Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 290 du 2 avril 2003 - p. 22
Théâtre
Oscar et la Dame rose

Oscar, un petit garçon d’une dizaine d’années, se meurt doucement. Une dame lui rend visite à l’hôpital. Pour le distraire et lui rendre un peu d’espoir, elle raconte à l’enfant l’histoire imaginaire mais ébouriffante de sa vie de catcheuse et de ses combats contre son éternelle rivale « Gigi cuisses de marbre ».

Puis, quand le garçon a assez ri, elle lui propose d’écrire chaque jour une lettre au Bon Dieu. Oscar n’est pas enthousiaste. Le Bon Dieu, il n’y croit guère.

Dans sa situation, n’est-ce pas...

Mais enfin il accepte, sans doute pour faire plaisir à la dame et aussi un peu parce qu’elle lui a promis une surprise : « Si tu lui écris tous les jours, tu finiras par y croire. »

Alors Oscar écrit. Il écrit au Bon Dieu comme les enfants de son âge, jadis, écrivaient au Père Noël. Et la dame nous raconte cette correspondance.

Lorsque l’on aura dit que la dame est mademoiselle Darrieux, on comprendra notre joie à parler de cette pièce après avoir eu le bonheur de la voir.

C’est un enchantement.

La rencontre d’une écriture raffinée, celle de l’inépuisable Eric-Emmanuel Schmidt, et d’un prodigieux talent que sert un inégalable professionnalisme, celui de mademoiselle Danielle Darrieux.

C’est cela le théâtre. Ce n’est que cela, mais c’est tout cela : une rencontre miraculeuse.

La Darrieux, comme on le dit avec vénération des plus grandes divas, est l’incarnation même de son art.

Une présence éblouissante, une élégance inégalable, une diction parfaite qui donne à redécouvrir le bonheur oublié de ne manquer aucune syllabe d’un texte magnifique. Une heure et demie durant, elle nous fascine en animant, par sa seule présence, silhouette vêtue d’un pantalon noir et d’un corsage rose, cheveux impeccablement tirés, un décor simple et beau.

Elle est la beauté, l’élégance, la distinction, le naturel incarnés.

Et elle nous fait le présent précieux d’un très, très grand moment de théâtre.

Quelques critiques qui, le dimanche soir, heureusement cachés derrière un masque et parés des plumes du paon, clapotent du dentier dans le micro d’une radio d’Etat, ont décrété que la pièce était racoleuse. Pensez donc : le Bon Dieu y a le beau rôle ! Ça ne se pardonne pas.

Eh bien n’hésitez pas : succombez sans remords. Ce racolage-là n’est verbalisé que par la branchitude... autrement dit : rien du tout.

Les gens de coeur y reconnaissent l’amour et se laissent emporter, les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres.

Jérôme Brigadier

Comédie des Champs-Elysées. 01 53 23 99 19.
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