Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 288 du 12 mars 2003 - p. 10
Où va la droite nationale ?
IV
Robert Spieler : « Décentraliser »

Le Libre Journal : Député FN (1986-88), vous quittez le Front en 1989 et fondez le Mouvement régionaliste d’Alsace (MRA). Vous présidez aujourd’hui « Alsace d’Abord ». Quelle est la constante de ces avatars ?

Robert Spieler : Fidélité à certaines valeurs, parmi lesquelles la défense de l’identité alsacienne, française et européenne. Je respecte la nation mais je n’idolâtre pas l’Etat. « La Nation, disait Barrès, est la possession d’un antique cimetière. » On peut respecter la nation et exiger que soit chassé le gardien du cimetière, qui vous rançonne à chaque fois que vous allez vous y recueillir. Moins d’Etat, plus de régionalisation ne signifie pas moins de nation. L’idée d’Etat-nation est une invention de la Révolution française, qui a mis l’Europe à feu et à sang.

Que pèse la France seule en termes militaires et diplomatiques ? Face aux menaces qui ont pour nom islamisme, impérialisme américain, puissance émergente de l’Orient, nous devons nous unir, comme à Poitiers, Lépante ou Vienne, face aux Turcs.

Comment avez-vous vécu la crise FN/MNR ?

La thèse du complot me paraît légère. Pourquoi tant de cadres, au fil des ans, ont-ils quitté le FN ? Seule une minorité l’a fait en trahissant, en rejoignant le Système. La majorité l’a fait car elle ne supportait plus le mode de fonctionnement de ce mouvement ultra-centralisateur, où tout tourne autour du chef, où règne l’obligation d’adhérer aveuglément à un discours qui, sur certains points, commence sérieusement à dater.

Cela n’empêche pas des résultats électoraux mais interdit, dans la durée, les recrutements de qualité et la construction d’un parti solide et pérenne. L’histoire (récemment aux Pays-Bas) montre qu’un mouvement construit autour du charisme de son leader s’effondre dès la disparition de celui-ci.

Quant au MNR, j’avais prévu son échec. Mégret a commis l’erreur de vouloir créer un « FN bis ». Les électeurs ont évidemment préféré l’original à la copie. Quand il l’eut compris, il voulut se rattraper en accolant au sigle MN un « R » républicain ! Quelle illusion, quel gâchis !

Qu’avez-vous fait de mieux ?

Créé en 1989, le MRA obtenait 6 % des voix, 2 sièges de conseillers régionaux en 1992 et 3 en 1998.

J’ai mené en 2001, aux élections municipales de Strasbourg, une liste groupant régionalistes, membres du MNR, responsables de « La Droite » de Millon, souverainistes de Villiers... [ndlr : 9,21 % - FN : 7,50 %] Cela montre qu’il est possible de dépasser des différences et de se retrouver autour d’un programme commun dès lors que les partenaires se respectent.

Enfin, étape importante : le regroupement en septembre 2002, au sein d’Alsace d’Abord, du MRA et d’élus et cadres du MNR alsacien, parmi lesquels Stéphane Bourhis, Christian Chaton, Gérard Freulet, René Weiss...

Aujourd’hui, le groupe Alsace d’Abord au Conseil régional est important (10 élus sur 47). Le premier test (cantonale à Niederbronn) a vu notre candidat arriver en 3e position derrière deux maires UMP, UDF ; devant le PS et le FN.

Où va la droite nationale ?

Quand je songe que le mot « droite » qualifie aujourd’hui l’UMP, je n’ai pas envie de l’appliquer à notre camp...

Une refondation me paraît indispensable, faute de quoi la « droite nationale » se prépare un avenir bien sombre. Il n’est plus possible de fonctionner sur un modèle ultra-centralisé, qui ne prend pas en compte les diversités. L’avenir passe par le rassemblement de toutes les compétences et mouvements dans une organisation souple, fonctionnant en réseau et selon le principe de subsidiarité.

Je souhaite que demain souverainistes et régionalistes, catholiques et non-croyants, admirateurs de Maurras ou de Yann Foueré, lecteurs du Libre Journal, de Présent, de Rivarol ou d’Eléments puissent se retrouver autour de combats communs.

Mais Alsace d’Abord ?

Alsace d’Abord va continuer son développement. Notre mouvement vient de lancer 200 000 tracts-pétitions contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Nous comptons rendre la parole à l’Alsace dans une France française et une Europe européenne !


Contact : Alsace d’Abord - BP 31 - 67065 Strasbourg Cedex - Tél. 03 88 02 01 00 - www.alsacedabord.org
Sommaire - Haut de page