Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 290 du 2 avril 2003 - p. 17
Arithmétique militaire
par Saint-Plaix
A qui perd gagne ?

L’invincible armée américaine semble avoir trouvé un moyen original et infaillible pour enregistrer des pertes lui permettant d’accréditer l’idée qu’une résistance sévère lui a permis de vaincre par une conduite héroïque au feu : l’autodestruction.

Cette technique avait atteint une telle efficacité au Vietnam que certains experts ont pu soutenir qu’il y a eu au moins autant de pertes américaines liées aux erreurs de frappe de leur propre armée qu’aux engagements avec l’ennemi !

D’autres experts astucieux proposant d’incorporer à la ration du soldat des traceurs radioactifs inoffensifs (?) qui rendraient les GI reconnaissables par détecteur, ce qui éviterait de les confondre avec des ennemis (ou des fraises des bois...).

La grande busherie irakienne est en train de prouver que, comme dans son armement, les USA ont fait de gros progrès dans la technique d’autodestruction...

Les USA ont des alliés qui bénéficient également des bienfaits de cette technique, même et surtout s’ils ne l’ont pas envisagé.

Voyez plutôt en quatre jours le résultat de cette stratégie :

- Premier jour : quatre Américains accompagnés de huit Anglais meurent en hélicoptère, l’appareil s’étant crashé près d’une base dans des circonstances non élucidées ;

- Deuxième jour : deux hélicoptères britanniques se télescopent en vol sur une base américaine ;

- Troisième jour : après l’aéronavale, honneur aux fantassins, un marine pète les plombs et balance des grenades dans les tentes de ses petits camarades ;

- Quatrième jour : honneur aux artilleurs, un avion Tornado britannique est envoyé au tapis par un missile américain (selon le colonel de l’armée de l’air Michael Jenkins, le missile patriot qui a abattu le jet britannique dans le désert koweitien a été lancé par un caporal-chef, du 101e régiment de défense terrestre, qui, interrogé, a expliqué : « Je croyais qu’il était français ». « Une erreur que l’on peut comprendre et que nous aurions pu faire nous-mêmes », a conclu Jenkins, ajoutant qu’aucune mesure disciplinaire ne serait prise).

- Cinquième jour, la moyenne est tenue : quatre marines se tuent en voiture au Koweit : un mort, trois blessés ! De plus en plus fort, ils n’ont même plus besoin d’armes !

Depuis, il ne s’est pas passé un jour sans qu’un "feu ami", un accident, une bavure, un geste de folie ne tue un ou plusieurs hommes de la "coalition".

On comprend mieux la confiance que parvient encore à manifester Saddam Hussein quand son pays sombre sous un déluge de feu : les pertes de l’ennemi dues a l’incompétence ou au mauvais sort sont supérieures à celles que ses propres troupes parviennent à leur infliger au cours des combats !

Dès lors, la victoire est possible, il suffit de tenir !

Les stratèges irakiens n’ont plus qu’à compter : sachant qu’en moyenne l’armée américaine est capable d’autoéliminer au minimum un appareil par jour et de mettre plus d’une trentaine de ses hommes hors de combat en quatre jours, au bout de combien de temps l’ennemi cessera-t-il d’être opérationnel ?

Question à débattre par les psychologues militaires : combien de temps mettront les alliés des Américains à comprendre que l’ennemi est beaucoup moins dangereux que le comparse.

Il est de plus en plus évident que la survie du contingent britannique passe par son retour au pays. Après tout, Rumsfeld lui même n’a-t-il pas déclaré que l’on n’avait pas besoin d’eux ?

Les Syriens viennent de voir un autobus exploser : bilan, cinq morts tués par un missile américain en folie !

On comprend mieux la réticence des Turcs qui viennent aussi de recevoir deux missiles "égarés" (sans faire de victimes) à voir ces dangereux alliés opérer depuis leur sol !

Pour l’instant, les Kurdes seuls semblent ne pas avoir compris que le génocide commencé par Saddam en 1992 est sur le point de se voir parachevé par les sauveurs envahisseurs.

Au moment de boucler, nous apprenons que les Anglais semblent contaminés par l’américanoccisme : à Bassorah un tankiste britannique a pris pour cible ses copains : deux morts !

Notons, là, que la moyenne n’est pas tenue... mais elle devrait sensiblement remonter : les troupes « se concentrent » autour de Bagdad et les Américains vont y mettre du leur !

« La guerre est une affaire beaucoup trop sérieuse pour être laissée aux militaires. »

Même si c’est un Français qui l’a dit, l’Oncle Sam pourrait y réfléchir.

Tout comme il devrait réfléchir au sort de l’Invincible Armada...

Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que les destroyers américains n’envoient un porte-avions par le fond ?

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