Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 288 du 12 mars 2003 - p. 7
Traditions
par Michel de L’Hyerres
Une guerre en question

Je dois faire, cher lecteur, mon mea culpa concernant mon étude récente sur Oriana Fallaci (LLJ n° 280 et 281) car, malgré l’avertissement de SdB, j’avais vu en cette journaliste l’indignation d’une aristocrate tant contre l’invasion islamiste que contre la lâcheté concomitante des « sans-couilles » occidentaux ; tout en notant quand même dans mon « Eloge critique » la dérive moderniste, donc gauchiste, de cet auteur, par l’apologie qu’elle exerce de « l’American way of life avec sa vanité, son insolence, son matérialisme, sa course à l’argent ».

Car sont apparues depuis deux incidentes.

Tout d’abord, pour défendre son livre La Rage et l’Orgueil attaqué en justice par plusieurs associations « antiracistes », le soutien de l’avocat ultrasioniste William Goldnadel, lequel mérite un détour par ces lignes dont il est l’auteur(1) : « Les Israéliens et leurs soutiens sionistes en diaspora utiliseraient donc cyniquement l’ombre portée de la Shoah pour poursuivre impunément leurs crimes à l’encontre du peuple palestinien » ; puis il cite un journaliste français, Pierre Demeron, lequel allègue : « Les nazis ont transformé les juifs en savonnettes, les sionistes en ont fait des alibis » (p. 92), bobard d’autant plus intéressant que les congressistes du FN, les 19, 20 et 21 avril à Nice, pourront observer au cimetière monumental du Château, s’il n’est pas fermé, une tombe près de l’entrée ornée d’une urne de marbre blanc portant l’inscription « Savon juif » !

Seconde incidente : la confidence d’Oriana Fallaci recueillie par Emmanuel Ratier : « En avril dernier, dit-elle, Ariel Sharon l’a appelée pour faire l’éloge d’un article qu’elle avait écrit dans l’édition italienne hebdomadaire de Panorama à propos du problème de l’antisémitisme européen et arabe. Elle dit qu’elle a répondu au téléphone en lui disant : "Hey, Sharon ! Comment vas-tu ? Toujours aussi gros ?!" Parce que je le connais. Sharon dit : "Oriana, je te rappelle pour te dire, damned, tu as des tripes ; damned, tu es courageuse ; damned, je te remercie" et j’ai dit : "Ariel, tu me remercies, je te demande pardon. J’étais trop dure avec toi il y a vingt ans, et toi, comme d’habitude, tu es un gentleman." »(2)

Ces deux constats témoignent de mon ingénuité concernant « l’aristocratisme » supposé d’Oriana car elle avait, dans son livre, soigneusement occulté sa connivence avec son damned Sharon ; son succès mondial, particulièrement en Italie (près d’un million d’exemplaires vendus en cinq mois), a évidemment beaucoup compté dans le ralliement de Berlusconi à la cause américano-sioniste.

Passons maintenant à l’attitude contraire de Jacques Chirac devenu, comme l’on sait, malgré lui, par son pacifisme concernant l’Irak, quasiment le Commandeur des croyants. Je dis « malgré lui » parce que notre président avait donné à la « communauté » les marques de son entière soumission, d’abord en acceptant de fait l’exigence du B’naï B’rith « de ne s’allier en aucun cas au Front national » (Le Monde du 26 mars 1986, p. 10) puis, le 16 juillet 1995 au Vél’ d’hiv’, par la reconnaissance solennelle de la « faute collective » de la France à l’égard des juifs (Le Monde du 18 juillet 1995, p. 6).

Si donc Jacques Chirac, l’homme des sionistes, a pris le parti de la paix en Orient, ce ne peut être qu’en accord complet avec la « communauté » qui craint (et le dernier repas du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) du samedi 25 janvier 2003 en présence du gouvernement français ne fait que le confirmer) la multiplication des violences maghrébines à leur égard.

C’est ainsi que la « communauté », qui n’existe pas, en est venue à obtenir de Jacques Chirac la décision de prendre le parti pro-arabe avec la conséquence imprévue de le voir devenir le champion de cette cause insolite qui lui vaut actuellement une incroyable célébrité auprès des masses musulmanes !

D’où le récent soutien, stupéfiant, sur TF1 à Jacques Chirac par Laurent Fabius, poussant le bouchon jusqu’à inviter le président à prendre modèle sur la fermeté de Charles de Gaulle...

Il est à craindre, maintenant, que le président Bush, incarnant admirablement ce fameux Golem imaginé par le Rabbi Juda Loeb de Prague (1512-1609), ainsi que la belliqueuse Oriana Fallaci qui a si bien poussé à la roue ne se trouvent, devant la réprobation de l’opinion mondiale, mal à l’aise dans leurs baskets...


(1) William Goldnadel, Le Nouveau Bréviaire de la haine, Ramsay.
(2) http://www.revue-politique.com/6 01 06 260.htm
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