Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - p. 23
L’humeur de Patrick Gofman
Livres en souffrance à Bernay

Le chanteur Hervé Vilar est attendu, prochainement, à la Salle des fêtes de Bernay (Eure), 12 000 âmes. Mais d’abord, ces 12 et 13 avril 2003, c’est moi que v’là, poussant mes oeuvres (Victor, Coeur-de-Cuir et Le Cauchemar américain). Je ne suis pas tout à fait seul. Il y a aussi deux auteurs locaux (un qui se relit en poussant des cris d’admiration) et quatre bouquinistes. Il y aura jusqu’à vingt personnes ensemble, par moments, au 2e Salon du livre de Bernay.

- Pourquoi ça s’appelle « Souffrance des livres » ? me demande une famille qui défile à un mètre de mon petit étal, sans s’arrêter, avec des visages anxieux et dégoûtés.

- Regardez-vous ! rétorqué-je sans me faire comprendre.

Sur une téloche passe un film de Truffaut, Farenheit 451, où les livres sont brûlés vifs. Une idée de Jean Crocq, patron de la radio locale, FMR (88.6 MHz), qui diffuse dans un rayon bocager de 12 km des notions de sémiotique. Radio laïque et serbophile !

Elle m’offre une heure d’antenne, samedi, et je m’évertue à promouvoir son Salon du livre, puisque l’organisateur ne s’en soucie visiblement pas. Les deux Russes excentriques qui m’ont conduit jusqu’ici font chacun leur gaffe, d’emblée, dans le micro. Je sue. L’illustre Jean-Christophe Casanova(1) est dans le studio, ayant charmé Jean Crocq, et il marque ma péroraison d’un bâillement terrifiant.

Dimanche. Il y a comme des temps morts et j’ai le temps d’étudier sérieusement Sun Tzu. Parfois, je sens une présence et je lève la tête. Voici un sourd-muet qui me signale de toute urgence qu’il ne m’entend pas et qu’il ne peut me parler. Je lui montre mes livres : il me fait comprendre qu’il s’en fout. Voilà un repris de justice analphabète qui m’annonce qu’il écrira bientôt le livre du siècle. Voili l’auteur auto-édité, auto-imprimé, auto-relié, etc., de La Disparue d’Orbec, qui nous arrive tout droit d’Orbec (Calvados). Et puis, le plus étrange de tout, dans ce décor : un auditeur normand de Radio Courtoisie, en pleine santé, qui me tient des propos sensés, et qui m’achète deux livres !

En deux jours, j’ai vécu plus bizarrement que L’Auteur de Ravalec (Dilettante) en un an. C’est invraisemblable, et je n’y crois pas moi-même.

Patrick Gofman

(1) Txomin pour les vieux lecteurs du LJ.
Sommaire - Haut de page