Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 290 du 2 avril 2003 - p. 22
Spectacle
Adieu Pluvinel !

Les applaudissements des médias à l’attribution au "spectacle équestre Zingaro" des Grandes Ecuries de Versailles est un signe de plus de la destruction consciente et organisée de toute tradition française.

Le dire n’est pas insulter Zingaro, dont la fluidité et la légèreté des allures des animaux présentés, le travail d’une qualité et d’une finesse exceptionnelles sont enchanteurs, mais on aurait pu sans peine trouver un autre lieu pour installer son « spectacle équestre » et réserver les Grandes Ecuries au « Manège Royal » dont tant d’amateurs espéraient la résurrection à travers une académie équestre de tradition.

C’est d’autant plus regrettable que la France disposait pour cela de l’homme idéal : Michel Henriquet, écuyer de tradition exceptionnel, élève et ami de l’illustre écuyer ibérique Nino Olivera, autorité équestre de réputation internationale, juge des Lippizans de l’Ecole de Vienne (titre dont très peu peuvent se vanter), apôtre infatigable de la pratique et de l’enseignement du dressage classique, de l’élevage des Andalous dont il a fini à l’issue d’un combat de plus de vingt ans par faire reconnaître la race par l’administration française, et de la diffusion de l’équitation savante.

Cinquante ans d’amour et de travail au service du cheval qui ont fait de Henriquet l’héritier et le continuateur des Pluvinel, et autres La Guérinère, véritables « inventeurs » de l’équitation académique française, avec ses airs relevés tant haïs de l’équitation anglaise qui ne peut les faire exécuter facilement par ses pur-sang et ses hunters mal taillés pour cela.

Baptisée « espagnole » en souvenir de l’origine des chevaux qui la composent, tous descendants de six étalons prestigieux nés entre 1765 et 1810, cette équitation française aurait pu être remise à l’honneur à Versailles, comme elle a ressuscité en Espagne dans les années 1980 avec l’académie de Jerez de la Fontera...

Mais le chobize s’en est mêlé, avec ses réseaux de copinage, et a fini par imposer le (génial) saltimbanque Zingaro en un lieu où il est autant à sa place qu’un violoniste tzigane aux concerts Pasdeloup.

Pour les Grandes Ecuries au château de Versailles la question est donc tranchée. La tradition équestre française n’y renaîtra pas.

Adieu Pluvinel !

Il faudra attendre le prochain voyage de la merveilleuse Ecole de Vienne pour comprendre et admirer un art que la France a créé voici plus de quatre siècles...

Saint-Plaix
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