Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 288 du 12 mars 2003 - pp. 16 et 17
Otan, Union européenne
et folie internationale
II
Le plan Marshall, l’Onu et l’Otan

Il me semble utile de faire un retour sur un conflit qui a largement dominé la fin du XXe siècle : la guerre froide qui fait suite à la seconde guerre mondiale. Cette guerre est avant tout économique et a pour but d’offrir un espace vital de marchés immenses à l’industrie américaine. Elle induira des réformes profondes en matière sociale, par l’avènement de la société de consommation et, au plan politique, par l’asservissement des gouvernements aux marchés "grâce" à la TVA.

La seconde guerre mondiale est définitivement celle de la technique et de l’industrie mais elle est aussi la victoire des financiers capitalistes en "Occident". Il faut d’ailleurs nuancer la notion d’Occident. Pendant toutes les années de la guerre froide, ce qu’on appellera Occident recouvrira en fait les pays qui se sont rangés dans l’orbite du capitalisme plus ou moins dirigé et, grosso modo, du côté des Américains par opposition aux Soviétiques. Nous verrons plus tard les contresens auxquels ce concept à abouti.

En 1945, l’Europe est ruinée et doit entièrement se reconstruire. Malgré les tentatives diplomatiques des administrations américaines dès avant la rupture du pacte de non-agression germano-soviétique pour ouvrir des marchés avec l’URSS, les financiers américains ne peuvent pas investir dans le premier pays communiste de l’histoire. La chute de l’empire chinois est une bonne chose pour les Américains, résolument partisans des républiques réputées être démocratiques par opposition aux monarchies. Malheureusement pour les stratèges politiques américains, ils soutiennent les nationalistes chinois contre les communistes de Mao Tsé Toung. C’est un échec ; la Chine continentale devient la République populaire de Chine.

A la création effective de l’Organisation des Nations unies le 24 octobre 1945, les Américains se trouvent obligés d’admettre parmi les membres permanents du Conseil de sécurité l’Union soviétique qui fait partie des "vainqueurs" de la guerre contre les forces de l’Axe. La République de Chine en fait également partie mais il s’agit de la Chine nationaliste réfugiée à Formose que l’on n’appelle pas encore Taiwan. Tous les autres pays ne pourront faire partie que de l’assemblée générale et du Conseil de sécurité comme simples membres temporaires, sans droit de veto, sous réserve qu’ils soient admis à signer la Charte et s’engagent à en respecter les principes.

Par le Commandant Pierre Henri Bunel

Créée à San Francisco avant que son administration ne s’installe plus tard à New York, l’Onu a son siège aux Etats-Unis, directement sous la coupe de Washington.

Cette fois-ci, Genève, qui a été le siège de la SDN, n’a pas été retenue afin d’éviter les difficultés techniques de communication avec Washington, liées au décalage horaire.

L’adhésion ferme de l’URSS et de la Chine continentale au système communiste ferme deux des plus grands marchés du monde aux investisseurs américains. Il ne reste que l’Europe ruinée pour offrir des débouchés à la production de l’industrie et de l’agriculture américaines dopées par la guerre.

Le plan Marshall offre une possibilité de lancement des exportations d’outre-Atlantique vers l’Europe d’autant que le financement initial est assuré par les prêts de groupes américains. Ce n’est qu’un pis-aller, parce que tout ne se déroule pas en Europe de la façon dont le souhaiteraient les dirigeants américains.

La France, grâce aux mesures prises depuis Londres en liaison avec les responsables administratifs et décisionnels restés en fonction dans le pays pendant l’occupation allemande, est en mesure de relancer le fonctionnement de ses pouvoirs stratégiques, administration préfectorale, police, justice, au fur et à mesure du repli des Allemands devant les Alliés.

A tous les points clés, l’administration provisoire du général de Gaulle place des fonctionnaires investis d’une légitimité en face des autorités proconsulaires militaires américaines. La Banque de France met rapidement en circulation des moyens de paiement, et la monnaie artificielle imprimée aux Etats-Unis ne rentrera jamais en vigueur : la France échappe au protectorat américain.

C’est le résultat de l’action vigoureuse du premier ministre Winston Churchill en liaison avec les différents chefs français de Londres, des colonies d’Afrique du Nord, mais aussi grâce aux fonctionnaires et entrepreneurs de la France occupée qui peuvent se maintenir à leur poste malgré les pressions qu’ils subissent.

Les tribunaux de l’Epuration auront parfois du mal à faire la différence entre les collaborateurs et les résistants, mais le gouvernement provisoire issu essentiellement des autorités de Londres dispose d’éléments souvent secrets pour éviter une bonne partie des erreurs.

Dans la mesure du possible, les forces françaises de reconquête sont informées de directives occultes venues de Londres à destination des responsables des administrations occupées pour éviter des arrestations intempestives.

Mon père, officier de renseignement avant la guerre mais commandant d’une compagnie de Tirailleurs marocains pendant la campagne d’Italie, le débarquement en Provence et la remontée jusqu’à Strasbourg, m’a parlé de documents écrits qui lui avaient été communiqués par le deuxième bureau militaire après son débarquement en France, et qui lavaient par avance certains fonctionnaires, en particulier des ingénieurs des Ponts & Chaussées, de possibles accusations de collaboration.

De par mes relations personnelles avec d’anciens membres des bureaux du général de Gaulle à Londres, dont des Compagnons de la Libération, je sais que des documents, enjoignant aux fonctionnaires d’autorité de rester en poste, ont été envoyés à d’autres instances des zones occupées. En raison du danger que présentait la détention de tels messages, ils étaient souvent accompagnés de directives de destruction après lecture.

La prise de risques réels pour envoyer des agents d’Angleterre vers la France montre assez quelle importance la France Libre attachait aux mesures visant à empêcher la prise de contrôle de notre pays par l’administration proconsulaire imaginée par Roosevelt.

Les premiers affrontements entre les forces américaines et l’armée soviétique se produisent dès la prise de Berlin. La conférence de Yalta aboutit à une séparation du monde en deux que l’administration américaine aurait souhaité éviter. Les Soviétiques se sentent frustrés de voir que Berlin, conquise par eux, est aussi occupée par les Américains, les Britanniques et les Français. Seulement Berlin est enclavée. Les secteurs "capitalistes" de la capitale sont séparés de la zone d’Allemagne occupée par les "Occidentaux" par une bande de territoire qu’occupent les Soviétiques. L’Allemagne est coupée en deux et les deux seuls moyens d’accès à Berlin par voie terrestre sont une voie ferrée et une route, les deux à la circulation très surveillée.

En 1948, en raison de tensions avec les Américains, les Soviétiques ferment ces itinéraires. Les garnisons "occidentales" en occupation dans l’ancienne capitale allemande sont assiégées. L’aéroport militaire sert donc de tête d’un pont aérien mémorable qui ressoude la solidarité entre les Alliés. C’est pourquoi, en 1949, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux créent l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

Deux blocs se regardent en chiens de faïence

L’Otan est avant tout une alliance militaire. Devant le "danger qu’a fait courir au monde libre" la menace de l’Armée rouge contre Berlin, les Alliés se sont "sentis obligés" de formaliser une alliance militaire de défense mutuelle. La Charte de l’Otan stipule dans son article 5 qu’une attaque extérieure contre un seul de ses membres sera considérée comme une agression contre toute l’alliance et que tous les pays membres apporteront une aide militaire au membre attaqué.

Devant la création de l’Otan, l’URSS réagit en créant une alliance symétrique, le Pacte de Varsovie. Non seulement les Américains et les Soviétiques ont coupé le monde en deux à Yalta, mais maintenant les deux blocs se regardent en chiens de faïence, derrière des forces armées qui montent en puissance.

On nous a longtemps présenté les forces du Pacte de Varsovie comme des hordes surpuissantes qui n’avaient qu’une idée : envahir le monde libre. S’il n’y a pas de fumée sans feu, il faut admettre, pour rester honnête, que le feu était bien minime et qu’il ne couvait pas que du côté des Soviétiques.

L’examen de la montée en puissance du matériel de part et d’autre du Rideau de fer montre qu’en général les améliorations et renforcements du côté soviétique correspondaient à une montée en puissance préalable du côté américain. Certaines opérations d’intoxication d’agents soviétiques identifiés ont même conduit les Soviétiques à croire les projets d’armement de haute technicité américains beaucoup plus avancés qu’ils ne l’étaient en réalité.

L’Otan s’est étoffée tout au long de son histoire et a pris en compte des sujets qui sont loin d’être directement liés à la seule défense militaire. Et compte tenu de ce que nous avons pu voir de ce que représente en réalité la stratégie, cette évolution reste des plus logiques.

Dès la création de l’Otan, le quartier général du commandement suprême des forces alliées en Europe, le SHAPE, s’est installé en région parisienne, à Saint-Germain-en-Laye. Cet état-major est commandé depuis toujours par un général américain.

A proximité de Saint-Germain, à Versailles, s’est installée l’agence stratégique civile la plus importante pour le général commandant suprême des forces alliées en Europe : l’agence des pipe-lines de l’Otan.

(à suivre)

Commandant Pierre-Henri Bunel
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