Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - p. 2
A propos de chiens de paille...
II
Only French, But very French

La chronique de Nicolas Masvaleix dans Le Libre Journal n° 291 pose une question de fond : existe-t-il des situations sur lesquelles on peut porter des appréciations parfaitement binaires ?

Voilà un beau sujet de débat.

Pourquoi donc, dans l’affaire irakienne, un oeil critique tourné vers la politique des USA impliquerait-il obligatoirement une adhésion sans réserve aux positions, actions et déclarations des gens qui gouvernaient jusqu’à hier l’Irak ?

J’avoue ne pas voir pourquoi je soutiendrais les visées de l’un pour la seule raison que je réprouve le comportement de l’autre.

L’Irak moderne est un pays islamique et les exemples que j’ai sous les yeux, à domicile, de ce que peut produire la culture musulmane m’éloignent de toute inclination éventuelle dans cette direction.

J’enrage de voir certains de nos jeunes gens copier la démarche balancée et simiesque des jeunes allogènes maghrébins et de se déguiser, nouveaux kollabos, en adoptant leurs crânes rasés, leurs barbiches orientales et leurs pantalons façon sarouel.

Je ne suis pas enclin à la fréquentation admirative du monde musulman. Je n’ai même pas besoin de références religieuses pour me tenir à bonne distance.

Mais pour autant je ne bascule pas tout d’un bloc vers une américanolâtrie étoilée.

Pour tout dire les Américains m’agacent. Ils m’agacent à cause de leur inculture crasse, de leur mauvais goût et de leur manie de m’inonder malgré moi avec leur sous-culture de supermarché, de leur mépris permanent de tout ce qui n’est pas eux. Dès que l’autoradio de ma voiture démarre (c’est hélas automatique et hors de mon contrôle) j’entends de la musique afro-américaine tout droit sortie des usines à CD californiennes. Je bute à chaque coin de rue sur des sandwicheries standards dans lesquelles s’engouffrent peut-être, à mon insu, des enfants que j’aime. Je vois les jeunes gens et jeunes filles qui sortent du lycée voisin habillés uniformément de bleu cow-boy (sauf les déguisés sus-évoqués) alors qu’ils sont nés dans le pays de l’élégance et de la gastronomie. J’entends des messages publicitaires rédigés en sabir américain, et pour moi, qui suis tellement sensible à la musicalité de ma langue maternelle, trop, c’est trop.

Bref, je suis dans la situation d’un type qui aurait un cousin mal élevé en bisbille avec des voisins mal embouchés qui lui reprochent de mettre sa radio trop fort.

Celui-là a le droit de rester sur son quant-à-soi et de ne pas épouser les querelles de son encombrant parent.

Mais il y a plus grave. Les Américains se sont-ils lancés dans la guerre irakienne pour des motifs clairs ? Il n’est pas possible de répondre par l’affirmative à cette simple question. Ce qui est évident, par contre, est la subordination de leurs gouvernants aux lobbies sionistes et pétroliers, de sorte que l’on peut s’interroger pour savoir si cette guerre est, oui ou non, une action de défense de la civilisation occidentale.

Où est l’intérêt de la civilisation latino-chrétienne là-dedans ?

J’ai beau écarquiller les yeux, je ne l’aperçois pas. Les moulinets qui s’agitent au-dessus des têtes syriennes me font voir que d’autres intérêts, ceux d’Israël, sont pris en compte.

Je ne veux donc pas prendre parti entre ces deux antagonistes, l’Islam et le dollar.

Je préfère être, moi, avec mon christianisme et mes cathédrales.

Je préfère garder Mozart (je leur laisse volontiers Boulez), conserver l’onglet à l’échalote, le pain de campagne, le boudin de Mortagne et renvoyer dos à dos les consommateurs hallal et casher. Je crois que la défense de la civilisation dont j’ai hérité est possible par le comportement culturel ici et maintenant.

Pour ce qui est d’avoir des amis, j’imagine qu’il doit être possible de s’en faire, et des bons, de Brest jusqu’à l’Oural, de Rovaniemi jusqu’à Brindisi.

Dans le même ordre d’idées, être opposé, faute de la comprendre, à une guerre imbécile n’implique pas de ma part une adhésion quelconque à la politique chiraquienne dont l’ambiguïté ne peut échapper à l’attention d’un observateur simplement attentif. Tout au plus puis-je observer que, faute de moyens, toute participation militaire directe ne pouvait qu’être humiliante et qu’il valait mieux, par conséquent, rester à la maison.

Mais je regrette, et ce n’est pas peu dire, que la situation n’ait pas été exploitée, ici même, pour remettre un peu d’ordre dans les banlieues islamisées, virer manu militari quelques imams un peu trop actifs et fournir aux Américains la seule denrée qui semble leur manquer et que nous pouvions peut-être encore leur offrir : du renseignement.

Je ne suis donc, ce qui n’est pas incompatible, ni pro-américain, ni pro-chiraquien, ni pro-irakien.

Only French, but very French.

Paul Turbier
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