Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - p. 16
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Un rapport effrayant sur
les effets des semences OGM

Douze milliards de dollars ! C’est ce que le soja, le maïs et le colza génétiquement modifiés ont coûté à l’économie américaine depuis 1999 en subventions, baisses de prix, pertes de marchés d’exportation et rappels de produits.

Telle est la conclusion d’un rapport de la Soil Association, fédération britannique des agriculteurs biologiques, à partir des données du Département américain de l’agriculture (USDA).

Ce rapport met en évidence que les rendements des variétés de soja résistant à l’herbicide Round-Up sont inférieurs de 6 % aux mêmes variétés conventionnelles, et de 11 % aux variétés conventionnelles à hauts rendements et que les champs de soja transgéniques requièrent trente-quatre fois plus d’herbicide que les champs de variétés conventionnelles.

Les fermiers, en effet, ne se contentent plus d’une seule application mais répandent de plus en plus d’herbicide à mesure que des problèmes imprévus apparaissent (résistance, nouvelles mauvaises herbes).

De plus, l’apparition d’insectes résistants a conduit l’agence de protection de l’environnement à demander aux fermiers de planter 20 à 50 % de leurs surfaces cultivées en maïs conventionnel.

Au Canada, la contamination ayant fait disparaître le colza biologique, les agriculteurs biologiques ont déposé, le 10 janvier 2002, une plainte contre Monsanto et Aventis.

Aujourd’hui, la plupart des agriculteurs nord-américains sont opposés à la mise sur le marché de nouvelles espèces transgéniques.

Les rendements des variétés OGM sont décevants ; les herbicides (dont l’atrazine, enfin interdite en France pour cause de pollution des nappes phréatiques) sont utilisés massivement ; des résistances simultanées et durables à trois herbicides apparaissent chez les adventices ; des insectes nouveaux remplacent la pyrale ; il devient impossible de maintenir des filières sans OGM ; les semences transgéniques coûtent entre 25 et 40 % de plus aux agriculteurs ; enfin, les augmentations de rendement dans les meilleurs des cas ne suffisent pas à compenser les coûts supplémentaires.

Les agriculteurs paniquent

Quant aux agriculteurs biologiques, les mesures de protection qu’ils sont contraints de prendre renchérissent fortement les coûts de production, sans qu’ils soient pour autant certains d’échapper à une contamination qui déclasse leurs récoltes.

Il est donc probable que, très rapidement, les bio américains auront à choisir entre abandonner leur mode de production ou cesser de cultiver les espèces dont des variétés transgéniques sont présentes sur le marché.

C’est évidemment le but recherché et les contaminations inévitables de plein champ, la pollution minimale "admise" de 1 % d’OGM dans les semences traditionnelles exportées et les OGM imposés au Tiers-Monde y contribuent puissamment.

Ce terrifiant rapport sort en France le jour où neuf producteurs, dont quatre bio, comparaissent devant le tribunal de Foix pour fauchage de colza transgénique.

Dans un pays raisonnable, il devrait conduire à l’interdiction de toute culture OGM en plein champ réclamée par Vincent Perrot, délégué général de la Fédération nationale des agriculteurs biologiques : « Si, demain, la Commission européenne réussissait à lever le moratoire qu’ont imposé les Etats membres pour les cultures OGM, elle condamnerait les filières sans OGM, dont la filière bio. Ce serait peut-être même aller à l’encontre de ce qui se dessine en Amérique du Nord : une baisse drastique de ces cultures, voire leur abandon à terme ».

Mais pour l’instant, cette évidence ne s’impose pas. En dépit des rendements moindres, de la consommation accrue d’herbicides, de la pollution augmentée et des coûts supérieurs, la seule préoccupation des autorités en matière d’agriculture semble être d’enrichir plus encore les géants de l’agrochimie américaine.

Claude Timmerman
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