Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - p. 14
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Culture des "35 heures"

On ne lit jamais assez les documents administratifs. Ainsi le trop négligé "Manuel de préparation du concours de recrutement interne des Inspecteurs des Musées nationaux"... C’est une mine de révélations réconfortantes pour quiconque s’intéresse au sort de la fonction publique dans notre beau pays.

On découvre d’abord une réalité qui pourrait étonner les esprits angéliques que nous sommes. A savoir que nulle part on ne s’occupe à ce niveau de la nature des musées et de ce qui s’y trouve. Qu’il s’agisse d’un musée de la préhistoire, de la bicyclette ou de la poupée de porcelaine, la formation d’inspecteur est la même. Un inspecteur n’est qu’un gestionnaire du contenant. Et sa seule compétence porte sur les questions de sécurité, de ratios de circulation du public, et surtout de gestion du personnel !

Car la gestion du personnel de garde des musées est un véritable casse-tête chinois. Le nombre de contraintes et d’avantages exorbitants dont bénéficie cette corporation peu connue des agents techniques de l’administration culturelle est si grand que les plannings sont la tâche essentielle des inspecteurs.

Les exercices proposés dans ce manuel sont particulièrement instructifs quant à la façon dont l’administration, simplement par son fonctionnement, crée des postes de fonctionnaires !

L’outil numéro un est le "coefficient de passage", qui est le rapport de la "charge de travail" du poste à celle du "travail exigible" d’un agent... Et ce fameux coefficient varie couramment entre 1,5 et 3 ! En clair : il est courant que pour assurer la présence continue à l’année d’un agent sur un même poste de "travail" on soit contraint d’embaucher deux, voire trois agents !

Un exemple simple, pris au hasard dans ce manuel de formation, illustre parfaitement cette bizarrerie : « Une administration culturelle crée une permanence ouverte au public de 9 h à 18 h. Elle nécessite la présence de deux personnes. Combien faudra-t-il embaucher d’agents ? »

Problème d’arithmétique simple avec lequel nous ne lasserons pas le lecteur. Mais dont les contraintes institutionnelles vont le réjouir. Sachez d’abord qu’un agent bénéficie de l’administration culturelle :

- des 11 jours fériés ;

- de 5 semaines de congés payés (jusque-là, rien que de normal en l’état actuel des choses) ;

- des "5 jours du ministre" - en pratique donc, il s’agit d’une 6e semaine de congés payés propre à ce ministère ;

- de 2 jours de congé consécutifs par semaine, dont au moins un week-end sur deux ;

- d’un absentéisme institué de 10 % du temps de présence (en pratique très supérieur) !

- en général d’une pause d’une heure pour le déjeuner et de 2 pauses d’1/2 h chacune au cours de la journée ! (mais si le temps de repas n’excède pas 45 mn il n’est pas décompté du temps de travail !) ;

- de l’astreinte aux "35 h".

Total : un agent de jour travaille entre 218 et 224 jours sur 365 ! Rassurez-vous, pour les agents qui travaillent de nuit, le rythme est très nettement moins rigoureux : s’ils sont en service de 18 à 10 h du matin, ils n’assurent que 120 nuits par an !

Pour en revenir à notre petit problème, le fameux coefficient de passage est de 1,6. Donc, puisqu’il faut deux personnes simultanément employées... de 3,2 . La réponse est donc claire : il faut embaucher quatre agents pour en faire travailler deux !

Bécassine fera remarquer que 0,2 agent représente 20 % du temps de travail potentiel d’un agent, soit 20 % de 35 h - donc 7 h - qui seraient aisément répartissables en moins de 2 h supplémentaires pour chacun des trois agents.

A l’inverse, en embauchant quatre agents, il va rester 0,8 agent "oisif"... Oisiveté que l’on répartira sur les quatre agents, ce qui donne le temps de 0,2 agent, soit 7 h d’oisiveté.

Un agent "travaillera" donc 28 h par semaine ! Des mauvaises langues disent qu’on arrive même ainsi parfois à 22 h.

Et dire que l’on trouve couramment des salles fermées dans les musées "pour manque de personnel"... Mais tout ce petit monde, payé avec nos impôts, a un travail tellement harassant, affalé sur des chaises !

Saint-Plaix
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