Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 284 du 30 janvier 2003 - pp. 20 et 21
C’est à lire
Plus qu’un album, un Chard de combat

Dans un siècle ou deux, les historiens de la presse, s’il en reste, verront sans doute un signe éclatant de la servilité de notre époque dans le fait que, au plus fort de la « civilisation de l’image », un talent de dessinateur aussi fort, aussi original, aussi immédiat que celui de Chard a été cantonné dans notre presse hélas confidentielle.

Ils verront d’ailleurs leurs soupçons confirmés en découvrant que c’est dans la même presse qu’a été lui aussi cantonné un autre talent, tout aussi fort et original quoique moins immédiat, celui de Konk.

Que l’on considère aujourd’hui les quotidiens : du plat Plantu (Le Monde), de l’émétique Willem (Libération), du conformiste Ranson (Le Parisien), du répugnant Wolinski ou des improbables gribouilleurs périphériques, qui peut rivaliser en vigueur, en insolence, en virtuosité avec ces deux noms ?

Quelle force, quel groupe de pression contraint les gros titres de la presse grasse à publier les fadaises de dessinateurs corrects quand ils pourraient, pour le même prix, s’offrir de vrais talents ?

La peur du talent, tout simplement, et le mépris du lecteur. D’ailleurs, comment les journalistes de cette presse pouacre, qui savent au fond d’eux ce qu’ils valent, ne mépriseraient-ils pas des gens assez bêtes pour acheter leurs journaux ?

A Pilote comme à Zoom, la plus belle revue de photographies du monde, j’ai eu la chance de rencontrer et fréquenter les plus grands imagiers, dessinateurs et photographes, français mais aussi américains, anglais, espagnols, italiens, latino-américains, asiatiques et même russes. J’ose donc revendiquer, au moins, la très modeste compétence de l’habitude dans l’appréciation de la qualité d’une image.

Eh bien je tiens Chard pour un des meilleurs dessinateurs français. Son trait a la vigueur de Daumier, son mouvement est aussi vrai qu’un Caran d’Ache, son regard aussi chirurgical que celui d’un Mara.

Personne ne sait mieux qu’elle (car c’est une femme, on le sait à présent) camper en quelques traits le beur bête comme un chien et son pitbull méchant comme un homme, l’habitant de c’péhi pétrifié de trouillasse barbouillée en gluante sympathie pour « l’Autre » ou le couple pacsé lorgnant sur le tendron adoptable.

Tout cela est si authentique que, souvent, c’est la rue qui ressemble à un dessin de Chard.

C’est un truisme de dire que l’image est un langage universel, mais c’est un truisme qui se vérifie tous les jours à la Une de Présent et toutes les semaines dans les pages de Rivarol.

Quel titre de quel journal, écrit dans quelle langue, peut en dire autant en aussi peu de place que la photo inoubliable de l’étudiant chinois faisant face, en chemise blanche et bras ballants, au blindé qui avance vers lui sur la place Tien Am Men ?

Quel meilleur résumé de la colonisation de peuplement et du génocide par submersion raciale subi aujourdhui par la France que la négresse engrossée que Chard croque dans son dernier abécédaire : La France métisse de A à Z ?

Mais aussi, quelle force dans ces images ! Quelle brièveté cinglante ! Quelle insupportable vérité !

Et l’on comprend bien pourquoi la racaille stalinienne de Pékin a interdit la photo, pourquoi la crapule trotskiste de Paris exclut Chard et pourquoi la canaille herminée de la Cité la poursuit.

Serge de Beketch
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