pouvoir plus proche ».

Nous voilà prévenus : Adieu harmonie, revoilà l’utopie.

En quoi consiste le bonheur en ce début de millénaire ?

De splendides cartes nous l’apprennent. Etablies à partir des résultats du recensement INSEE 1999 par le logiciel SIG (Système d’information géographique), elles montrent qu’à vingt minutes de n’importe quel point de l’Hexagone existent Virgin Megastore, McDo’, Extrapole, FNAC, Ikéa, Multiplexes, « phénomène transcendant l’opposition ville/campagne », hypermarchés, mais aussi ANPE (l’APEC a droit à sa propre carte), gendarmeries, maternités ou lycées indispensables à notre félicité.

Raffarin et Mauroy d’accord pour le dépeçage régional

Les commentaires de ces cartes sont l’oeuvre de dirigeants (Agence régionale d’hospitalisation, Développement McDo’ France), de chercheurs (INRA, CNRS, Institut d’urbanisme), d’hommes politiques ou de patrons de journaux gratuits.

Et c’est merveille de voir apparaître, comme un cliché soumis au bain révélateur, le monde de demain qui est déjà celui d’aujourd’hui et qui apporte la réponse à bien des questions d’hier !

Nos paysages régionaux sont balisés par les mêmes enseignes de distribution, d’habillement, d’équipement ou de nourriture, les mêmes « structures culturelles » présentant les mêmes world-spectacles.

Alors président des Régions de France, Jean-Pierre Raffarin est l’un des contributeurs de cet atlas utopique.

Son entretien, « recueilli » le 29 juin 2000, est intitulé : « Si les lycées ont constitué le premier pilier de la décentralisation, le transport express régional pourrait en être le second. »

Promesse tenue : Raffarin étant à Matignon depuis six mois, les Dernières Nouvelles d’Alsace (16/12/2002) se félicitent que l’établissement d’une desserte régulière entre France et Allemagne ait « abattu un pan de frontière de plus, pour rapprocher nos trois (sic) pays frontaliers : Alsace du Nord, Palatinat et Pays de Bade ».

Adrien Zeller, président de région, décrète que ce qui se passe « en matière transfrontalière est exemplaire en Europe », et Jacques Weil, directeur régional de la SNCF, se réjouit de voir ainsi rattrapé « le retard pris sur nos voisins ».

Cette belle histoire n’est pas sans motifs d’inquiétude.

On sait qu’en matière ferroviaire la Chine a préféré la coopération de l’Allemagne au TGV français.

Or, voilà trois ans, l’ancien directeur de la DST révélait qu’une campagne d’intoxication contre les intérêts français avait été menée via Internet par le BND (renseignement allemand) qui avait fait diffuser de fausses informations sur la prétendue dangerosité du TGV, et le chef du BND est Herr Kesselring, qui supervisa la formation des miliciens de l’UCK au Kossovo...

Pour qui a en mémoire l’importance du Balkanzug (le train Bagdad-Berlin) dans la genèse de la première guerre mondiale, l’avertissement est sérieux.

En outre, on voit que le démantèlement de la nation en « pays » est organisé par nos administrations et que la SNCF avec laquelle « tout est possible » veut à présent « nous faire aimer le train » au niveau glocal.

Cette fameuse vision glocale, le rédacteur en chef de Sud-Ouest, le directeur des études à Ouest-France ou le président de Spir Communication, qui édite 147 journaux gratuits (12,6 millions d’exemplaires) dont le quotidien intitulé 20 minutes (tiens, tiens...) distribué sur les réseaux SNCF, s’en réclament également dans La France à 20 minutes.

L’utopie proposée par cette Europe unie et libre (et glocale) est donc la liberté d’acheter dans chaque région (pays, gau) le même produit (à l’exclusion de tout autre) que celui vendu dans la région voisine.

Pour y parvenir, il aura suffi de bombarder les Balkans à l’uranium appauvri au bénéfice des grandes marques guidées par les banques et le FMI.

Joyeuse bonne nuit !

Michel Blanzat

(1) Voir Minorités et Régionalisme, par Pierre Hillard (Ed. F.-X. de Guibert).
(2Les Territoires protocolaires, par Nicolas Bonnal (Ed. Michel de Maule).
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