Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 288 du 12 mars 2003 - p. 20
C’est à lire
"Paris-Berlin-Moscou", le livre

"La nature imite l’art..." Henri de Grossouvre a publié "Paris-Berlin-Moscou" en avril 2002 (LLJ n°264 du 24 avril 2002). Le 10 février 2003, moult médias ont repris ce titre pour illustrer l’accord de la France, de l’Allemagne et de la Russie contre la Busherie.

Henri de Grossouvre, 35 ans, est le fils cadet de François de Grossouvre (1918-1994), le fameux conseiller de Mitterrand, mort dans son bureau de l’Elysée. Il habite en Autriche, où il est directeur de la société Central Europe Consulting GmbH.

Son livre s’adresse à tous ceux qui pensent que la France ne doit pas être dissoute, qu’elle a un message spécifique à délivrer et que l’Europe a les moyens de mener une politique distincte de celle de notre allié américain. Paris et Berlin doivent définir ensemble et inspirer la politique russe de l’Union ; car ces deux pays, et d’une manière générale l’Union européenne, ont des intérêts géopolitiques, culturels et économiques communs avec la Russie. Ce livre explique pourquoi et comment la mise en place d’un partenariat stratégique entre l’Union européenne et la Russie autour d’un axe idéal Paris-Berlin-Moscou permettrait à l’Europe de résoudre les grands défis du XXIe siècle : l’énergie, la sécurité, l’espace et la maîtrise des hautes technologies. L’Europe peut être un des centres d’un monde redevenu multipolaire, source d’équilibre et de paix qui freinerait l’engrenage des guerres menées à l’initiative de Washington.

Le mérite de Paris-Berlin-Moscou, estimait le général Gallois avant la divine surprise du 10 février 2003, « est d’avoir ouvert au lecteur des perspectives politiques, diplomatiques, économiques et stratégiques déterminantes que le renoncement français est en train de compromettre ».

Perspectives conformes « à l’histoire et à la géographie », assurait Vladimir Volkoff dans Le Figaro du 31 juillet 2002.

Paris-Berlin-Moscou ? « L’axe idéal. (...) L’Union européenne et la Russie ont trop d’intérêts géopolitiques, culturels et économiques communs pour imaginer une Europe dont Moscou serait exclu », notait la revue International (n° 504, oct.-nov. 2002).

Grossouvre revient à la charge dans un récent article pour la revue Défense nationale : « L’Union européenne et la Russie ont intérêt à voir émerger un monde multipolaire dans lequel l’Europe serait à nouveau un grand carrefour du monde. Depuis que les Etats-Unis cherchent à acquérir une suprématie quasi totale sur le monde, les guerres, déclenchées à leur initiative, se sont multipliées : Irak, Bosnie, Kossovo, Somalie, Afghanistan. Un monde multipolaire, en revanche, serait source d’équilibre. Cette théorie de l’équilibre est exposée dans le livre de David Hume, On the balance of power : "Dans toute la politique des Grecs, l’inquiétude à l’égard de l’équilibre est très visible, et les anciens historiens nous en parlent très expressément. La politique d’équilibre obéit à une règle de bon sens, elle découle de la prudence nécessaire aux Etats soucieux de préserver leur indépendance, de ne pas être à la merci d’un Etat disposant de moyens irrésistibles". Un axe Paris-Berlin-Moscou favoriserait l’émergence d’un monde multipolaire source d’équilibre et de paix. La Russie, la Chine et l’Inde appellent officiellement de leurs voeux un tel monde multipolaire, dont le général de Gaulle fut l’un des plus ardents défenseurs. »

Avant de démontrer que la Turquie, asiatique et musulmane, n’a rien à faire en Europe où l’impérialisme américain veut la faire pénétrer comme une hache, Grossouvre insiste :

« L’énergie constitue l’enjeu majeur du XXIe siècle. Selon les experts, dans les années 2010-2020, la production de pétrole atteindra son apogée puis déclinera. C’est pourquoi le contrôle du pétrole, et surtout des énergies de remplacement, en premier lieu le nucléaire, mais aussi l’électricité, constitue un enjeu politique vital. Or la Russie, pendant les premiers mois de l’année 2002, est devenue le premier producteur mondial de pétrole, dépassant ainsi l’Arabie saoudite ; elle détient, en effet, les plus grandes réserves de gaz du monde ; de plus, elle est, avec la France, la seule puissance européenne continentale à maîtriser le nucléaire civil et militaire. La Russie constitue donc pour l’Europe le partenaire énergétique idéal. »

Ces idées sont-elles de la dernière pluie ? Bien sûr que non. Dès 1949, De Gaulle déclarait : « Moi je dis qu’il faut faire l’Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. (...) Une fois l’Europe faite sur ces bases (...), alors, on pourra se tourner vers la Russie. Alors, on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe tout entière avec la Russie aussi, dût-elle changer son régime. Voilà le programme des vrais Européens. Voilà le mien. »

L’alliance russe a toujours été l’alpha et l’omega de notre diplomatie. Contre les empires centraux. Avec leurs héritiers, demain, elle réunira des forces de paix irrésistibles et remettra l’Amérique à sa place.

Igor Kondratiev

- Henri de Grossouvre, Paris-Berlin-Moscou, la voie de l’indépendance et de la paix, L’Age d’homme, avril 2002 - 170 p., 18 teuros.
- Henri de Grossouvre, « La Révision du traité de l’Elysée, l’Europe et la Russie », article pour la revue Défense Nationale, fév. 2003.
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