Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - p. 14
Autres nouvelles
Quartiers de haute hilarité

Le 14 avril, à la prison de Luynes (Var), trois détenus particulièrement dangereux s’évadent d’un quartier de haute sécurité (Q.H.S.) grâce à un hélicoptère en vol stationnaire d’où un complice descend en rappel pour découper une grille à la disqueuse de poche.

Le directeur de l’administration pénitentiaire explique tout uniment que : « On ne tire pas sur un hélicoptère » (ce qui aurait fait plaisir aux British descendus en plein vol par des boys trop zélés en Irak) et il ajoute : « De toute façon, il était quasiment impossible aux surveillants de tirer, le mirador se situant à plus de cent cinquante mètres ! »

Sur quoi le garde des Sceaux, reprenant le manche, s’interroge sur le fait que « n’ayant pas pu tirer sur l’hélicoptère, on n’ait pas tiré sur les fuyards ».

Il faudra qu’un jour Perben nous explique comment fonctionnent les choses dans sa ministérielle caboche.

Premièrement il est, bien entendu, contre la peine de mort, acte barbare.

Pour ce motif, il fait implacablement poursuivre le citoyen qui, pour protéger ses biens, sa famille ou sa vie, flingue un truand en pleine activité.

Il est aussi contre la destruction d’un matériel coûteux, ex. : un hélicoptère.

En revanche, il s’étonne que personne ne songe à tuer des détenus qui, pour une fois, ne menacent directement aucune vie tant ils sont pressés de jouer la fille de l’air (on aimerait savoir, au passage, combien d’heures de formation au tir suivent les gardiens pour que le ministre les suppose ainsi capables, d’un coup de revolver, voire de pistolet, de tuer raide un évadé grimpant dans un hélico sans mettre en danger la précieuse mécanique...).

Quand on a un garde des Sceaux comme ça, on n’a pas besoin de manche à vent.

A propos de manches, on saluera les architectes qui ont disposé les miradors dans des lieux où ils ne font courir de risque à personne. Ni aux gardiens, prudemment cantonnés loin du théâtre des opérations, ni aux détenus, astucieusement invisibles depuis la tour de guet.

Opération "portes ouvertes" en prison

(Dans une prison ultra-moderne récemment terminée, la commission d’inspection a même constaté de visu que les fenestrons du Quartier de haute sécurité surplombant d’un mètre la terrasse mitoyenne étaient hors champ depuis le mirador.)

Comme ça, tout le monde est tranquille.

Le plus économique et le plus humain, au fond, serait de ne plus fermer la prison et de compter sur le comportement citoyen des détenus pour accomplir leur peine jusqu’au bout.

On espère tout de même que, depuis leur poste d’observation, les gardiens pourront au moins s’assurer qu’à l’infirmerie le personnel se lave les mains, qu’à la cuisine on ne lampe pas le vin blanc des maquereaux, qu’à la bibliothèque on ne roupille pas sur le Code de procédure pénale et qu’au réfectoire on ne mange pas de produits périmés.

Cela dit, il ne faudrait pas croire que tout ça est nouveau.

Le 26 juin 2001, Ma’ame Lebranchu étant gardeuse des Seaux, le député RPR Accoyer l’interpella sur « les opérations portes ouvertes en faveur des détenus de la prison de Borgo ».

Cette bonne blague de parlementaire faisait allusion à un événement survenu précédemment : l’évasion de cet établissement, pourtant ultra-moderne et non surpeuplé, de quatre détenus (dont trois par... télécopie et un par hélico).

A l’époque la chose faisait hurler de rire l’opposition. A présent qu’elle est devenue majorité, elle trouve ça beaucoup moins rigolo, forcément.

Mais le discours du ministre, pantalon ou jupon, reste identique.

Lebranchu disait avant tout : « Je vous signale que les surveillants de prison ne veulent plus être appelés gardiens. » Ce qui montrait son sens des priorités.

Secundo que « En ce qui concerne l’évasion par hélicoptère, il y avait un seul endroit d’où elle pouvait être organisée, du fait de l’angle mort d’un mirador. »

Et elle concluait : « Cela pose question. »

Perben, lui, « s’interroge ».

C’est à ce genre de préoccupation qu’on reconnaît un ministre compétent.

Le Libre Journal
Sommaire - Haut de page