Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 286 du 20 février 2003 - p. 10
Où va la droite nationale ?
II
Bruno Gollnisch :
"Je ne m’inquiète pas des clubs"

Le Libre Journal : Trois ans après l’éclatement de la droite nationale, tirez-vous un bilan plutôt négatif ou positif de cet événement ? Pensez-vous qu’il y ait un enseignement à tirer de cette expérience ?

Bruno Gollnisch (Délégué général du Front national) : Il eût mieux valu, c’est certain, faire l’économie d’une telle crise ! Cette opération s’est faite alors que tous les sondages prédisaient au Front national un très grand succès à l’élection européenne de 1999. Si cela s’était produit, avec la percée politique et les moyens considérables attachés à l’existence d’un groupe d’une vingtaine de députés, Jean-Marie Le Pen serait arrivé, non pas seulement en 2e position, mais en tête des candidats à l’issue du 1er tour. Et c’est peut-être Chirac, et non Jospin, qui serait arrivé en 3e position ; et qui aurait été par conséquent éliminé. Dans de telles conditions, le 2e tour se serait présenté de façon tout à fait différente !

Mais il ne sert à rien de pleurer sur le lait qui a débordé. En politique, tout ce qui ne tue pas renforce. Cette affaire a montré, en tout cas, s’il en était besoin, que l’on ne construit rien de stable et d’efficace que dans le respect des principes de loyauté, de hiérarchie et de légitimité qui fondent les sociétés humaines.

Un des effets politiques du choc du 21 avril est évidemment le projet de loi visant à exclure le Front national de tout débat électoral. Croyez-vous possible de s’opposer ou de résister à cette manoeuvre ?

La réforme des modes de scrutin des élections européennes et régionales décidée par Chirac sur les instances de Juppé et de Gaudin, et présentée par Jean-Pierre Raffarin, est à la fois moralement infâme et politiquement criminelle.

- Moralement infâme, puisqu’elle vise artificiellement à priver de toute représentation dans les régions les Français qui ne sont ni chiraquiens ni socialistes. Cet apartheid d’un nouveau genre suffirait à qualifier n’importe quel autre pays de république bananière. Il est tout de même paradoxal qu’à l’heure où le gouvernement français, sous les auspices de M. de Villepin, notre très remuant ministre des Affaires étrangères, s’efforce de faire en sorte que toutes les forces politiques du pays soient représentées, non seulement au Parlement, mais aussi au gouvernement de Côte-d’Ivoire, y compris celles qui sont entrées en insurrection contre le gouvernement légal, ce même gouvernement français consacre tous ses efforts à essayer de faire disparaître des assemblées locales une force d’opposition qui incarne pacifiquement les souffrances et l’espérance de millions de Français, et qui ne dispose pas d’un seul député dans ce que l’on ose encore appeler la représentation nationale !

- La réforme est aussi politiquement criminelle, car sa seule cohérence consiste à préparer l’éclatement de la France, et non pas, comme on l’a dit, à « rapprocher l’élu de l’électeur ». Beau "rapprochement" que celui qui verra l’élu européen désigné dans une "circonscription" qui, pour le "Centre", va de Dreux au Puy-en-Velay, ou, pour le "Sud-Est", du Beaujolais et de la Bresse jusqu’à Bastia ou Bonifacio ! Mais ce qu’ils veulent, c’est faire de l’élu européen l’élu d’une région, et non plus un élu national. Dans le même temps on donne aux régions un statut constitutionnel, et on leur permet de s’affranchir de la loi nationale, sous prétexte d’expérimentation. Selon l’expression très juste de mon collègue Jean-Claude Martinez, c’est une « machine à détricoter la France » qui se met en place.

On voit fleurir de nouveaux mouvements, groupes, clubs, associations, qui se réclament du projet identitaire et nationaliste. Est-ce, selon vous, facteur d’espérance ou de division ?

Je ne m’inquiète pas outre mesure de l’existence de clubs ou d’instances de réflexion, qui traduisent la vitalité de notre famille.

Je pense cependant que, si leur vocation est par trop générale, ils risquent de se trouver confrontés à un dilemme par rapport à la traduction que donneront de leur action certains médias hostiles : ou bien ils avanceront des positions qui se distingueront de celles qu’assume le Front, et les malveillants y verront des tendances, des courants, des factions. Ou bien ils resteront dans le cadre de la doctrine du Front, et les mêmes malveillants dauberont sur le fait qu’il n’y a là rien d’original.

Il est cependant indiscutable qu’il nous faut développer relais et réseaux dans la société, totalement "noyautée" par nos adversaires. Il y a beaucoup à faire dans les milieux économiques, syndicaux, associatifs, culturels, etc., et nous devons y travailler.

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