Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 287 du 28 février 2003 - p. 22
Théâtre
"Un Homme parfait"

Victor (Guy Montagné) exploite "Le Celtic", bar-hôtel-restaurant-garage façon routier. Un "cambouis-boui" plutôt glauque. Son épouse l’a quitté pour le coiffeur pour dames du bout de la rue. Décidé à la reconquérir, Victor s’inscrit à un jeu télévisé : "Le Mari idéal". Son apparition sur le petit écran va avoir un effet inattendu en faisant remonter à la surface des souvenirs enfouis de ce que l’on appellera pudiquement des erreurs de jeunesse.

L’aventure se terminera par le passage du "Celtic" du style "cambouis-boui" au style "bouibouic-et-bouc", et par la transformation du taulier Montagné en patronne de "La Bonbonnière".

Bon, je vois que vous avez déjà résolu de passer votre soirée ailleurs...

Eh bien ce serait une erreur.

Car cet Himalaya de vulgarité a, figurez-vous, mobilisé les talents et les énergies d’une équipe de conquérants de l’impossible.

L’élégant Jacques Crépineau, d’abord. Le directeur de "La Michodière" n’a reculé devant aucune folie pour monter un spectacle jubilatoire : trois décors magnifiques et intelligents, des costumes tous plus somptueux les uns que les autres. On avait perdu l’habitude d’en voir autant sur une scène privée.

Guy Montagné, que l’on sait capable de tout, montre qu’il peut en faire plus encore. Dans la première partie, il a, en cocu pathétique, les accents de Coluche dans "Tchao, Pantin !" Il est si émouvant et fin que, lorsqu’au deuxième acte il apparaît moulé dans une robe 1925, en Jacqueline Maillan virile et déjantée, on manque de tomber de son fauteuil de surprise.

Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé ont réussi une mise en scène capricante qui danse, bouge, chante et crie et, surtout, ne manque aucun effet.

Jeane Manson, "absolutely fabulous" dans son personnage d’Américaine pulpeuse, renoue avec la chanson avec une jubilation partagée par le public. Et toute la troupe, à l’unisson des deux vedettes, affiche une insolente santé et une gaieté communicative.

Car même le public a du talent : la salle comble (700 places) s’esclaffe, se tape sur les cuisses et, au salut, se dresse comme un seul homme pour une "standing ovation". C’est un peu ridicule, bien sûr, mais c’est à la mode. Et puis on sent que, vraiment, ça leur fait plaisir.

Jérôme Brigadier

Théâtre de la Michodière, Paris IIe. 01 47 42 95 22 (réservation sans frais).
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