Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 288 du 12 mars 2003 - pp. 12 et 13
"L’Im monde"
La face cachée de Péan & Cohen

Dans le studio de Radio Courtoisie (5/3), Emmanuel Ratier brandit ses implacables Faits & Documents : « Infiltration en masse ! Au "Monde", 70 journalistes sur 200 sont trotskistes, plus du tiers ! Et Plenel se proclame "trotskiste culturel"... »

Un vertige me prend : il y a près de 20 ans, dans ce même studio, invité par le même Beketch, j’écoutais Bruno Larebière, du Choc, tonner contre l’infiltration au PS de 400 trotskistes "lambertistes" conduits par le bon berger Cambadélis. Et je répondais (je m’en souviens très bien) : « Vous verrez qui va bouffer qui... »

Et en effet le sous-marin trotskiste Jospin, infiltré de plus longue date au PS pour préparer le Grand Soir (ou les vieux jours de son chef Lambert ?), a organisé le licenciement de centaines de milliers d’ouvriers ; les a insultés quand, du coup, ils se sont mis à voter FN ; il a favorisé une spéculation boursière sans précédent, privatisé à tour de bras...

Alors, les 70 "trotskistes" du Monde, ils vont sûrement armer de mousquetons leur conseil de surveillance - Minc, PDG, plagiaire et failli, Beffa, PDG de Saint-Gobain, Frasca, PDG de Fiat France, Pflimlin, président du Crédit mutuel, etc. - et l’emmener à l’assaut du Palais d’Hiver, bientôt... Mais pas tout de suite. Avant, ils vont continuer à s’engraisser comme des porcs, payés « 25 fois le smic » (avoue Colombani) pour démoraliser notre peuple. Et ils vont continuer à échanger des peaux de banane avec leurs concurrents, tels que... MM. Cohen & Péan, et les puissances qui les emploient.

Nous y voici : devant l’actualité sensationnelle et déontologique de ces derniers jours, devant la rixe de deux bandes de maquereaux pour un coin de trottoir et trois gagneuses fatiguées. Qui va gagner ? Demandez "L’Immonde" ! Et vous le saurez (peut-être). Lisez le portrait de Péan dans National hebdo (6/3), et vous découvrirez qu’il est issu de la droite catholique, avant un parcours sinueux...

Claude Durand est le Parrain du gang de la rue des Saints-Pères (Fayard, qui contrôle Mille et une Nuits, qui édite "La face cachée du Monde"). Un chef dur et réaliste. Quand je lui demande de signer pour Limonov, il me renvoie à sa porte-flingue Maren Sell (Pauvert), qui ne me répond pas (au tueur d’enfant Patrick Henry, elle répond, dans le meilleur restaurant de Caen : 100 000 leuros vos Mémoires ? Trop cher). Parlant au Point, Claude Durand est encore plus net : son gang a décidé de « donner un coup d’arrêt au pouvoir que s’arrogent les journalistes et à la constitution d’un groupe de presse expansionniste. »

Allusion jalouse au Midi libre, aux Cahiers du Cinéma, à Politis, au Courrier international, et d’autres, qui depuis l’an dernier arpentent la rue Claude-Bernard, dans des nuisettes neuves et provocantes. Allusion aux compteurs que relève le mac "Le Monde Presse" à Télérama, au Temps (hé hé) suisse (20 %), au Nouvel Observateur (6 %), etc.

Durand n’est pas seul. L’Express a lancé "La face cachée du Monde" à la une. Le Figaro est muet, car... on a volé son exemplaire du livre à M. de Chaisemartin ! Mais L’Express et Le Figaro groupent leurs annonces d’emploi, pour essayer de mieux citronner les chômeurs que leurs concurrents associés Le Monde, Le Point et Le Nouvel Obs...

Durand a des témoins. L’ancien ministre PS de l’Education, Claude Allègre, déclare au Parisien (3/3), au sujet de "La face cachée" : « Ce que le livre dit de ce que j’ai pu personnellement connaître est exact. Ainsi est-il exact qu’Edwy Plenel m’a appelé un jour au téléphone pour me dire, sur un ton menaçant, que si Jospin ne nommait pas Patrice Bergougnoux directeur de la police nationale, ce serait coûteux pour lui. (...) Cela m’a paru si étrange et si choquant que j’ai noté la date : c’était le vendredi 29 octobre 1999 au soir. »

Mais Le Monde aussi reçoit le renfort de plusieurs demi-sels. Le Point, son associé pour exploiter les chômeurs, prend sa défense sous la signature de F.-O. Giesbert (28/2). Et dans Marianne (3/3), comme d’autres trouillards secrètent de la sueur, J.-F. Kahn secrète 10 pages qui tiennent en 10 lignes : « En clair, notre attachement citoyen à ce môle de la pensée critique et de la médiation démocratique que, malgré ses errements, "Le Monde" continue de représenter nous interdit de nous laisser aller au moindre ressentiment en relayant une action hostile que notre renfort rendrait mortelle. »

Dans Le Canard enchaîné du 5/3, l’on trouve le détail effarant des dizaines de millions d’euros que Le Monde soutire à l’Etat et aux NMPP. Mais le quotidien de référence riposte, en haut d’une page (entre trois) de plaidoyer pro domo (7/3) : « L’aide publique des Nouvelles Messageries de la presse parisienne bénéficie à tous les journaux ». Traduction : elle bénéficie, plus ou moins, à toute la PQN (presse quotidienne nationale), mais pas à Présent, tout de même !

Alors ? Nous, la presse patriotique, nous observons cette rixe de voyous en comptant les points et en riant, certes. Mais en riant jaune. Car cette rixe, et le nouveau partage du marché qui en résultera, ne sont rendus possibles que par notre faiblesse. Notre incapacité à gagner des lecteurs écoeurés de la presse pourrie. 6 millions d’électeurs, 40 000 lecteurs. Bravo.

Alors, on fait quoi ?

Patrick Gofman

Péan & Cohen, "La Face cachée du Monde - du contre-pouvoir aux abus de pouvoir", Mille et une Nuits, 636 p., 24 reuros + 5 keuros de port à Librairie nationale, 12 rue de La Sourdière, 75001 Paris.
***
Tandler démasque Péan

Le Libre Journal : Vous êtes cité dans "La Face cachée du Monde", page 117, à partir de fiches de police. Pourquoi ?

Nicolas Tandler : Péan cache que je l’ai rencontré plusieurs fois, sur sa demande. Il m’a dit qu’il écrivait un livre sur Le Monde. Il m’a asséné plusieurs "infos" concernant mes relations avec Edwy Plenel. Précisant qu’il s’abreuvait à deux sources policières : les fiches des RGPP (ndlr : Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris, distincts des RG du ministère de l’Intérieur) et les écoutes téléphoniques de l’Elysée. Je lui ai vainement expliqué que je contestais fondamentalement la version policière.

Que voulez-vous dire ?

Comme les fiches RG me concernant, diffusées auprès de toute la presse de gauche, les RGPP affirment que je suis un des fondateurs d’Occident. Mais j’étais à l’étranger, militaire engagé, quand Occident s’est constitué, en 1963-64. Et tous les anciens de ce mouvement savent que je ne les ai rejoints qu’en 1967. J’ai signalé ce détail à Péan. Il n’en a pas tenu compte...

Quelle importance ?

Tout se tient. Bien avant la fin de la décennie 50, j’étais en rapport avec l’organe de combat anticommuniste Est & Ouest - et non "Est-Ouest", M. Péan ! C’est à ce titre qu’ultérieurement j’ai pris contact avec Occident. La manipulation des dates vise à masquer beaucoup de choses. Et notamment ce que l’oeuvre de Péan & Cohen doit aux anticommunistes, dette inavouable pour eux. Le premier écrit contre Le Monde, passé sous silence par Péan, est paru en 1952 : "Le Monde, auxiliaire du communisme", publication Est & Ouest.

Péan vous décrit « au service de Charles Pasqua », ayant organisé son premier rendez-vous avec Plenel...

Pasqua, barbouze, a combattu l’Algérie française, dont j’étais un militant de base. L’un de mes meilleurs amis, Guillaume du Couëdic, fut assassiné par les hommes de Pasqua en Algérie. Mais en 1968, dans certains milieux nationalistes, on prônait l’union sacrée contre les Rouges, et "l’entrisme". Il s’agissait de rejoindre les milieux gaullistes pour les influencer dans notre sens. Comme on le sait, cette tactique était vouée à l’échec. J’y fus entraîné quelque temps, ce qui me fit côtoyer des hommes de Pasqua... Mais je restais un "fasciste" à ses yeux, et lui, pour moi, une barbouze. Imaginer qu’il pût me confier la mission de contacter Plenel, c’est du délire. Le téléphone était déjà inventé !

Péan falsifie ?

Vous êtes brutal... Je dis que Péan ménage Le Monde, contrairement à ce que la polémique actuelle fait croire. Exemple : de son fondateur, Hubert Beuve-Méry, il murmure (en note) qu’il « a pu montrer quelque faiblesse intellectuelle pour le régime nazi ». On n’est pas plus pudique ! Péan doit savoir qu’il existe, aux archives du Quai d’Orsay, une lettre de HBM, directeur de l’Institut français à Prague, datée de début 39, et demandant à son ministère de tutelle le licenciement immédiat d’une secrétaire d’origine juive, afin de ne pas indisposer les autorités protectrices du Reich. Mais Péan est solidaire d’une certaine image du Monde. Il estompe sa filiation avec Le Temps, surtout dans la période de la Collaboration. Il tait la présence prolongée de tel ancien Waffen SS au Monde, et bien d’autres choses... Je ne juge pas les engagements de tel ou tel journaliste du Monde. Je vois simplement, dans leur camouflage, l’hypocrisie partagée du Monde et de Péan.

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