Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 291 du 11 avril 2003 - pp. 4 et 5
Vérités interdites
On a perdu la VIIe Compagnie de destruction massive

Mais où sont donc passées les armes de destruction massive ?

Où sont les armes chimiques et les armes biologiques dont la "quatrième armée du monde" regorgeait à ne savoir qu’en faire ?

Où est donc passé cet arsenal terrifiant que Bush jurait, la main sur la coeur, avoir vu de ses yeux vu, que Blair décrivait en lisant un rapport de ses services spéciaux entièrement plagié sur un devoir d’étudiant vieux de dix ans (fautes d’orthographe comprises), que Powell montrait aux journalistes en faisant projeter un film qui évoquait aussi bien "combat de nègres dans un tunnel" "communion sous la neige" ou "fumage de petits gris par temps de brouillard."

Et pourtant, avec quel sérieux les chefs de la plus puissante coalition de l’Histoire de la guerre ont travaillé !

Rappelons la chronologie de l’immédiat avant-guerre : le 1er février, Hans Blix, chef des inspecteurs de l’Onu, se dit optimiste sur les résultats des recherches d’armes interdites.

Le 2 février, Saddam accepte de faciliter toutes les inspections.

Le 3 février, Blair affirme devant la Chambre des Communes de Londres que les preuves du manque de coopération du président irakien Saddam Hussein avec les inspecteurs de l’Onu sont "indubitables".

Le 5 février, Colin Powel présente des "preuves" de la détention par les Irakiens d’armes de destruction massive. Ce sont des images satellites de camions circulant sur des routes (à en croire, du moins, le général Powel). Quinze jours plus tard, Hans Blix dira que ces "preuves" ne prouvent rien.

Le 11 février, Saddam autorise le survol du territoire irakien par des avions-espions américains.

Le 14 février 2003, Bush annonce, lors d’un discours prononcé à Washington, au siège du FBI, que Saddam Hussein sera "désarmé d’une façon ou d’une autre".

Le même jour, Blair déclare que l’Onu perdra toute son autorité si elle ne parvient pas à désarmer l’Irak, que ce soit par des moyens pacifiques ou par un recours à la force. « Si nous montrons maintenant des signes de faiblesse, la menace, qui ne vient pas seulement de Saddam Hussein, va s’accroître. L’Onu va perdre son autorité. »

Le même jour encore, Saddam Hussein interdit par décret, « à tout individu et à toute entreprise des secteurs privé et public » la production et le commerce des armes de destruction massive.

Le parlement irakien est immédiatement convoqué pour ratifier cette nouvelle législation, lors d’une session organisée pour coïncider avec l’examen à New York, par le Conseil de sécurité, de la coopération de Bagdad au processus de désarmement qui dure depuis 12 ans.

Washington réagit immédiatement par la voix du porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, qui déclare impossible d’accorder le moindre crédit à Saddam, et annonce que les Etats-Unis ont d’ores et déjà massé des dizaines de milliers de soldats autour de l’Irak.

Blair enchaîne aussitôt en ajoutant que les concessions irakiennes concernant les armes de destruction massive n’ont aucune valeur.

Les médias du monde entier répètent que, pendant près de 20 ans, l’Irak a dépensé des milliards de dollars et mobilisé des milliers de scientifiques pour se doter de capacités nucléaires, chimiques et bactériologiques, et des moyens balistiques pour s’en servir.

L’objectif avoué du régime irakien étant de créer une puissance militaire arabe dotée d’armes de dissuasion, y compris nucléaire, capable de faire contre-poids à l’arsenal atomique israélien.

Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, rappelle une fois de plus la nécessité d’un désarmement unilatéral complet et prouvé.

Finalement, on découvre un stock de missiles dont la portée (à vide) dépasse de trente kilomètres la portée autorisée (en charge). Saddam les fait aussitôt détruire, mais Bush et Blair décident que c’est une "gesticulation".

Dans la presse, les articles se multiplient pour expliquer ce que sont les armes de destruction massive, biologiques, chimiques et nucléaires.

L’Irak, concède-t-on cependant, ne peut pas avoir fabriqué de bombe à fusion (bombe H). Il ne peut disposer que de bombes A type Hiroshima (25 kilos d’uranium 235 achetés au Nigéria, affirme la CIA à partir de documents grossièrement falsifiés) ou, plus facilement encore, type Nagasaki (8 kilos de plutonium fabriqué avec le combustible usé des réacteurs nucléaires que la mafia russe vend au marché noir).

L’Irak possède aussi sûrement des armes biologiques à base de toxines (botulique par exemple), de bactéries (anthrax, très à la mode parce que la vaccination permet d’engraisser les laboratoires Bayer), de virus (variole, assez prisée pour la même raison).

Ces armes sont interdites. Mais, affirment les experts « Il est néanmoins à peu près certain que des stocks énormes existent. De plus, leur fabrication peut facilement échapper au contrôle. »

Quant aux armes chimiques létales, incapacitantes ou neutralisantes, « la difficulté de les détecter et la frontière perméable qui sépare les utilisations civiles et militaires de beaucoup de substances chimiques en rendent la prohibition particulièrement difficile à contrôler. On peut être sûr que des stocks importants existent. »

En plus, l’Irak n’a pas signé la Convention d’interdiction des armes chimiques, qui interdit aux États signataires d’en produire et impose leur destruction.

C’est donc bien clair, Saddam qui, il y a dix ans, était à la tête de la quatrième armée du monde dispose aujourd’hui (sans doute) du deuxième arsenal nucléaire, chimique et biologique du monde, nous disent les experts de Bush, Blair, et de la presse tout entière.

C’est assez pour déclencher la guerre.

Le 20 mars, les bombardements commencent.

Le Sud du pays, Bagdad, les grandes villes, le Nord sont bombardés.

Pas de recours aux armes de destruction massive, biologiques, chimiques et nucléaires (pour plus de simplicité, nous utiliserons dans la suite de l’article, le sigle ADMBCN).

Le 24 mars, Saddam Hussein affirme que la victoire est proche, mais contre toute attente, n’appuie pas sur le bouton déclencheur des ADMBCN.

Le 27 mars, Saddam Hussein préside une réunion du commandement militaire mais n’ordonne pas le recours aux ADMBCN.

Le 28 mars, Bush ordonne une journée de jeûne et de prière aux Etats-Unis.

Le 29 mars, 200 membres du parti Baas sont tués dans la destruction d’un immeuble. Saddam menace la coalition d’attentats-suicide mais ne parle toujours pas d’ADMBCN...

Le 30 mars, les troupes de la "coalition" anglo-américaine sont immobilisées, mais Saddam n’en profite pas pour leur envoyer son stock d’ADMBCN.

Le 31 mars, des dizaines de missiles s’abattent sur Bagdad, tuant des dizaines de civils. Pas d’ADMBCN.

Le 1er avril, Saddam Hussein décrète que « le Djihad est un devoir » mais ne donne toujours pas l’ordre d’utiliser les ADMBCN.

Le 2 avril, deux divisions de la Garde Républicaine sont massacrées par les Américains, et les Irakiens abandonnent des positions face aux Kurdes sans recourir aux ADMBCN.

Le 3 avril, Tarek Aziz promet une guerre "coûteuse en vies humaines". On attend un déferlement d’ADMBCN... Rien.

Le 6 avril, le corps d’Ali le Chimique est découvert à Bassorah. Mais pas les armes du même nom. L’aéroport de Bagdad est occupé, les Américains annoncent avoir tué 1 000 soldats irakiens. Toujours pas d’ADMBCN.

Le 7 avril, Mossoul est bombardé. Pas d’ADMBCN. Deux soldats US et deux journalistes sont tués (pas par ADMBCN, par un "tir ami", sic). D’ailleurs le commandement "coalisé" décide que les hommes n’ont plus besoin de protection antichimique.

Pas de chance : le même jour, on découvre enfin des agents chimiques, à en croire des tests américains (deux jours après on apprendra que ce sont des insecticides).

Le 8 avril, les chars US postés sur le pont de la République, les premiers Apache survolant le centre de Bagdad, et les Marines qui avancent au sol sont visés par des snipers mais toujours pas par des ADMBCN.

Enfin, le 9 avril, au moment où nous "bouclons" ce numéro, les premiers chars américains passent sur la rive Est du Tigre, au coeur de la capitale irakienne, en proie à des scènes de pillage. Une statue de Saddam Hussein est renversée. Et pourtant, nulle arme de destruction massive, biologique, chimique ou nucléaire ne s’abat sur les envahisseurs, les pillards et les profanateurs.

Question : est-ce que Bush, Blair, Powel et même Chirac ne nous auraient pas pris pour des imbéciles ?

Le Libre Journal
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