Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - pp. 18 et 19
Otan, Union européenne
et folie internationale
I
La mort programmée
des nations et de la France

En ce début de XXIe siècle, il est évident que les dérives du XXe perdurent dans tous les domaines. L’instauration de monnaies virtuelles, qui ne reposent plus sur aucun étalon, a ouvert la porte aux pires fantasmes des financiers et de leurs séides, les économistes.

La généralisation du système de la TVA a asservi les gouvernements des pays d’économie "libérale" aux marchés, donc aux spéculateurs institutionnels que sont les financiers.

Si le général De Gaulle pouvait dire que « la politique de la France ne se fait pas à la Corbeille » parce qu’il avait le contrôle de la Banque de France, Edith Cresson, malgré ses prétentions, a bien dû admettre que, finalement, la Bourse, elle en avait quelque chose "à cirer".

Les gouvernements socialistes ou socialisants, qui ont "géré" la France pendant 28 ans sans interruption, de 1974 à 2002, au lieu de la gouverner, ont pris l’habitude de construire des budgets déficitaires sur des mensonges comptables. C’était d’autant plus facile au début que l’inflation masquait beaucoup de choses.

A Saint-Cyr, lors des cours de formation militaire générale, on nous enseignait que la démagogie est cette dérive qui conduit le chef à faire des concession irréversibles à la suite desquelles il n’est plus en mesure d’imposer sa volonté. C’est la démagogie qui a régné en France pendant ces 28 années, qui sont bien loin d’être glorieuses.

En 1974, la nouvelle équipe, "jeune" et surtout "jeuniste", se lance dans une politique désastreuse qui se caractérise par l’oubli d’une vérité fondamentale qui veut que la discipline est le mode d’emploi de la liberté.

Au bout de deux ans, le président Giscard d’Estaing annonce : « Nous avons vidé le Programme commun de sa substance ». On sait ce que cela lui a coûté - ce dont je me contrefiche -, mais surtout ce que cela coûte encore à la France : en 28 années horribles, c’est elle qui a pratiquement été vidée de sa substance.

Jugez donc de la stupéfaction des camionneurs qui tentèrent, à l’automne 2002, de reprendre le pays en otage en bloquant les accès aux stocks de pétrole : alors qu’ils avaient gagné en 2001 sous l’autorité complice d’un chef de l’Etat empêtré dans des affaires judiciaires et d’un Premier ministre empêtré dans une démagogie que son fonds trotskiste n’avait pu étouffer, voici qu’en 2002, parce que les forces de l’ordre ont pu faire ce qu’il faudrait faire depuis toujours - confisquer les permis de conduire pour obstruction des voies de communication avec des moyens privés -, voici que le lobby des camionneurs reprend le travail après quelques heures de rodomontades.

par le Commandant Pierre-Henri Bunel

Mais ce qui est plus surprenant, c’est que les Français, si habitués à être les dindons de la farce politique qui sévit depuis que les "copains et les coquins" bradent notre souveraineté, aient conçu une admiration sans bornes pour la molécule agitée de mouvements browniens qu’est notre ministre de l’Intérieur. Pour une fois, au lieu de donner dans l’effet d’annonce en promettant une nouvelle loi, le gouvernement fait appliquer la loi. Et ça marche.

Point n’est besoin de légiférer, il suffit d’appliquer l’arsenal judiciaire. Mais, pour avoir encouru la sévérité sélective de la Justice, je suis convaincu qu’une grande oeuvre judiciaire reste indispensable : l’épuration de nos codes civil et pénal. Avec les incidences inévitables qui entraîneront l’épuration des codes spéciaux de la nationalité, du travail, des affaires, du fisc, de la fonction publique, des affaires sociales, de la santé, du notariat, de l’immobilier, de la route, etc.

Il faut simplifier les lois et règlements et arrêter de modifier notre constitution sans en référer au peuple souverain.

Dans la série d’articles que je propose aux lecteurs du Libre Journal, je voudrais tenter de creuser les dessous occultes d’une question qui me paraît d’importance primordiale : l’élargissement de l’Europe. Tout le monde sait bien qu’il s’agit d’une affaire politique, parce que l’Europe est un continent dont les limites sont fixées par la géographie et non par les fantasmes des affairistes. C’est donc plutôt l’Union européenne instaurée par l’inapplicable traité de Maastricht qui est en cause qu’un continent qui s’est constitué par le refroidissement de plaques de magma s’échappant du noyau terrestre avant même que l’homme ne prenne en main son premier bout de bois pour le faire évoluer jusqu’à l’armement moderne.

Comme toujours, je ne parlerai que de ce que j’ai vu, puisque mon ambition n’est pas de faire oeuvre de journaliste ou d’historien. Ces honorables professions conduisent ceux qui les exercent à bâtir des thèses. Non, moi je me contenterai du rôle de témoin, beaucoup plus difficile à mon sens. De témoin qui n’a pas tout vu, et qui donc va se contenter de dire ce qu’il a vu, de rapporter les conclusions et thèses qu’il a vu exprimer devant lui par des autorités de tous types.

Bien sûr, j’ai aussi tiré des conclusions de ce que j’ai vu sur le terrain. C’est ce que j’exprime en général dans mes écrits par des commentaires dûment signalés.

Mon but n’est pas de faire valoir ici mes thèses ou opinions personnelles, mais plutôt de contribuer à éclairer le lecteur par des éléments qui, en complétant ceux qu’il peut avoir obtenus par ailleurs, lui permettront d’affiner sa propre opinion.

Alors pourquoi dans les colonnes du Libre Journal et pas ailleurs ? Parce que ce journal est libre, et que sous réserve d’y rester courtois, on peut y exprimer ce que l’on a perçu de la vérité.

Je regrette que certains lecteurs aient abandonné cette source d’information précieuse, la mettant ainsi en danger, au motif que « ce journal s’est fait l’écho de l’infréquentable Meyssan ».

Il est des esprits obtus partout.

Personne ne pourrait douter de mes convictions chrétiennes et patriotiques, ni de mon sens du sacrifice. C’est à cause de ces convictions que j’ai coopéré avec Thierry Meyssan sur certains sujets. Nous avons travaillé ensemble avec grand plaisir et nous continuons à le faire, mais dans la discrétion. Parce qu’à lui aussi notre coopération pose des problèmes, au sein du milieu dans lequel il évolue d’habitude. En principe ouverts et non sectaires, certains de ses amis lui reprochent de coopérer avec quelqu’un qu’ils présentent comme un "catholique de droite".

Et si nous estimons devoir faire durer notre coopération, c’est parce que nous conduisons le même combat de résistance contre la colonisation américaine et les dérives du terrorisme, actuellement islamiste.

Je ne fais pas mystère de mes positions ouvertes envers les musulmans non terroristes des pays musulmans. Mais chrétien je suis, chrétien je resterai. A la différence des censeurs de tout poil, j’ai vécu au contact quotidien des musulmans pendant des années. L’affection qui nous liait les a souvent conduits à tenter de me convertir. Je ne les en aimait que plus, parce que c’était une preuve d’affection envers moi. Moi en tant qu’individu. Et je retrouvais en eux un principe que nos églises chrétiennes ont hélas souvent abandonné : aller « enseigner toutes les nations. »

Pour une union sacrée contre les désinformateurs

Thierry Meyssan aussi est souvent en relations avec les instances internationales arabes, à la suite de son ouvrage "L’effroyable imposture". Le succès mondial de ce livre est un témoignage de son importance réelle, malgré les dénigrements d’une presse alignée, contrôlée par des investisseurs qui ont, et pour cause, les mêmes intérêts que les dirigeants actuellement en place à Washington. Des intérêts sur lesquels tout le monde s’aligne « parce qu’il faut bien gagner sa vie et celle de ses enfants », m’expliquait un journaliste. Ce dernier est une relation de travail avec qui je m’entends bien, mais qui n’est plus libre de publier ses articles comme à ses débuts dans son journal : la presse institutionnelle, de droite ou de gauche, diffuse une information calibrée par les marchands de canons, de pétrole, d’électronique de défense et de téléphonie, et autres domaines stratégiques de l’économie de marché. A tel point que l’édition doit prendre le relais de la presse d’investigation, et que seuls des éditeurs non "rachetés" peuvent encore le faire.

Les résultats des renoncements et "repentances" gouvernementaux actuels font qu’entre autres, l’Afrique s’islamise, comme je l’explique dans un livre dont la gestation est finie mais dont l’accouchement se présente difficilement pour le moment.

Nombre de ces renoncements ont une cause profonde : les exigences de la finance internationale qui a colonisé les pays du G7 et du GATT. L’entrée de la Chine dans l’OMC risque de faire évoluer les choses, mais alors, comme avec l’ONU, les lobbies qui contrôlent la vie des Américains tenteront de mettre sur pied une nouvelle "famille" mafieuse pour transformer l’OMC en coquille vide.

Au moment où la nouvelle guerre en Irak est sur le point d’éclater, je vais donc vous faire part de ce que j’en sais à travers des évolutions récentes des instances qui se développent en Europe. Or tout part de l’Otan. Mes sources d’information sont la presse alignée, bien sûr, puisqu’il m’importe de mesurer la désinformation qu’elle véhicule, ma connaissance des dossiers dont l’évolution est si lente que je suis souvent surpris de voir que mes archives sont toujours d’actualité, et des mises à jour quasiment en direct de la part d’informateurs qui sont de mes anciens collègues toujours en service actif. De divers pays et avec des sensibilités différentes, ils présentent un point commun : ils sont las de devoir agir contre leurs convictions de fonctionnaires ou de militaires intègres pour le compte d’intérêts privés, mais en mettant à contribution des moyens publics.

(à suivre)

Commandant Pierre-Henri Bunel
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