Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - pp. 4 et 5
Dernières nouvelles du Marigot
Détruire l’Irak, c’est le plan israélien
pour faire exploser le Moyen-Orient

A l’approche de la guerre, les analystes feignent de s’interroger sur les motivations profondes de l’entêtement américain. Or les mobiles de cette guerre sont connus depuis onze ans. Ils ont été expliqués dès février 1982 par un rapport d’un haut fonctionnaire du ministère des Affaires Etrangères israélien, Oded Yinon, publié dans la revue officielle israélienne de prospective Kivunim (n° 14 - Département de la Propagande, Organisation sioniste mondiale, Jérusalem). Après avoir décrit la situation du Moyen-Orient, Yinon commente :

« C’est une situation lourde de menaces, de dangers, mais aussi riche de possibilités, pour la première fois depuis 1967. Les chances qui n’ont pas été saisies alors peuvent se présenter de nouveau, plus accessibles, dans des circonstances et avec une ampleur que nous ne pouvons même pas imaginer (...)

« Aujourd’hui s’ouvrent à nous d’immenses possibilités de renverser totalement la situation, et c’est ce que nous devons accomplir dans la prochaine décennie, sous peine de disparaître en tant qu’Etat (...)

« Démanteler l’Egypte, amener sa décomposition en unités géographiques séparées : tel est l’objectif politique d’Israël sur son front occidental (...) Si l’Egypte se désagrège, des pays tels que la Libye, le Soudan, et même des Etats plus éloignés ne pourront pas survivre sous leur forme actuelle, et accompagneront l’Egypte dans sa chute et sa dissolution. On aura alors un Etat chrétien copte en Haute-Egypte, et un certain nombre d’Etats faibles, au pouvoir très circonscrit, au lieu du gouvernement centralisé actuel ; c’est le développement historique logique et inévitable à long terme, retardé seulement par l’accord de paix de 1979.

"La désintégration des pays arabes est notre objectif principal"

« La décomposition du Liban en cinq provinces préfigure le sort qui attend le monde arabe tout entier, y compris l’Egypte, la Syrie, Irak et toute la péninsule Arabe ; au Liban, c’est déjà un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif prioritaire d’Israël, à long terme, sur son front Est ; à court terme, l’objectif est la dissolution militaire de ces Etats.

« La Syrie va se diviser en plusieurs Etats, suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un Etat alaouite chiite ; la région d’Alep, un Etat sunnite, à Damas, un autre Etat sunnite hostile à son voisin du Nord, les Druzes constitueront leur propre Etat, qui s’étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Haourân et en Jordanie du Nord. Cet Etat garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme ; c’est un objectif qui est dès à présent à notre portée.

« L’Irak, pays à la fois riche en pétrole, et en proie à de graves dissensions internes, est un terrain de choix pour l’action d’Israël. Le démantèlement de ce pays nous importe plus encore que celui de la Syrie. L’Irak est plus fort que la Syrie ; à court terme, le pouvoir irakien est celui qui menace le plus la sécurité d’Israël. Une guerre (...) désintégrera l’Etat irakien avant même qu’il ne puisse se préparer à une lutte contre nous.

« Tout conflit à l’intérieur du monde arabe nous est bénéfique à court terme, et précipite le moment où l’Irak se divisera en fonction de ses communautés religieuses, comme la Syrie et le Liban. En Irak, une distribution en provinces, selon les ethnies et les religions, peut se faire de la même manière qu’en Syrie du temps de la domination ottomane. Trois Etats - ou davantage - se constitueront autour des trois villes principales : Bassorah, Bagdad et Mossoul ; et les régions chiites du Sud se sépareront des sunnites et des Kurdes du Nord. L’actuel conflit irano-irakien peut radicaliser cette polarisation. (...)

« La Jordanie, elle, est un objectif stratégique à court terme. En effet, une fois terminé le trop long règne du roi Hussein, remplacé par un pouvoir palestinien, le pays se désintégrera naturellement et ne constituera plus une menace pour l’avenir d’Israël.

« La Jordanie ne peut plus survivre longtemps dans sa structure actuelle, et la tactique d’Israël, soit militaire, soit diplomatique, doit viser à liquider le régime jordanien et à transférer le pouvoir à la majorité palestinienne. Ce changement de régime en Jordanie résoudra le problème des territoires cisjordaniens à forte population arabe ; par la guerre ou par les conditions de paix, il devra y avoir déportation des populations de ces territoires, et un strict contrôle économique et démographique - seuls garants d’une complète transformation de la Cisjordanie comme de la Transjordanie. A nous de tout faire pour accélérer ce processus, le faire aboutir dans un proche avenir. Il faut rejeter le plan d’autonomie et toute proposition de compromis, de partage des territoires ; étant donné les projets de l’O.L.P. et des Arabes israéliens eux-mêmes, il n’est plus possible de laisser se perpétuer ici la situation actuelle sans séparer les deux nations : les Arabes en Jordanie et les Juifs en Cisjordanie. Il n’y aura de véritable coexistence pacifique dans ce pays que lorsque les Arabes auront compris qu’ils ne connaîtront ni existence ni sécurité depuis le Jourdain jusqu’à la mer. Ils n’auront une nation propre et la sécurité qu’en Jordanie (...)

"Les Juifs ne pourront pas survivre hors d’Israël"

« Il faut disperser les populations, c’est un impératif stratégique. Faute de cela, nous ne pouvons survivre, quelles que soient les frontières. La Judée, la Samarie, la Galilée sont nos seules garanties d’existence nationale ; et si nous ne nous implantons pas de façon à être majoritaires dans les zones montagneuses, nous ne gouvernerons pas le pays ; nous y vivrons comme les Croisés, qui perdirent ce pays - un pays qui d’ailleurs n’était pas le leur, dans lequel ils étaient des étrangers.

« Notre but premier, le plus essentiel aujourd’hui, est de rééquilibrer le pays sous le triple aspect démographique, stratégique, économique. Il faut coloniser tout le versant de la montagne qui s’étend depuis Birshéba jusqu’en Haute-Galilée ; c’est un objectif essentiel de notre stratégie nationale : coloniser la montagne qui jusqu’à présent est vide de juifs (...)

« Une rapide évolution du monde entraînera aussi une transformation de la condition des juifs dans le monde ; Israël ne sera plus pour eux un dernier recours mais le seul choix de survie possible. Nous ne pouvons pas tabler sur le fait que les communautés juives américaines, européennes, d’Amérique latine, survivront sous leur forme actuelle (selon les chiffres publiés par Ya’akov Karoz, Yediot Aharonot, 17 octobre 80, les incidents antisémites advenus dans le monde en 1979 ont été deux fois plus nombreux qu’en 1978. En Allemagne, France et Grande-Bretagne, ils ont été infiniment plus nombreux. On note une augmentation de ces incidents également aux Etats-Unis).

« Nous continuerons de vivre dans ce pays, aucune puissance au monde ne peut nous en chasser, ni par la force ni par la ruse (méthode de Sadate). En dépit des difficultés créées par un traité de paix mal inspiré et le problème des Arabes israéliens et de ceux des territoires, nous devons pouvoir résoudre toutes ces questions dans un avenir d’ores et déjà prévisible (...) »

Le Libre Journal
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