Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 286 du 20 février 2003 - pp. 6 et 7
Glocalisation et Utopie
Il y a dix ans déjà, les mondialistes dessinaient l’Europe dépecée

Un de nos grands voyageurs, Jean-Claude Guillebaud, le disait dans "Sur la route des croisades", paru en 1993 : « Toute carte est un instrument de guerre ».

Cette même année, Michel Foucher, géographe, directeur de l’Observatoire européen de géopolitique, mais aussi collaborateur du ministère des Affaires étrangères faisait paraître aux éditions Fayard "Fragments d’Europe", ouvrage contenant 260 instruments de guerre.

Parmi ces cartes, dressées en collaboration avec la Commission des communautés européennes, le Conseil de l’Europe et la Délégation à l’Aménagement du Territoire (Datar), on trouve celle-ci (n° 253, p. 305) qui, mieux que tout débat idéologique, fixe la vision de l’Europe, Turquie comprise et morcelée, qui a toujours été celle de nos dirigeants européens, les vrais, pas ceux que l’on exhibe au cirque électoral.

Si "Fragments d’Europe", qui montre le projet de la "restructuration" européenne, est paru en toute "transparence", il est vrai qu’il n’a pas bénéficié d’une grande publicité.

C’est que la "Maison Commune" d’Oncle Gorby ne peut se construire dans une réelle démocratie, car la pensée qui prétend organiser notre cadre de vie future, dont les cartes de M. Michel Foucher sont l’expression, est d’essence utopique.

C’est dans la fondation de Papa Delors, "Notre Europe", que sont chantées périodiquement des incantations « à l’Utopie dont nous avons besoin », auxquelles font écho les aubades New Age relayées par l’Eglise Universelle. Six milliards d’êtres humains, huit dans très peu de temps : la nécessité se fait de plus en plus pressante d’organiser tout cela de manière harmonieuse, comme sur un dessin de Ledoux. L’harmonie ne sera plus seulement municipale mais aussi universelle, "glocale", c’est-à-dire globale et locale. Nos dirigeants y travaillent depuis des décennies et nous sommes sur le point de voir émerger l’oeuvre tant attendue, moment exaltant, unique - du moins faut-il l’espérer.

« Toute carte est un instrument de guerre »

Avons-nous oublié ce qu’est l’Utopie ? La prétention de régler une fois pour toutes les problèmes, et donc de détruire au passage ce qui semble sur la route de la solution finale. Pour que tout soit comme sur le dessin de l’architecte, il faut donc que chaque brique, comme dans une peinture naïve, soit de la même taille que sa voisine.

Reportez-vous à "La France en 20 minutes" des éditions Belin pour voir le début de la réalisation du phalanstère. Si vous voulez élargir votre vision, suivez le maillage des infrastructures en cours de réalisation. EDF fait maintenant de la publicité sur CNN ; est-ce sans signification ? Routes, pipelines, oléoducs, mais aussi télécommunications enserrent le globe dans un réseau de plus en plus dense ; la liberté n’en a-t-elle pas décru d’autant ?

Savez-vous pourquoi le petit commerçant comme le petit producteur disparaissent ? Pourquoi la banque a refusé de lui avancer de petites sommes quand il était solvable, préférant subventionner de grands groupes qui vendent à perte ? Cela n’a-t-il vraiment aucun sens, comme n’a plus de sens non plus la transformation totale de votre environnement urbain ou rural ?

La désindustrialisation souhaitée par nos élites européennes, en tête desquelles on trouve Charles d’Angleterre, s’accompagne de délocalisations dans tous les domaines, financier compris. Les banques d’Europe centrale sont absorbées par des groupes autrichiens, puis par des Allemands qui connaissent brutalement des difficultés insoupçonnées.

Pourtant, le fractionnement annoncé suit son rythme imperturbable, et les travaux de Pierre Hillard, ainsi que les nouvelles cartes émises par l’Assemblée des Régions d’Europe, enregistrent les nouveaux acquis d’une morcellisation toujours plus avancée, jusqu’aux fameuses NUTS (nomenclature d’unité territoriale statistique ; cellule de base, image du monde à venir).

C’est pour cela qu’il faut reprendre le livre de Michel Foucher. Comprendre que les hommes de la Datar qui appellent, comme Jacques Rigaud la semaine dernière dans Le Figaro, à une "poétique du territoire", au moment où tout débat - sur l’Europe, ce qui signifie sur la France désormais - se voit escamoté par le 49-3, portent un projet bien plus vaste que ce qui apparaît.

"L’Europe" n’est que la transition très prochaine vers le Mondial, le Global, l’Universel, et si on ne dit pas le Total, c’est que totalitaire a été le grand mot du XXe siècle que nous venons à peine de quitter.

Par une technique courante de marketing, on donne simplement un nom nouveau à un projet ancien. Le Global c’est le Total vendu moins cher et qui rendra le même service... pour le même prix ! Beaucoup de fatigue pour toujours être dépendants des mêmes, mais de manière durable.

Tout dans l’Europe est destiné à être transitoire, et il suffit de comparer, par exemple, notre nouvelle monnaie commune, l’Euro, au Réal brésilien, pour retrouver la même graphie, les mêmes couleurs, le même format de billets et de pièces. Autant adopter tout de suite le drapeau vert orné d’un globe terrestre... Brazil, Brazil...

Joyeuse bonne nuit à tous les souverainistes !

Michel Blanzat
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