Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 290 du 2 avril 2003 - p. 21
Bon sens interdit
par Anne Merlin-Chazelas
Guerre et
après ?

Mes faibles espoirs de paix se sont envolés et j’en viens à souhaiter que les Etats-Unis soient victorieux et le soient rapidement.

Car ils ne peuvent guère être vaincus que dans le cas où Saddam Hussein, contre toute logique, posséderait bien des armes atomiques, chimiques et biologiques et déciderait d’en faire usage, et dans ce cas la guerre imprudemment déclenchée par Bush tournerait à la catastrophe régionale et peut-être mondiale, avec un nombre extrêmement élevé de morts, non seulement dans les deux camps, mais en dehors du champ de bataille et peut-être dans le monde entier. Même si les pertes en vies humaines et les dégâts matériels restaient limités, sa victoire établirait l’hégémonie de Saddam Hussein sur une grande partie du monde et je dois avouer que je préfère encore un monde régi par Bush, qui est un chrétien de civilisation occidentale (encore que cela ne me plaise guère), à un monde régi par Saddam Hussein, musulman, même s’il n’est pas islamiste, car le monde serait alors dominé par l’Islam.

Heureusement, la victoire rapide des Etats-Unis - faute d’armes de destruction massive en quantité suffisante, de vecteurs pour les utiliser si elles existent et peut-être faute de volonté d’user de telles armes qui peuvent être aussi, ou plus, dangereuses pour l’Irak et ses voisins non ennemis que pour l’ennemi lui-même - apparaît probable. Il est souhaitable qu’elle soit alors rapide pour limiter les souffrances du peuple irakien.

Certes, cette victoire serait injuste et immorale, mais cela m’apparaît comme le moindre mal.

Mais après ? Cet après me paraît très inquiétant pour de multiples raisons :

- Comment les pays voisins, alliés des Etats-Unis comme la Turquie, plus ou moins soumis à leur domination comme l’Arabie Séoudite, ou carrément hostiles, réagiront-ils ? Dès le début de la guerre, nous avons déjà une première réponse : non seulement la Turquie, alliée théorique, refuse le passage des armées de la coalition anglo-saxonne contre l’Irak par son territoire (sauf le survol des aéronefs), mais encore, contre l’opposition formelle des Etats-Unis, elle envoie des troupes au Kurdistan irakien, ce qui, d’ores et déjà, présente de multiples risques d’extension du conflit aux différentes régions peuplées de Kurdes, en Turquie même, en Syrie, en Iran. Que peut-il en sortir ? Un Kurdistan indépendant regroupant toutes ces régions, ce dont ne veut aucune des puissances concernées, ni d’ailleurs les « grandes puissances » ? Ou une guerre civile permanente ?

- Le sort de l’ONU (que quelqu’un appelait « le Machin ») n’est certes pas ma préoccupation première. Bien qu’elle ait été fondée pour régler, si possible sans guerre, les conflits entre nations, on sait qu’elle a par exemple laissé les chars russes envahir la Hongrie, la Chine asservir le Tibet et Européens et Américains au Kossovo assurer le nettoyage ethnique des Serbes légitimes possesseurs de cette terre au bénéfice des Arméniens immigrés ou descendants d’envahisseurs musulmans. Cela dit, elle représentait le bras, souvent défaillant, d’une certaine conception du droit international. Que va-t-il en rester, après que les Etats-Unis et leurs alliés anglo-saxons l’auront impunément bravée ? Réussira-t-elle, même avec le veto promis de la France et de la Russie, à éviter que l’Irak ne soit administré directement par les Etats-Unis, avec ou sans le concours de la Grande-Bretagne ?

- La France elle-même va-t-elle y perdre ou y gagner ? On peut espérer, dans un premier temps, que sa volonté de ne pas se coucher devant les Etats-Unis lui vaudra quelque estime de la part de ceux-ci, et un regain de confiance de la part de nombreux autres Etats. Mais les représailles économiques et surtout politiques (en Afrique surtout, où l’on sent la main de l’Amérique derrière les diverses rébellions qui affaiblissent la position française) risquent d’être sévères.

D’autre part, la part prépondérante prise dans les actions pour la paix par les pacifistes rouges et verts, les marxistes et trotskistes de tout poil (comme dans la campagne de Chirac en avril-mai dernier) risque d’influencer de façon importante notre politique intérieure, en encourageant Chirac, qui n’y a que trop tendance, à favoriser leurs positions, à oublier l’appel qui lui a été lancé le 20 avril par les millions d’électeurs de la vraie droite et à favoriser de plus en plus l’immigration-invasion et la préférence aux immigrés, bénéficiaires de discriminations favorables tant sur le plan financier et économique que sur le plan pénal où ils resteront presque impunissables.

- L’Europe-telle-qu’on-nous-la-fait ne peut qu’en pâtir : elle s’est montrée désunie, divisée en trois camps : les Etats qui sont vassaux des Etats-Unis par volonté politique (Grande-Bretagne et Espagne principalement), ceux qui sont vassaux des Etats-Unis par intérêt principalement économique et aussi par rejet de la Russie (les pays de l’Est candidats et quasi admis dans l’Union européenne) et les pays hostiles à la guerre. Si c’est l’Europe-telle-qu’on-nous-la-fait qui ne s’en relève pas, je m’en consolerai. Mais si c’est l’Europe de la chrétienté, quel désastre...

- Et les Etats-Unis eux-mêmes ? Et tout ce qui, dans le monde, suit plus ou moins les Etats-Unis dans leurs moeurs et leurs lois ? Ne vont-ils pas lourdement pâtir parce que Bush, dévoyant la doctrine chrétienne, a entamé une « croisade » qui n’est qu’une guerre coloniale ? Tout ce que Bush, en tant que chrétien, a fait de bien pour le respect de la vie (en supprimant les crédits aux organismes internationaux subventionnant l’avortement, en interdisant certaines formes d’avortement, etc.) et de Dieu ne sera-t-il pas effacé, réduit à néant, par la réaction qui s’ensuivra ? Ne retrouverons-nous pas les mêmes démons à peine chassés, revenus plus forts et plus nombreux qu’avant ?

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