Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 290 du 2 avril 2003 - p. 20
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La mondialisation est achevée

Les cent quarante Etats membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont remis, le 31 mars, la liste des services ouverts à la concurrence internationale dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services.

Il ne s’agit pas seulement des transactions commerciales (1 300 milliards de dollars par an, soit environ 22 % de tout le commerce mondial) mais de toutes les activités humaines.

Tous les secteurs économiques sont concernés, y compris les services publics, contrairement à ce que tente de faire accroire l’OMC qui cite l’article 1 al. 3-b (« Tous les services dans tous les secteurs, à l’exception des services fournis dans l’exercice du pouvoir gouvernemental ») mais tait le paragraphe qui précise que seuls les services gouvernementaux fournis « ni sur une base commerciale, ni en concurrence avec un ou plusieurs fournisseurs de services » seront épargnés.

Les seuls domaines qui échappent à la privatisation sont donc la justice, la police, la gendarmerie et l’armée puisque distribution d’eau, chemins de fer, santé, services sociaux, éducation, culture, sports, loisirs, services financiers, poste, énergie, environnement, télécommunications ou ramassage des ordures sont considérés comme des services « commerciaux en concurrence avec des fournisseurs privés ».

Les convoitises que suscite l’ouverture de ce marché mondial à la concurrence sont d’autant plus vives que les normes légales (droit du travail, protection de l’environnement, santé publique, etc.) vont être balayées.

L’accord qui devrait être appliqué en 2005 prévoit par exemple qu’une entreprise pourra employer des salariés d’un pays membre sur le territoire d’un autre pays membre et aux conditions du pays le plus avantageux pour l’employeur.

Ainsi, un Polonais travaillant en France et un Français employé en Pologne seront, l’un et l’autre, payés et couverts aux conditions polonaises.

En d’autres temps, cela se serait appelé de l’esclavage. Aujourd’hui c’est simplement du mondialisme...

Le moins qu’on puisse en dire c’est que les médias ne font pas de zèle pour informer les « gens d’en bas » de cette disposition. Histoire sans doute de leur laisser la surprise...

Même les parlementaires des pays concernés ont toutes les peines du monde à savoir ce qui se trame. L’Union européenne s’est bornée à remettre aux gouvernements et aux ONG un résumé de 70 pages de sa liste d’offres, mais les parlementaires n’en ont rien su. En Belgique, le Parlement a réussi à obtenir un document mais ce dernier, distribué dans l’hémicycle, a été ramassé en fin de séance, ce qui a interdit toute photocopie et toute diffusion.

Comment une telle folie a-t-elle pu être acceptée (la décision est irréversible depuis le 31 mars 2003) ?

Le directeur de la division des services à l’OMC a mangé le morceau : « Sans l’énorme pression faite par le secteur américain des services financiers, l’Accord sur les services n’aurait pas vu le jour. »

Ainsi, pendant que Bush détourne l’attention en immolant ses chômeurs surnuméraires déguisés en GI, Joe et les bougnoules irakiens, la World Company signe en catimini avec des gouvernements valets des accords illimités qui, jamais véritablement achevés, seront en perpétuelle négociation.

D’ores et déjà on attend pour les mois à venir un accord sur les obstacles techniques au commerce, un sur les mesures sanitaires et phytosanitaires, un sur les droits de propriété intellectuelle liés au commerce, un sur l’agriculture, un sur les investissements liés au commerce et enfin, pour couronner le tout, un accord sur les règles et procédures régissant l’Organe de règlement des différends, qui est la « Cour suprême » de l’OMC.

Un organisme qui est à la fois partie, procureur, juge et juridiction d’appel.

La mondialisation n’est pas en cours : elle est achevée.

Le Libre Journal
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