Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 284 du 30 janvier 2003 - p. 12
Révolution au Vatican
Une papauté démocratique ?

Jean Paul II a-t-il résolu de transmettre à son successeur une charge pontificale privée de toute substance et de tout pouvoir personnel réel ? Veut-il collégialiser sa charge avant le moment forcément chaque jour plus proche où le Saint-Esprit inspirera au conclave le choix du deux cent soixante-cinquième pape de l’histoire de l’Eglise, celui que le fameux saint Malachie appelle De gloria Olivae et qui précédera l’ultime successeur de Pierre annoncé par la prophétie : Petrus Romanus ?

C’est l’hypothèse très sérieuse que l’on peut avancer après l’audience générale qui s’est déroulée Salle Paul VI au Palais du Vatican, en ouverture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui s’est tenue du 18 au 25 janvier.

Le pape a d’abord répété son habituel discours oecuménique : « Le Seigneur a fondé l’Eglise, une et unique. Nous le professons dans le Symbole nicéno-constantinopolitain "Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique". Ceci étant, le Concile Vatican II a rappelé que de nombreuses communions chrétiennes se présentent comme le véritable héritage de Jésus-Christ, et que toutes affirment être les disciples du Seigneur tout en professant des opinions discordantes et avançant dans des voies différentes, comme si le Christ s’était divisé lui-même. »

Puis il a rappelé rituellement que la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens offre l’opportunité de prier d’une seule voix et d’un seul coeur pour l’unité, « ce don précieux comme un vase de Crète, si fragile qu’il faut le manipuler avec le plus grand soin ».

Les assistants ont remarqué l’insistance avec laquelle le Saint-Père est revenu sur le concile Vatican II comme pour relativiser l’importance des indiscutables dégâts liturgiques et même théologiques qu’il a entraînés, par rapport à ce qu’il aurait apporté au rapprochement des différentes Eglises.

On peut d’ailleurs s’interroger sur ce point en constatant que, sous prétexte de se rapprocher des protestants, le concile a vidé la messe de sa substance même et qu’en revanche, pour des motifs de diplomatie politicienne, les relations avec l’orthodoxie se sont dégradées jusqu’à prendre parfois, notamment en Yougoslavie, l’aspect d’un véritable affrontement.

Mais ce sont les derniers mots du pape qui ont plongé les auditeurs dans une telle stupeur qu’à ce jour, semble-t-il, pas un seul journaliste religieux ne les a analysés ni même d’ailleurs rapportés intégralement.

Consacrant la fin de sa catéchèse au ministère pétrinien et à sa mission propre pour l’unité des chrétiens et citant une fois de plus la constitution Lumen gentium et l’encyclique Ut unum sint, Jean Paul II a décrété « utile de proposer une réflexion commune sur le ministère de l’évêque de Rome, qui constitue de façon perpétuelle et visible le principe et le fondement de l’unité, en vue de trouver une forme nouvelle d’exercice du primat qui, sans renoncer aucunement à l’essentiel de sa mission, s’ouvrira à un statut nouveau ».

Ces propos, pour de nombreux observateurs, sonnent comme le glas de la monarchie vaticane et comme l’annonce d’une « collégialisation » de la charge pontificale.

Le « Souverain Pontife » deviendrait, à l’exemple des souverains-potiches des monarchies parlementaires européennes dont la presse people conte les aventures, une sorte d’icône médiatique, un monarque virtuel sans vraie autorité ni prérogatives.

L’exercice du pouvoir serait alors réparti entre les membres d’un groupe de cardinaux, une sorte de proconsulat ou de directoire catholique qui prendrait de manière « collective et démocratique » les décisions relatives au dogme, à la liturgie et à la discipline.

On imagine sans peine à quelles manipulations et à quelles extrémités une telle révolution pourrait conduire.

Le Libre Journal
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