Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 284 du 30 janvier 2003 - p. 17
Marée noire et Côte d’Ivoire
par Igor Veroff
"Crown agents"
(I)

Tout arrive, décidément ! Jeudi dernier, dans l’émission d’Elkabbach sur Europe 1, Roselyne Bachelot a dit quelque chose d’intéressant !

Le ministre de l’environnement durable était interviewé sur deux scandales écologiques : la fermeture du site ultra-pollué de Metal Europ, et le naufrage du Prestige.

Metal Europ, unité de production de plomb, vient d’être fermé par ses actionnaires apatrides mondialistes qui ont licencié brutalement huit cent trente salariés, laissant une friche industrielle dont la dépollution va coûter trois cents millions d’euros (trois milliards de francs) au Trésor public.

Le Prestige c’est, on le sait, le pétrolier poubelle coulé au large de la Galice et dont le contenu qui s’échappe par les fissures de la coque écrasée va souiller le rivage occidental de la France pendant de longues années peut-être.

Or, Roselyne Bachelot a lié ces deux drames en révélant que l’on trouve les mêmes voyous parmi les actionnaires de Metal Europ et parmi les affréteurs du Prestige.

Le ministre a même cité des noms : celui de Marc Rich et d’autres actionnaires des Crown Resources.

Marc Rich, Israélite américain, est cet escroc milliardaire qui, lourdement condamné par la justice américaine pour ses innombrables malversations, a été amnistié par Bill Clinton le dernier jour du mandat présidentiel de ce dernier. Le scandale a été énorme aux Etats-Unis où l’on a clairement accusé Clinton d’avoir vendu cette amnistie au milliardaire, et des procédures sont en cours pour faire annuler cet acte de simonie républicaine. Accessoirement, Marc Rich est un Crown agent connu.

Crown Resources, nous l’écrivions voilà deux décades, est le nom nouveau du Privy Council victorien, groupe privé qui, depuis deux siècles au moins, gère les sales affaires de la Couronne en mobilisant les Crown agents sur le terrain. Notons, détail curieux, que le siège de cette mystérieuse société se trouve à Zug, petite bourgade suisse tranquille et ignorée du monde jusqu’au jour où, voilà trois ans, un fou (?) surarmé massacra le parlement local.

Dans Le Libre Journal n° 282, nous émettions l’hypothèse que le naufrage du Prestige, propriété de Crown Resources, n’était pas seulement un accident et que la rébellion en Côte d’Ivoire, richement dotée, armée et solidement soutenue par le Liberia, pays créé de toutes pièces au début du XIXe par les Crown agents, n’était pas seulement un phénomène ivoirien.

C’est un soupçon que vient discrètement confirmer le propos stupéfiant de Roselyne Bachelot.

Au moment où la France s’oppose de manière frontale aux intérêts anglo-saxons en prenant la tête de la mobilisation contre la guerre de prédation que Washington et Londres ont, contre toute morale internationale et toute règle diplomatique, décidé de mener pour s’emparer des réserves pétrolières irakiennes et du contrôle des grandes voies commerciales entre l’Europe occidentale et l’Asie, d’une part, et entre l’Europe septentrionale et le Sud, d’autre part, que voit-on ?

Notre pays est menacé par la plus grave pollution de l’histoire à la suite du naufrage d’un bateau en ruines que ses propriétaires, connus comme Crown agents, avaient envoyé vers un chantier de démontage de Singapour après l’avoir bourré de fuel lourd et lui avoir imposé un itinéraire passant à proximité des côtes françaises.

Nos forces d’intervention armée (ce qu’il en reste) sont enlisées dans les prémices d’une nouvelle guerre africaine dont l’un des acteurs est armé et financé par les Crown agents et qui pourrait provoquer l’effondrement de toute la politique africaine de la France.

Et c’est le jour où est célébrée la coopération de la France et de l’Allemagne, également opposée à la guerre d’Irak, que, en pleines palabres, à Marcoussis, les violences reprennent malgré le cessez-le-feu en Côte d’Ivoire, provoquant plusieurs blessés dont un gravissime dans les rangs de nos soldats.

Enfin, notre pays est secoué par un drame social et environnemental provoqué par la faillite organisée d’une unité de production contrôlée par des capitaux détenus par des sociétés et des actionnaires connus comme des émanations de Crown Resources.

Même le moins complotiste des observateurs finirait par se poser des questions.

(A suivre.)

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