Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - pp. 4 et 5
Chroniques de la pègre en uniforme
C’est l’U.S. Army qui a organisé
le pillage des musées irakiens

Emmanuel Ratier l’a annoncé au micro du Libre Journal sur Radio Courtoisie : il publiera dans son prochain Faits & Documents les détails d’une réunion au cours de laquelle des acheteurs des grands musées américains (qui sont aux Etats-Unis non pas des administrations d’Etat mais des sociétés privées ou des fondations appartenant à de riches collectionneurs) ont rencontré, quelques semaines avant le déclenchement de l’offensive en Irak, des responsables politiques et militaires.

Au cours de ces entretiens, a expliqué Ratier, un catalogue des objets exposés dans les musées des grandes villes irakiennes (Bagdad, Mossoul, Babylone, Bassorah, etc.) a été remis aux chefs militaires par les acheteurs des grands musées US avec mission de « mettre ces trésors à l’abri ».

On comprend, dès lors, la raison pour laquelle aucune force d’invasion ne s’est interposée pour empêcher les pillards d’entrer dans les musées et de les saccager, et pourquoi les radios, dont France-Info, ont affirmé que certains pillards auraient disposé des clefs des gigantesques portes d’acier qui interdisaient l’accès aux réserves abritées au bas d’interminables escaliers creusés dans le roc à plusieurs dizaines de mètres de profondeur.

La vérité est qu’avant le pillage « médiatique », des spécialistes américains arrivés avec les premières forces d’invasion avaient investi et vidé les musées (les USA et la Grande-Bretagne sont les seuls pays à avoir refusé de signer la convention internationale sur le pillage des oeuvres d’art par les vainqueurs en cas de guerre...).

Les collections ont alors été transportées en lieu sûr sous escorte militaire et, seulement après, on a laissé le champ libre à des pillards amenés sur place pour dissimuler cette opération en volant des pièces de peu de valeur qui seront revendues sur le marché parallèle.

Un journaliste du Financial Times a d’ailleurs confirmé avoir vu de ses propres yeux les soldats américains organiser eux-mêmes les pillages à Najaf puis, le lendemain, à Bassorah, deuxième ville d’Irak où le doyen de l’université, Abdel Jabar al-Khalifa, accuse l’armée d’avoir « laissé les gens entrer pour commettre leurs actes de vandalisme et tout voler avant de verser du pétrole et de mettre le feu ».

L’objet le plus étrange, une pile electrique vieille de 22 siècles

De son côté Mohsen Hassan, sous-directeur du musée de Bagdad, affirme que les pillards savaient exactement ce qu’ils cherchaient et qu’ils ne ressemblaient ni de près ni de loin aux miséreux des bas quartiers qu’il avait vus piller les boutiques du bazar.

Le scandale est tel que le secrétaire d’Etat à la culture du cabinet Bush n’a pas voulu voir son nom mêlé à ces rapines. Il a démissionné.

Détail méconnu : c’est une Anglaise qui fonda le musée de Bagdad. Gertrude Bell, grande amie du fameux Lawrence d’Arabie et, comme lui, agent des redoutables Crown Resources, cette société qui exécuta, sous couvert de commerce, les basses oeuvres de l’Empire britannique et qui est encore aujourd’hui en activité (elle contrôlait, par diverses sociétés écrans interposées, le pétrolier Prestige, ferraille flottante dont le naufrage vint opportunément punir la France de son action contre l’agression en Irak). Polyglotte, sportive, véritable amazone, Gertrude Bell sut gagner la confiance des chefs des tribus les plus puissantes de Mésopotamie et conduisit ainsi, sous couvert d’archéologie, des missions secrètes parallèles à celles de Lawrence.

Elle acheva sa vie comme directrice du musée de Bagdad.

Parmi les pièces disparues des collections que Gertrude Bell avait commencé d’amasser, un des objets les plus insolites, sans doute, de toutes les collections d’archéologie mondiale : une pile électrique vieille de vingt-cinq siècles !

Ce n’est qu’en 1957 que l’archéologue allemand Wilhelm König identifia comme telle une sorte de petit flacon de terre cuite oublié depuis vingt ans dans les réserves du musée.

Daté de 250-224 av. J.-C., époque de l’occupation des Parthes, cet objet d’apparence banale n’avait incité personne à tenter de comprendre à quoi il servait et on lui avait attaché l’inévitable étiquette passe-partout « objet du culte » jusqu’au jour où König y reconnut une batterie fer-cuivre rudimentaire mais efficace.

Remise en état par l’Américain Wilard F.M. Gray, du General Laboratory, qui comprit que l’électrolyte devait être de l’acide acétique ou de l’acide citrique, elle fonctionnait parfaitement.

Quant à l’usage que ses propriétaires initiaux en faisaient, on en est réduit à une hypothèse : ils s’en seraient servi pour apposer frauduleusement une couche d’argent sur un objet de cuivre ou une couche d’or sur un bijou d’argent et tromper ainsi les amateurs de joyaux du IIIe siècle avant J.-C.

Ce n’est pas, il s’en faut, la seule merveille arrachée au fonds de l’un des musées les plus riches du monde.

Parmi d’autres exemples ont été volés une harpe d’or de l’époque sumérienne (33 siècles avant notre ère), une tête de femme trouvée dans les ruines de la cité d’Uruk, âgée de quatre mille ans, des centaines de bijoux, d’objets en or, des armes, des casques, des boucliers, des objets courants, la première baratte de l’histoire humaine, la totalité des objets exposés à l’occasion d’une gigantesque présentation des « civilisations de la route de la soie » qui parcourut le monde entier jusqu’au Japon et dont le catalogue comptait cinquante pages, des bas-reliefs, des statues de taureaux ailés, des phoenix, des effigies d’anciens rois et reines, des tapisseries, des ivoires, des sceaux, des mosaïques, des céramiques, des poteries, le tout datant de deux mille à cinq mille ans avant Jésus-Christ.

Et surtout, des milliers, des dizaines de milliers de tablettes gravées de caractères cunéiformes contenant la plus ancienne mémoire de l’humanité, y compris les premiers balbutiements des mathématiques et de la géomérie. Un trésor inestimable.

Comme si l’on avait voulu éradiquer la mémoire de l’humanité.

Rappelons une fois encore ce qu’Igor Verof écrivait dans ces pages en octobre dernier : certains exégètes pensent que, d’une part, ces livres (supposés cachés en Irak) « pourraient contenir ce que les cabalistes appellent "la Cabale de Bereshit", c’est-à-dire la "consignation des secrets du monde", la maîtrise des secrets de la Nature et des forces du Cosmos. C’est évidemment plus redoutable que les fameuses "armes de destruction massive" que Bush s’entête à voir planquées dans les usines irakiennes ravagées par la première guerre du Golfe. Et l’on comprend que la volonté de posséder une telle arme ou, au moins, d’en interdire l’accès à un autre puisse déterminer le gendarme du monde à forcer le sol qui la recèle ou, s’il n’y parvient pas, à le vitrifier. »

Quoi qu’il en soit, l’armée US ne se contente pas de rapines en Irak.

Ce sont de véritables crimes de guerre auxquels se livrent les troupes US.

Alerté, Rumsfeld a eu ce mot d’un cynisme ahurissant : « Ce sont les joies de la liberté. »

Pour Rumsfeld, les crimes de guerre sont "les joies de la liberté"

Un journaliste du London Mail a raconté à quel point il était dégoûté des troupes américaines. Il les avait vues abattre deux Irakiens désarmés, sans qu’il y ait eu lieu de le faire. Ils ont également abattu de sang-froid un homme qui voulait se précipiter pour aider les deux autres ! « Ils font comme au Vietnam, ils tirent sur tout ce qui bouge », a commenté le journaliste britannique.

Un médecin de l’armée américaine s’est borné à ce commentaire désabusé : « Il faut comprendre ces actes, ce sont de jeunes gars, ils ont un peu peur, et ils appuient rapidement sur la détente. »

Par téléphone satellite, le docteur Geert Van Moorter, médecin belge présent sur le terrain après avoir servi également en Serbie, a donné un aperçu de ce que Rumsfeld appelle les « joies de la liberté » : « On m’a rapporté des histoires horribles sur le comportement des soldats américains. Des blessés qui font signe en vain à des chars américains de passage pour qu’ils les emmènent. Le personnel médical qui n’ose même plus aller demander aux check-points américains de pouvoir passer avec des blessés : tout Irakien qui s’approche des militaires américains risque une balle. Ils doivent alors venir nous demander, à nous, étrangers, d’aller négocier avec les soldats américains afin de laisser passer les blessés... »

Et le médecin ajoute : « C’est ici l’impunité la plus totale pour les militaires américains, ils peuvent tout se permettre et ne risquent en aucune façon de procès. "Nobody is perfect !", disent-ils alors. Ou alors, il s’agissait d’une "frappe préventive" (...) ainsi, le mitraillage d’une ambulance constitue peut-être bien, lui aussi, une "frappe préventive" car... il pourrait y avoir des explosifs, dans cette ambulance ! Deux morts, trois blessés graves ? Bah ! "Des dégâts collatéraux" ! Les soldats américains se baladent dans le secteur avec une arrogance incroyable. »

Voilà, on en conviendra, des propos qui évoquent de manière troublante un autre mot favori du talmudiste Rumsfeld : le « génocide bienveillant » (benevolent genocide).

Mais, n’est-ce pas, l’essentiel est que l’on ait mis fin au règne du nouvel Hitler.

En attendant d’aller débusquer le nouveau nouvel Hitler dans son bunker de Damas...

Espérons qu’après Condoleeza Rice n’aura pas l’idée de faire remarquer à Bush que Chirac rime étrangement avec Irak...

Le Libre Journal
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