Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 291 du 11 avril 2003 - p. 6
Un pourri va-t-en-guerre chez Bush !
La chute de Richard Perle

Richard Perle - directeur du Defense Policy Board de Bush et l’un des principaux partisans de la guerre contre l’Irak - a été contraint de démissionner après la révélation par Seymour Hersh du New Yorker (17 mars) : il a tenté de profiter de sa position officielle pour extorquer une centaine de millions de dollars à des hommes d’affaires saoudiens, dont Adnan Kashoggi (acteur clé de l’affaire "Iran-Contra" et de quelques scandales bien français).

Selon Hersh, les faits se sont produits le 3 janvier 2003 dans un restaurant de Marseille. Là, Gerald Hillman, lui aussi membre du Defense Policy Board, Christopher Harriman, et Richard Perle, tous trois dirigeants de la Trireme Partners Ltd, auraient proposé à leurs interlocuteurs de modérer la campagne contre l’Arabie séoudite qu’ils menaient au sein de l’appareil politico-militaire américain (selon les mêmes méthodes employées pour pousser Bush à la guerre contre l’Irak) en échange d’investissements dans des contrats portant sur la sécurité intérieure et la défense dans le cadre de la guerre.

Informé de cette proposition, l’ambassadeur séoudien à Washington a déclaré sans plus de précautions diplomatiques que les activités commerciales de Perle « ont toutes les apparence du chantage ».

En réponse, ce dernier, interrogé par CNN sur ces révélations, affirma que Seymour Hersh était « ce qu’on peut trouver, dans le journalisme américain, qui se rapproche le plus d’un terroriste » et annonça qu’il allait le poursuivre Hersh en justice, devant une cour... britannique.

L’imputation de terrorisme équivaut à une condamnation à mort, et le recours au tribunaux britanniques permet d’éviter les risques de la procédure américaine...

Hersh, journaliste d’investigation célèbre depuis ses révélations sur le massacre de Mi Lai, pendant la guerre du Vietnam, est aussi l’auteur d’un livre sur le programme de bombe nucléaire israélienne, "The Samson Option", et d’une biographie critique de Henry Kissinger, membre lui aussi du Conseil d’administration de Trireme Ltd...

Le procès, s’il a jamais lieu, pourrait déboucher sur un gigantesque scandale de prise d’intérêts par le gang communautaire qui infeste la haute administration US.

Richard Perle, qui est l’inspirateur direct de la politique de Bush‚ poussait depuis des années à la guerre contre l’Irak. En juillet 1996, peu après l’élection de Netanyahu contre Shimon Peres, Perle avait remis au nouveau Premier ministre israélien un rapport intitulé "A Clear Break : A New Strategy for Securing the Realm". Il y désignait Saddam Hussein comme un objectif clef, dont la mort aurait fait basculer l’Irak dans le chaos, poussant la Syrie à une réaction qui donnerait prétexte à une extension de la guerre. C’est ce qui se passe en ce moment.

Dès 1997, Perle créait un groupe baptisé The Project for a New American Century avec Paul Wolfowitz, Eliot Abrams, directeur du Bureau pour le Moyen-Orient, Randy Scheunemann, président du Comité pour la Libération de l’Irak, et deux gros bonnets de la presse US : William Krista du Weekly Standard et Norman Podhoretz de Commentary.

Cette clique, soutenue par Rumsfeld et Cheney, lançait alors un appel à l’attaque contre l’Irak.

Le "11-Septembre" allait offrir le prétexte pour imposer une coalition anti-terroriste. L’objectif réel était de modifier la carte du Moyen-Orient par la destruction de tous les pays supposés menacer la survie d’Israël, conformément à un plan dévoilé dès février 1982 par le rapport d’un haut fonctionnaire du ministère des Affaires Etrangères israélien, Oded Yinon, publié dans la revue officielle israélienne de prospective Kivunim (n° 14 - Département de la Propagande, Organisation sioniste mondiale, Jérusalem. De larges extraits en ont été publiés dans LLJ n° 287). La révélation de ce plan visait bien entendu à rendre impossible toute relation pacifique entre les Arabes et les Etats-Unis, ce qui profitait directement et exclusivement à Israël.

C’est celui qui est appliqué aujourd’hui par Rumsfeld. Ce dernier, d’ailleurs, ne s’est pas trompé dans son évaluation des conditions de la guerre, comme on tente de le faire croire. Il savait que ce ne serait pas une promenade de santé. Mais il savait mieux encore que l’annonce d’une guerre rapide, menée avec 60 000 hommes, et au besoin sans les Anglais, était indispensable. Jamais l’opinion US n’aurait accepté la perspective d’un nouveau Vietnam. On lui a donc promis une nouvelle opération à la Grenade, sachant qu’une fois les GI’s sur place, et le processus enclenché, les braves citoyens ne pourraient que soutenir leurs boys et se résoudre à une augmentation vertigineuse de l’effort de guerre.

C’est fait.

Selon les médias, la guerre est pratiquement terminée.

On se demande ce que Bush va bien pouvoir trouver pour ne pas en rester là.

Peut-être va-t-il annoncer que la menace d’une généralisation du terrorisme islamique le contraint à recourir à l’option nucléaire tactique pour détruire le nid de kamakaze-sic que sera devenue la région...

Le Libre Journal
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