Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 286 du 20 février 2003 - p. 14
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Donald (Rumsfeld)
nous prend pour des Dingo

Tandis que le président Chirac bêle dans Time magazine combien il souffre de contrarier l’Empire américain, une violente, une injurieuse campagne anti-française mobilise les médias US depuis des mois. Le Libre Journal était seul pour la dénoncer début décembre 2002 ; puis en débattre avec l’homme d’Etat - américain mais dissident - Pat Buchanan (n° 281). Cette campagne a pris de l’ampleur, et maintenant les gros médias l’ont enfin remarquée ! Elle se résume à peu de chose : nous serions sales et lâches. Même si ça ne fait pas plaisir, ce n’est pas totalement faux. Il suffit de prendre un métro bondé et de prononcer le mot "arabe" pour s’en convaincre. Et puis ce sont des travers dont nous pourrions nous corriger rapidement.

Ce qui est plus vexant, c’est de constater qu’un grand personnage comme Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense des Etats-Unis, prend les Français pour des imbéciles et ne se gêne pas pour le leur dire crûment. Témoin son ahurissante interview, publiée non sans muette complaisance par Le Figaro le 10 février.

Ainsi Donald nous assure qu’il est « totalement absurde » de croire que les Américains cherchent à contrôler les ressources pétrolières de l’Irak. Il se félicite pourtant de ce que « contrairement à l’Afghanistan » l’Irak ait du pétrole. Il oublie complètement qu’il n’y a pas si longtemps, il menaçait la France de se voir exclue du partage du pétrole irakien après la victoire.

Donald ajoute sans rire que « l’Amérique n’a pas pour habitude de menacer les peuples » et ne dit jamais « faites comme je le veux sinon gare à vous ». Les (rares) rescapés du génocide amérindien et les Japonais, colonisés jusqu’au cervelet, apprécieront.

Mais le plus intéressant de son discours à l’usage des gâteux de « la vieille Europe » est consacré à l’affaire du 11 septembre 2001. Qu’on en juge.

A une question sur la mauvaise "communication" sur les buts de guerre US, Donald répond ainsi : « Dans ce domaine, faire une campagne de relations publiques est très compliqué. Admettons un instant que nous sommes le 10 septembre, à la veille des attentats d’Al Qaida contre New York et Washington. Un réseau caché dans l’ombre s’apprête à assassiner 3 000 innocents, des hommes, des femmes, des enfants. Tel service de renseignement a eu connaissance d’une information tronquée, tel autre a reçu un indice ambigu, nous avons appris que deux individus bizarres sont en train de prendre des leçons de pilotage, nous savons aussi que Ben Laden, qui a déjà tué beaucoup de monde, continue de ruminer sa vengeance. Mais comment allons-nous établir un lien entre tous ces points ? Et d’une façon si aveuglante que le monde entier sera convaincu ? »

Curieuse question, non ?

D’autant plus troublante que, dans la foulée, Rumsfeld enchaîne sur une allusion à l’attaque japonaise sur Pearl Harbour - dont on sait aujourd’hui que Roosevelt, qui en était averti, l’a laissée se perpétrer afin de mobiliser une opinion jusque-là farouchement isolationniste.

Faut-il comprendre que la présidence savait cette fois encore et qu’elle a laissé les terroristes frapper pour « convaincre le monde entier d’une manière aveuglante » et se donner prétexte à envoyer les boys en Irak en dépit de l’hostilité d’une opinion publique mal remise de la première guerre du Golfe ?

On a le doit de se poser la question puisque, plus loin, Rumsfeld a de nouveau un propos étrange : « Lorsque Kennedy a découvert que l’URSS était en train de débarquer des missiles à Cuba (...) il a fait de l’action préventive. Comme nous après le 11 septembre. »

Action préventive après ? Ils sont décidément très forts ces bushistes.

Gag final : « L’argument selon lequel il faut encore donner du temps aux inspecteurs n’est justifié que si les inspecteurs finissent par trouver quelque chose. »

Cette puissante dialectique impose une question : le ministre de la Guerre de la première puissance mondiale serait-il marxiste ? Tendance Groucho.

Le Libre Journal
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