Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 289 du 22 mars 2003 - p. 14
Où va la droite nationale ?
V
Henri Escortell :
« Je ne suis plus souverainiste »

Le Libre Journal : Quel bilan tirez-vous des années de crise, et surtout de l’an 2002 ?

Henri Escortell : La scission fut un grand dommage, à un moment-clé ou nous pensions voir nos idées triompher ; qu’on se rappelle les régionales de 1998 et leur « séisme », plus réel que celui du 21 avril 2002, avec éclatement de la droite molle entre partisans et adversaires d’une alliance avec le FN. La crise est intervenue au bon moment pour l’Establishment au bord de l’effondrement.

En tout cas la "vague Le Pen" s’est brisée contre le mur du système politico-médiatique.

Quant au MNR, il est sorti laminé de ces scrutins ; et pas seulement à cause des circonstances ou de l’acharnement des « maîtres censeurs ». Dès le départ, ses dirigeants, qui avaient sous-estimé le « mythe » Le Pen, ont commis de lourdes erreurs, comme le refus d’un véritable aggiornamento doctrinal et programmatique, ce qui a conduit les électeurs, qui préfèrent toujours l’original à la copie, à revoter FN.

Est-ce à cause de cet échec que vous avez quitté le MNR en novembre dernier ?

D’abord, force m’a été de constater l’échec définitif de la tentative de Bruno Mégret de fonder un grand parti national capable de fédérer les quelque 30 % de Français qui partagent plus ou moins nos idées. Mais ce ne sont pas les revers électoraux qui m’auraient fait abandonner le navire en plein naufrage. En revanche, je n’ai pas supporté d’être publiquement désavoué par mon président dans un conflit qui nous opposait à l’un de nos cadres locaux. J’en ai tiré les conséquences.

Vous présidez M.I.L, groupe régional comme il s’en est créé plusieurs sur les décombres du MNR. Vous contribuez à l’émiettement de la droite nationale !

A quoi bon gaspiller notre énergie pour maintenir un appareil national inutile ?

Deuxièmement, impossible de rejoindre nos amis du FN, du fait de l’intransigeance de JMLP et de ses options idéologiques. En effet, je comprends de moins en moins la crispation du FN sur les idées jacobines qui sont aux antipodes de nos repères doctrinaux. Je ne me sens plus du tout "souverainiste" à l’heure du choc des civilisations. La construction d’une grande Europe politique, avec nos frères russes - à rebours du Léviathan technocratique bruxellois - est aujourd’hui indispensable pour faire face à l’hégémonie culturelle et diplomatique des USA, à la colonisation du Tiers-monde et à son corollaire dramatique, l’islamisation de notre continent. Notre bien le plus précieux reste notre identité, et c’est au plus près des gens, à l’échelon des terroirs et des provinces, ancrages identitaires premiers, que nous devons la défendre, pied à pied, et faire prendre conscience à nos compatriotes que s’ils la perdent, ils n’auront en définitive plus rien.

N’est-ce pas favoriser l’entreprise bruxelloise de destruction des nations au profit de l’Europe des régions ?

Une nation comme la France ne risque pas de mourir du jour au lendemain parce qu’elle a perdu une part de sa souveraineté. Une nation, c’est avant tout un corps charnel, une grande famille, avec ses valeurs et sa culture, et c’est cette réalité-là, organique, qu’il faut défendre, pas le pouvoir de ses chefs. Si la survie de la France passe par l’établissement d’un nouveau « contrat social » qui assure une autre répartition des pouvoirs en Europe, garante des libertés régionales dans le respect des nations historiques, pourquoi pas ? L’important, c’est de rester nous-mêmes et de vivre libres selon nos traditions. Le reste n’est que littérature !

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