Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 289 du 22 mars 2003 - p. 3
Parlons franc
« Chirac comme De Gaulle » ?
Pas faux...

En ce mois de mars de « l’Année de l’Algérie » qui rappelle si douloureusement à tant de Français la trahison gaullienne et la tragédie de l’Exil, il n’est pas mauvais, quand certains s’aventurent à évoquer De Gaulle à propos de Chirac dans l’affaire irakienne, de rappeler les propos et promesses du bradeur.

Histoire de ne pas oublier ce que vaut la parole de ces gens-là.

De Gaulle à Brazzaville, le 18 mai 1941 :

« Aux Français, j’affirme que le devoir consiste dans la révolte vis-à-vis des traîtres qui livrent l’Empire. »

De Gaulle à Mostaganem, le 6 juin 1958 :

« Il n’y a plus ici, je le proclame au nom de la France et je vous en donne ma parole, que des Français à part entière, des compatriotes, des concitoyens, des frères qui marcheront dans la vie se tenant par la main [...] Vive l’Algérie française ! »

De Gaulle à Constantine, le 3 octobre 1958 :

« L’Algérie est organiquement une terre française, aujourd’hui et pour toujours ! »

De Gaulle à la télé, le 29 janvier 1960 :

« Français d’Algérie, comment pouvez-vous écouter les menteurs et les conspirateurs qui vous disent qu’en accordant le libre choix aux Algériens la France et de Gaulle veulent vous abandonner, se retirer de l’Algérie et la livrer à la rébellion ? »

De Gaulle à Redjas, le 3 mars 1960 :

« La France ne doit pas partir, elle a le droit d’être en Algérie. Elle y restera. »

Et là-dessus, quinze mois plus tard...

De Gaulle à Nancy, le 30 juin 1961 :

« L’Algérie française est dépassée. Ceux qui sont en sa faveur sont des fumistes. »

Et pour finir, ces « fumistes » qui s’appelaient Degueldre, Piegts, Dovecar, Bastien-Thiry, furent envoyés au poteau par celui-là même qui avait proclamé : « Le devoir consiste dans la révolte vis-à-vis des traîtres qui livrent l’Empire. »

***

La mémoire excitant la raison, j’en suis à me demander si par hasard, à l’exemple de son auguste modèle, Chirac ne se foutrait pas de nous.

Voyons les faits : à propos de l’Irak où nous n’avons ni responsabilité historique ni véritable intérêt, ni aucune capacité d’influer sur le cours d’événements qui nous échappent absolument, Chirac se montre d’une fermeté admirable. Il ne cale pas. Il ne recule pas d’un pouce. Il ne cède rien.

Cèderait-il quelque chose, d’ailleurs, que cela ne changerait rien mais l’attitude est noble.

Montrant à l’Histoire un front résolu et un menton volontaire, Chirac plaît à Bitru qui, toujours prêt à avaler n’importe quelle baliverne pourvu qu’elle soit dite sur un ton pénétré, propulse l’homme de fer vers le zénith des sondages.

Pendant ce temps, en Afrique (hier à Dakar, aujourd’hui à Bangui) où le passé, l’honneur, la cohérence géopolitique, l’intérêt national commanderaient que la France défende ses acquis, tienne sa parole, engage sa responsabilité, nous nous faisons, sauf le respect, botter le cul par des hordes à peine sorties de l’âge de pierre qui nous forcent à foutre le camp en quatrième vitesse de pays où pas une construction, pas une route, pas un pont, pas une ligne électrique, pas un égout, une conduite d’eau, une école, un hôpital, une caserne, bref, pas un signe de civilisation n’existe que nous ne l’ayons payé, construit et entretenu.

Depuis 1966 les Centrafricains ont vu l’ancienne puissance coloniale imposer Bokassa, participer au carnaval de son couronnement, le détrôner, le remplacer par Dacko amené par transall, laisser tomber Dacko vidé par Kolingba, armer le bras de Patassé pour un coup d’Etat contre ledit Kolingba, puis l’abandonner sitôt le coup raté pour l’actionner de nouveau et l’imposer pendant neuf ans.

Et voilà que d’un seul coup, Chiraco regnante, la France laisse sans broncher un Bozizé, vieux cheval de retour du coup d’Etat permanent, chasser le gérant qu’elle avait mis en place, et se borne à débarrasser le plancher en quatrième vitesse, embarquant précipitamment ses ressortissants épouvantés par les gesticulations d’une bande de pouilleux remontés à la ganja.

Que croit-on qu’ils se disent, les Centrafricains, quand ils voient Chirac, si ferme devant Bush, filer si doux devant Bozizé en montrant à l’Histoire une paire de fesses serrée par la peur des coups ?

Eh bien ils se disent, ces bons nègres aux idées simples, que leur nouveau grand chef doit être drôlement terrible puisqu’il fait plus peur à Papa Jacques que le Commandant de brigade des gendarmes du monde.

Et on peut être assuré que ce genre d’idée n’augmentera pas notre prestige en Afrique...

C’est pourquoi, bien que n’étant pas expert, je ne partage pas l’avis du professeur Lugan (qui s’y connaît) quand il attribue à la seule paranoïa complotiste l’idée que les Etats-Unis ont une part dans l’agitation antifrançaise en Afrique.

Je crois tout de bon qu’il y a du Bush derrière les Bushmen de Bozizé.

Toute cette affaire africaine ressemble trop à la correction qu’un parrain de la mafia ferait infliger par un de ses porte-flingues à un demi-sel un peu arrogant.

Serge de Beketch
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