Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 289 du 22 mars 2003 - p. 22
Cinéma
"Stupeur et tremblements"

Les timides excentricités d’Amélie Nothomb - et ses succès - irritent plus d’un bon esprit. Nous l’en absolvons, rien que pour "Stupeur et tremblements", que nous avons vu au cinéma dans la même diffraction tremblante et stupéfaite que nous l’avions lu : les larmes aux yeux. Ici, les misérables qui n’ont ni admiration ni amour pour le Japon doivent quitter la salle.

Il ne nous aura donc fallu qu’une cinquantaine d’années de patience pour enfin voir un cinéaste (Alain Corneau) adapter fidèlement un livre. Une comédienne (Sylvie Testud) faire son travail proprement, sans outrance dans aucune direction.

A notre tour, recopions fidèlement, proprement, ce que nous écrivions de l’argument, à la demi-page "livres" de Minute n° 2007 du 20 juin 2001 :

29 F pour voir ! Grâce au Livre de poche, 29 F pour voir ce qui arrive à une Belge née au Japon, amoureuse de ce pays, assez brillante pour recevoir le Grand Prix de l’Académie française (1999, précisément pour "Stupeur et tremblements", chez Albin Michel)... Voir ce qui lui arrive quand elle tente de se faire adopter par les champions du monde de la xénophobie. Ses premiers mouvements au sein de la bureaucratie d’une grande firme de Tokyo lui valent une immédiate semonce, d’un chef bégayant de colère : « Vous avez servi le café avec des formules qui suggéraient que vous parliez le japonais à la perfection ! » L’insolente subira toutes les brimades possibles, et sera peu à peu rétrogradée jusqu’au rang de dame Pipi, qu’elle tiendra sans une plainte, sept mois, jusqu’à l’expiration de son contrat. De ce roman plein d’amour et d’esprit, on garde l’impression que le pays du Soleil levant est un peu réticent à "Accueillir l’Autre", comme à "s’Enrichir par la Différence". Quant à se laisser... métisser, repassez demain, camarades de SOS Subventions.

Mais repassons plutôt le film ! Amélie Nothomb partage-t-elle notre enthousiasme pour l’adaptation de son roman ? Oui. C’est ce qu’elle a écrit à son interprète, Sylvie Testud, qui l’a répété à la revue de la Fnac, Epok (n° 34, mars 2003) : dans une lettre précisant « qu’elle se roulait par terre de bonheur. » Elle est allée plus loin, disant que Testud était son « double » !

Rentrant à pied du cinéma, nous avons pensé que nous y étions allé en autobus. Dans cet autobus, une cinquantaine de Blancs, gênés, méprisants, apitoyés, observaient du coin de l’oeil un "jeune" allogène en uniforme (casquette, survêtement neuf, baladeur, portable, rictus bête et méchant) qui se débattait et hoquetait des insultes parce qu’on lui demandait son ticket. Deux heures après, nous nous sommes demandé : et si ce pauvre type faisait autant d’efforts vains pour "s’intégrer" en France qu’Amélie au Japon ? N’est-on pas toujours le Japonais cruel, énigmatique, formaliste et raffiné de quelqu’un ?

Intérim
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