Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 291 du 11 avril 2003 - p. 21
C’est à lire
Un aspect de l’industrie du crime légalisé

A mesure que des écrivains-enquêteurs libres et courageux nous dévoilent le monde, l’évidence s’installe que bien plus qu’une société du spectacle, c’est une honorable société au sens mafieux du terme, qui nous entoure.

Ou que l’on porte le regard, apparaît le mensonge, le mépris, le chantage, la corruption, la violence.

Les "guerres justes" sont des guerres de gangs, les "opérations humanitaires" cachent des réseaux de prostitution, les "campagnes de santé publique" dissimulent le racket de l’industrie du crime pharmaceutique, les "progrès de l’agriculture" sèment la maladie, les "conquêtes de la liberté" sont des victoires de la culture de mort par toxicomanie légale ou avortement remboursé, les "avancées de la science" font éclore des monstres clonés, les "avantages de la libre-circulation" étouffent des civilisations séculaires sous des migrations inassimilables poussées par des trafiquants de main d’oeuvre.

Tout cela sur un océan de fric sale que sillonnent gros tankers des multinationales et coques de noix des pâles voyous.

C’est une des plus redoutables familles de cette mafia universelle que dépeint avec précision et courage le livre de Gérard Dubois sur les méthodes secrètes de l’industrie du tabac.

De la première cigarette jamais roulée au cinq cent millionième mort du tabac, ce professeur de santé publique raconte une des plus cyniques entreprises de mort de l’histoire de la planète.

Ce livre se lit comme un roman de Stephen King. Il expose, froidement, comment de petits cultivateurs de tabac ont créé une des industries les plus prospères et les plus mortifères de la planète en sachant, dès le premier paquet vendu, qu’ils étaient des assassins.

Ainsi le créateur de la cigarette Camel, est-il également l’inventeur de la publicité mensongère. En 1890, il fonde la réclame de son tabac à chiquer sur sa douceur "naturelle" alors qu’il y ajoute de la saccharine.

Péché véniel certes, mais qui préfigure les crimes à venir : filtres empoisonnés, faux tabac light, ajout de substances addictives ligotant les fumeurs à leur vice, etc.

Dès le début, le travail des cigarettiers va aller dans trois directions : "améliorer la qualité du produit", c’est-à-dire y ajouter des substances qui vont le rendre plus innocent d’aspect, plus doux, moins acre et, en somme, plus générateur de dépendance. C’est que l’auteur appelle la "camisole chimique" ; "augmenter son pouvoir de séduction", donner l’illusion de la sécurité, fabriquer de nouveaux fumeurs y compris chez les enfants. Industries du tabac et de la pub marchant comme "le vice appuyé sur le bras du crime". Enfin "se prémunir contre les dangers de l’expertise scientifique et de la loi." Ce qui sera obtenu par la "subversion scientifique" (trucage des enquêtes de santé publique) et la corruption des politiques.

Le livre de Gérard Dubois, dans son état final (370 pages) représente moins du cinquième des informations et documents recueillis.

Tout le reste a été impitoyablement écarté pour ne laisser subsister que des faits avérés, incontestables. Le livre a été épluché ligne par ligne par des bataillons d’avocats et cependant, les éditeurs se préparent à affronter, au choix ou en même temps, un silence médiatique absolu ou une formidable campagne d’intimidation judiciaire.

Le Libre Journal

Ed. du Seuil. 21 neuros. ISBN 2-02-053724-9
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