Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - pp. 6 et 7
Nouvelles guerres, nouvelles questions !
Pouvoir de la presse : pouvoir de l'argent

Bitru a-t-il retenu quelque choses des dernières guerres, et quoi ?

Quand on lui parle de l’Irak, Bitru plisse les yeux d’un air rusé. C’est que, voyez-vous, ce coup-là on ne la lui fera pas : il sait très bien qu’il ne s’agit que de pétrole et de sordides histoires d’intérêts.

Bitru n’est jamais dupe. Et, patelin, il parachève avec un soin maniaque sa préparation à la guerre précédente : "Manque pas un bouton de guêtre"... pendant que loin de ses yeux s’organise la suivante.

Le voilà donc tentant de déchiffrer par la méthode "Ba-be-bi-bo-bu" de savants et inextricables hiéroglyphes dont, bien sûr, il ne comprend pas le premier mot.

Qu’importe ! A 82 % Bitru et ses pareils se regroupent derrière notre ver national et virtuel Nobel de la Paix, avec Villepin et BHL, qui avoue que « cette fois, il ne sait plus ».

Villepin comme BHL plaidaient pour les bombardements des Serbes en Bosnie, puis au Kossovo. Ils en rêvaient, Chirac le fit.

Faut-il en conclure qu’ils ne souhaitent la guerre que sur le sol européen, comme la Démocrate Mad Albright, mutine allumeuse de guerre qui minaudait : « A quoi sert d’avoir une si belle armée pour ne pas s’en servir ? »

Et, le 12 mai 1996, justifiant la politique de sanctions de l’administration Démocrate Clinton devant Leslie Stahl, journaliste de CBS, qui annonçait qu’un demi-million d’enfants étaient morts en Irak, Mad répondit : « Nous pensons que ce prix en vaut la peine. »

La grande presse internationale ou locale n’en fit pas ses grands titres. Argument d’autorité : Mad savait ce qu’elle disait, aucun petit journaliste n’irait lui demander des comptes.

Six ans plus tard, les stéréotypes reviennent sans rougir et les démocrates retrouvent leur rôle de gauche sociale et humaine, pacifiste pour tout dire.

Du coup, les partisan de la guerre morale, comme BHL ou Villepin, qui participaient la veille au martèlement anti-Saddam, prennent des mines songeuses, morales et humanitaires, et s’interrogent gravement : "Est-ce là le rôle de la France, mes frères, est-ce bien le rôle de la France généreuse ?"

Les faucons d’hier font semblant d’être devenus des vieilles chouettes

Et les voilà qui nous jouent, avec le couplet patriotique chanté à l’ONU, un remake nostalgique de la France des années 60.

On s’étonnera peut-être de me voir faire la fine bouche devant des positions qui sont celles de la plupart des collaborateurs du Libre Journal. Mais la question n’est pas là. La question est de savoir si cette transformation des faucons d’hier en vieilles chouettes bienveillantes est crédible.

Comment croire que les mêmes qui hier appelaient à l’écrasement des Serbes sont sincères quand ils refusent aujourd’hui, au nom de la même morale, la guerre contre l’Irak ? N’y aurait-il pas là plutôt une redistribution des rôles ?

Si les enjeux pétroliers étaient seuls en cause, les compagnies pétrolières auraient déjà joué leur rôle de modérateur. Depuis près d’un siècle, Français et Anglo-Saxons sont associés dans ce domaine. Les accords Sykes-Picot ont servi de premier cadre à cette entente cordiale là et, 50 ans plus tard, l’accession de l’Algérie à l’indépendance a été organisée, quoi que l’on en ait dit, sous tutelle anglo-américaine par De Gaulle, qui n’eut jamais les moyens d’une indépendance qu’il se borna à mimer 30 ans durant en espérant que la réalité suivrait.

Nous le savons aujourd’hui, ce ne fut pas le cas. Et notre empire, qui se flattait d’être autosuffisant au lendemain de la guerre, fut démantelé par la mutation mondiale, la métropole se trouvant ébranlée par de profonds bouleversements qui la rendirent chaque jour plus soumise à l’étranger.

Mais cette évidence est encore niée par ceux-là mêmes qui devraient en être les plus conscients. Et les questions ne sont donc pas posées comme elles le devraient.

Ainsi, personne ne s’interroge sur l’unanimité de la presse hexagonale contre cette "guerre américaine", dix ans après que la même unanimité a rassemblé la même presse en faveur d’une autre guerre américaine en Yougoslavie.

Ce basculement général autour d’un axe unique (l’axe du mal, bien sûr) devrait pourtant donner matière à réflexion.

Est ce que cela ne ressemble pas à une sorte de complaisance narcissique dans l’illusion que la France a encore un rôle à jouer dans la réorganisation (recolonisation ?) de la planète ? Et cette illusion, ne faut il pas qu’elle ait été entretenue ?

Ne dirait-on pas que notre pays a été chargé, dans une nouvelle répartition des rôles, de "gérer" l’Afrique en y maintenant l’ordre (ou le désordre) le temps nécessaire à la réorganisation voulue. Et qu’il est d’autant plus désigné pour ce rôle qu’il aime depuis longtemps à se donner, à la face du monde, les airs d’une aïeule bienveillante des démocraties, assumant jusqu’au bout son rôle moral et humanitaire...

Nous autres, gentils citoyens, héritiers des Lumières, sommes d’autant mieux armés pour de telles missions que nous regorgeons d’autorités morales telles le petiot docteur Kouchner, et que notre bon peuple est tout pénétré de l’importance de sa partition dans le concert des nations.

Ainsi, pendant que la France éternelle s’époumone dans son flûtiau, le citoyen charmé se désintéresse de la situation intérieure du pays et entonne les vieux succès de Paul Déroulède, conformément à l’image que le monde a de lui.

Il en est désormais ainsi de ces monuments en travaux où, sur la bâche qui les recouvre, on voit l’image peinte du bâtiment tel qu’il ne sera plus jamais après sa restauration.

Pour le moment donc, notre presse (ses hommes, ses méthodes) est mise en question ; et l’on voit apparaître des documents sur Le Monde, qui ne serait pas à la hauteur de sa réputation d’objectivité... Rodrigue qui l’eût dit, Chimène qui l’eût cru ?

Et voilà le monde médiatique livré, une fois de plus, à une de ces crises de nerfs générales dont il a le secret, et qui pousse chacun aux pires extrémités.

N’a-t-on pas vu, voilà quelques années, le gros July, souverain poncife de Ration, s’emporter jusqu’à parler de déontologie !

Cette fois c’est Villepin qui va jusqu’à imaginer « une CNN française au service de la francophonie ». TV5 ne lui suffit donc pas ?

Quand July nous parle de déontologie...

En janvier dernier, cette chaîne câblée regroupant des programmes belges, canadiens, français, suisses, diffusait une curieuse fiction canadienne. On y voyait, à Montréal, des barbouzes françaises intriguant pour détourner les ressources d’eau potable québécoises au profit d’une multinationale française. Le film, diffusé dans le monde entier pour assurer la promotion des tueurs français, était subventionné par le gouvernement canadien (toujours rattaché au Commonwealth).

Nous sommes plus que jamais dans une époque de pervers polymorphes. Si nous l’envisageons avec des idées simples, que ce soit au moins en connaissance de cause.

Parler de la presse comme du "quatrième pouvoir" est un abus de langage. La presse est une composante du pouvoir dont le nom est l’argent et elle ne saurait exister en dehors de l’argent que comme soupape.

Voilà pourquoi c’est maintenant seulement que les "citoyens" ont le droit d’accéder à des analyses qu’ils auraient pu lire dans Le Libre Journal lors de la guerre du Kossovo.

Pendant la Grande Semaine du Pacifisme, les "citoyens" ont le droit de comprendre, en promotion, que toutes les guerres ne sont pas humanitaires. Que certaines n’ont pour motif que l’intérêt pour la maîtrise de richesses naturelles, comme le pétrole par exemple (l’eau, on en parlera plus tard...)

En somme, comme d’habitude, on permet à Bitru de comprendre la dernière guerre. Pour savoir ce qu’il en est de la prochaine, il devra attendre qu’elle soit finie.

Ces petits bouts de vérité lâchés n’ont pour objet que de permettre d’intégrer les séquelles du précédent conflit et de masquer les enjeux globaux de la restructuration (toujours cette bonne vieille perestroïka) en cours.

La nouvelle guerre d’Irak, comme celles qui suivront en Amérique latine, en Afrique, en Asie centrale, n’est qu’un épisode du remodelage de la planète entière. L’organisation finale de l’Utopie.

Il reste donc quelque chose à comprendre.

Joyeuse bonne nuit !

Michel Blanzat
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