Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - pp. 18 et 19
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Un an après l’élection de l’Escroc,
celle du Corrompu

Comme s’il fallait des raisons supplémentaires de mépriser la racaille politicienne, le calendrier se met de la partie.

Un an après que 82 % des votants ont choisi l’Escroc contre le Facho, deux événements se télescopent symboliquement.

Le parlement des gnomes ranime, pour déchoir Jean-Marie Le Pen de son mandat européen, la fétide cabale de Mantes-la-Jolie où politiciens, médias et justice avaient déjà rivalisé de crapulerie.

Et les chiraquiens portent à la tête d’une de leurs satrapies Alain Carignon, politicien corrompu condamné pour ce que la cour d’appel a appelé « l’acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu ».

Apparemment le parti unique qui monopolise les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, médiatique, policier, diplomatique et surtout financier ne se suffit pas d’avoir pour parrain un des politocards les plus déshonorés du marigot démocrasseux.

On n’aura décidément pas assez de réserves de mépris pour l’Etablissement. Européen comme français.

Pour autant, si Carignon revient les pattes encore graisseuses, il ne revient pas tête basse...

Ex-garçon coiffeur devenu troisième couteau de la génération morale d’hilarante mémoire, puis ministre, avant de tomber pour son petit business et, à peine élargi, de se reconvertir porte-flingue dans la bande à Sarko, il fait montre d’une belle santé dans l’impudence.

Le verbe haut, il distribue des leçons.

A propos de Raffarin, il parle d’ « incarnation actuelle de La terre ne ment pas, le slogan de Pétain »(1).

La règle du non-cumul menaçant l’assiette au beurre, il en dénonce le caractère antidémocratique.

Avec des mines de chat échaudé devant un baquet d’eau froide, il réfute « l’idéologie de la transparence et les contrôles permanents ».

Comme les vieilles catins passées dames d’oeuvres, il montre du doigt sans vergogne « le pouvoir financier qui profite de l’affaiblissement de la représentation nationale ».

"Grenoble Mensuel" : « Israélites notoires et valises remplies de pièces d’or. »

S’étant servi du désordre mafieux, il accuse les juges de « servir l’Ordre établi ».

Reprenant ses vieux trucs de tribun de chef-lieu, il se réclame de l’appui du « peuple qui vote » contre le jugement de « la foule qui aboie ».

Il affiche sa sympathie pour Balkany, Strauss-Kahn, Peretti, Tapie et autres parangons des vertus citoyennes « qui ont travaillé et en reçoivent la récompense ».

Et pour finir, bien sûr, il n’oublie pas le kaddish de rigueur devant le cénotaphe des « Heures Les Plus Sombres » : « Au début j’avais la cellule qu’avait occupée Klaus Barbie à Lyon, j’ai vécu des semaines difficiles. »

On se demande vraiment comment les juifs, d’ordinaire si vétilleux, peuvent tolérer de voir leur fameuse Mémoire envoyée au tapin par des demi-sels de cet acabit ! D’autant que, comme Emmanuel Ratier le rappelle en effet dans sa remarquable Encyclopédie politique française, Carignon n’a pas toujours été dans ces idées. En mars 1986, son luxueux magazine de propagande Grenoble Mensuel publia des considérations qu’il oublie aujourd’hui sur des « israélites notoires revenus au lendemain de la guerre relancer des jeux dans les cafés, les poches, les semelles, les doublures des valises remplies de pièces d’or ».

En outre, de son propre aveu, il pensait en prison à bien autre chose que les malheurs des juifs...

Qu’on en juge en lisant ce passage de Une saison dans la nuit (Ed.Grasset) que Carignon, alors en prison, publia en 1995 et qu’un critique plus servile que la moyenne (chapeau !) qualifia de « salut par la littérature », faisant ainsi de l’ancien garçon coiffeur l’émule de Villon, de Genet, de Boudard.

« J’obtiens de me faire couper les cheveux avant Noël. Un jeune Maghrébin fait office de coiffeur. Il ne me connaît pas. On m’a conduit au rez-de-chaussée. Trois gardiens sont assis derrière une table. Au milieu de la pièce, il y a une chaise. Lui me tutoie, mais je ne dois pas lui parler. Il porte une blouse de Nylon bleu sur un pantalon de toile sans pli qui tombe sur ses sandalettes. Son visage est avenant. Il appuie immédiatement la matière froide du gros rasoir électrique sur la base de mon cou dans mon dos. Il remonte sur le crâne en pressant le cuir chevelu. Je dois avoir une large bande de crâne dénudé. De grosses touffes de cheveux tombent. Je serre la mâchoire. Parallèlement, il recule sa tête et ses épaules en arrière, bras tendus, et, ainsi cambré, son bassin pèse contre moi, à la hauteur de mes épaules. Il tourne très lentement autour de moi et s’immobilise parfois. Je sens son pénis gonflé sur moi. L’ampleur de sa blouse cache son mouvement. Les trois surveillants qui nous observent ne remarquent rien. J’allonge le bras pour me dégager, mimant une démangeaison sur la jambe.

Rien n’y fait. Je recule de façon vive pour donner un coup sec au niveau de ses hanches. Mon propre mouvement ne produit rien, sinon une méprise. J’ai les larmes aux yeux. Si je le dénonce, il va aller au "mitard". Je sais ce que cela veut dire. Il pense couper les cheveux à un détenu habituel placé à l’isolement. Peut-être cette forme de plaisir fugitif, inachevé, est-elle habituelle entre ceux qui n’ont pas d’autre moyen de nouer un contact de la chair, autre qu’au travers d’un pantalon collé contre une épaule.

Les années de prison, entre hommes : une chaîne de télévision interne diffuse plus fréquemment que Canal+ des films pornographiques. Mais pour quel plaisir solitaire à deux ou trois dans une cellule ? Ce plaisir qui implique une forme de narcissisme, le sentiment de s’aimer soi-même autant que l’on possède l’autre, comment l’éprouver à plusieurs ? »

« J’ai l’orgueil de penser que ma légitimité n’a pas besoin d’élection. »

Corrompu, tordu, arrogant, asservi au lobby, Carignon est vraiment le prototype du gaulliticien.

D’ailleurs, ayant versé sa dîme, l’ex-maire de Grenoble retourne à sa vomissure au nom de son « engagement politique de gaulliste depuis toujours et pour toujours » et dans le but éminemment altruiste « d’aider l’opposition locale à prendre un nouveau départ ».

Mais pas du tout par goût de la politichiennerie, cela va sans dire.

« On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, déclame sans rigoler ce fin poète élégiaque pour garçons coiffeurs et marchands de pots-de-vin, parce que tout change, parce que soi-même on a évolué. Du fait de mon itinéraire tourmenté, qui m’a conduit à connaître à la fois des responsabilités gouvernementales et la condition du prisonnier, j’ai un regard différent, j’ai eu plus de temps que d’autres pour réfléchir. Disons que je peux apporter ma contribution sur un terrain différent : les idées, l’expérience... et j’ai l’orgueil de penser que ma légitimité à Grenoble n’a pas besoin d’une élection... L’idée de mon retour m’échappe. Quelque chose se construit hors de moi. On imagine le scénario de ma candidature, et on recherche tous les signes permettant de l’écrire. »

A l’évidence, on a trouvé.

Carignon est aujourd’hui président de l’UMP de l’Isère.

Juste façon, pour l’électorat le plus bête du monde, de célébrer le premier anniversaire de la victoire de l’Escroc.

Serge de Beketch

(1) Citations extraites d’entretiens publiés par Le Parisien et Ration. Et de Une saison dans la nuit d’Alain Carignon (Ed.Grasset).
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