Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - p. 10
Où va la droite nationale ?
III
Jean-Yves Le Gallou : "Il faut nous remettre en question."

Le Libre Journal : En 1999, une majorité de cadres et militants quitte le FN pour créer le MNR. En 2002, crash du MNR. Vous en étiez le co-pilote. Que dit la "boîte noire" ?

Jean-Yves Le Gallou : Erreur ! Personne n’a quitté le FN pour créer le MNR. Ceux qui ont créé le MNR ont d’abord été exclus du FN. Car le chef de cette PME familiale à fort Audimat ne supporte pas les réussites des gérants de ses succursales : il a viré successivement Peyrat, Freulet, Mégret, Simonpiéri et 130 conseillers régionaux, puis Le Chevalier et bientôt Bompard. Quelle hécatombe ! Pour Fouquier-Tinville, la Révolution n’avait pas besoin de savants. Pour Le Pen le FN n’a pas besoin de cadres !

Quant au MNR, c’est une "start-up" qui a soulevé beaucoup d’espoir : incarner de manière constructive et raisonnable le courant national et identitaire. Mais elle a été foudroyée au décollage par les aléas de l’élection présidentielle. Bruno Mégret a été victime de la théorie du chaos.

Personnellement, où en êtes-vous ?

Tout en restant au MNR, j’ai renoncé à toute fonction de direction. Pour prendre du champ. Pour réfléchir et m’exprimer librement. Car j’estime que le logiciel national, qui date des années 70/80, est aujourd’hui dépassé. Ainsi, être de nationalité française ne veut plus dire grand-chose. En revanche, se définir comme Euro-Français est lourd de sens et riche de potentialités. Car ces Français de civilisation européenne constituent l’expression humaine, charnelle et vivante de l’identité de notre peuple et de la pérennité de notre culture.

Par ailleurs, les échecs du MNR, comme celui de Le Pen au 2e tour de la présidentielle, sont aussi ceux de certains discours eux aussi dépassés, voire périmés, et de certaines méthodes d’action et de communication qui n’ont plus de prise sur la réalité du corps social.

C’est pourquoi, avec un certain nombre d’amis, nous avons lancé la Fondation Polemia, qui s’est fixé un double objectif :

- La réflexion doctrinale pour élaborer des concepts adaptés aux temps nouveaux. Nous nous efforcerons de proposer aussi bien de nouvelles idées qu’une nouvelle "grille de lecture", un nouveau vocabulaire et de nouveaux procédés en matière de communication.

- La campagne d’opinion pour transmettre un message fort, ciblé ou tout azimut, par des moyens classiques ou par le cybermilitantisme.

Nos activités seront donc à la fois conceptuelles et opérationnelles. Pour prendre en compte les nouveaux enjeux en termes de géopolitique, de régionalisation, de communautarisation, d’Europe, de choc de civilisations, etc. Et pour concevoir et proposer de nouvelles méthodes d’action et de nouveaux moyens de persuasion. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter le site internet de la Fondation : www.polemia.com.

A votre avis, le FN se porte-t-il vraiment mieux que le MNR ?

Ce n’est pas bien difficile. Le point fort du système Le Pen, c’est la "télé-réalité". Mais c’est aussi son point faible. Cela le cantonne dans une double fonction de témoignage et de repoussoir, et ce dans un cadre d’instrumentalisation de plus en plus manifeste par le système. En outre, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le FN n’a sans doute pas fini de traverser des turbulences...

Où va la droite nationale ? L’unité de tous les nationaux, avec ou sans leurs chefs actuels, n’est-elle pas l’espoir suprême ?

L’unité, j’y ai longtemps été attaché, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga de l’avenir, ni même la condition sine qua non de l’action politique. Après tout, les trotskistes sont très divisés et pourtant ils pèsent lourd... Je préfère d’ailleurs le terme d’union, qui suppose une synergie de forces complémentaires, donc une diversité originelle.

Je ne sais pas où va la droite nationale, mais je sais qu’il faut avoir le courage de la lucidité : nous sommes arrivés à un moment, dans l’histoire politique de notre pays mais aussi de notre courant, où nous devons accepter de nous remettre profondément en question. Il faut notamment accepter que la France nationale et républicaine, qui a été au centre de nombre de nos discours, ce n’est plus la France quotidienne, c’est devenu une France virtuelle : la République est en loques et l’Etat-nation ne vaut guère mieux.

Alors que nous changeons d’époque, il y a deux solutions : livrer d’ultimes batailles d’arrière-garde et rêver à la restauration de l’ordre ancien transformé en un mythique "âge d’or", ou bien chercher à inscrire le combat identitaire français dans la nouvelle donne du XXIe siècle, bref assurer l’héritage pour le porter plus loin.

C’est cette voie à la fois post-nationale et post-républicaine, démocratique et identitaire qui, je crois, peut s’avérer fructueuse. C’est en tout cas celle qu’a choisi d’explorer la Fondation Polemia.

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