Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 291 du 11 avril 2003 - p. 22
Théâtre
"Papa doit manger"

La Comédie-française renoue, après vingt ans, avec la tradition d’inscrire à son répertoire des auteurs vivants. Ce qui fit sa vitalité pourrait aujourd’hui annoncer sa décadence. L’auteur, Marie N. Diaye, née en 1967, à Pithiviers, est une romancière à la mode. Elle a obtenu le Fémina en 2001 pour "Rosie Carpe", "Papa..." est sa seconde pièce... Pas de troisième s.v.p. !

Ce pavé est à l’origine une oeuvre radiophonique. En deux heures (un siècle...) elle nous inflige les affres d’une famille de banlieue. Un homme aux yeux sombres et à la peau d’un noir « insurpassable » a abandonné sa femme et ses filles dix ans auparavant. Il revient sans implorer, sans s’excuser car « Papa doit manger »... C’est plutôt les enfants qui devraient manger, les parents devant se sacrifier. Le "père-revenant", au contraire, exige. Il est cynique, menteur, effronté... C’est un nègre, Africain déraciné, ce qui pourrait donner un ton sarcastique et cruel comme chez Horwath. Hélas, c’est raté. La peau noire de Papa obsède toute la famille de maman. Elle a provoqué la honte et le désastre.

L’auteur confie volontiers que son oeuvre est une allégorie de notre rapport avec « le jeune continent africain » (sic).

Est-ce que cette pièce "coup de coeur de France Culture" ne serait pas le prétexte à l’engagement d’un pensionnaire noir ?... pour jouer un nègre ! Si un quota s’instaure on attend avec gourmandise quelques distributions...

Placé au premier rang de corbeille, j’ai tout entendu de Mademoiselle Christine Fersen et un mot de ci-de là du reste de ses partenaires. J’ai été obligé de lire le texte pour en parler. (Dure, dure, la critique). Citons les acteurs CI. de Bayser, Cl. Guillot, Ch. Cloarec, Rachida Brakni, Gabrielle Cohen, Lilas Lahmidane, Amina Touidjine, Bakary Sangaré (Papa), Ph. Bianco. L’équipe de France de foot en somme ! Mise en scène plan-plan d’André Engel dans cinq décors... Sainte Subvention priez pour eux... Ils ne savent plus ce qu’ils font (jusqu’au 22 juin).

Jérôme Brigadier

Comédie Française. 01 44 58 15 15
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