Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 292 du 24 avril 2003 - p. 23
Nos pères
Tertullien (II)

« Le grand événement de sa vie fut son adhésion au montanisme. Alors qu’il fut jusque-là d’une orthodoxie impeccable, vers 206, un zèle intempérant, compliqué d’illuminisme, l’entraîna dans la secte de Montan, dont le rigorisme s’adaptait à ses propres tendances » (Cayré). Montan prêchait une sortie de "pentecôtisme" d’après lequel l’Esprit-Saint s’incarnerait bientôt.

Son oeuvre

« Esprit positif et pratique en son fond, talent d’une trempe supérieure, qui sut resserrer en de vigoureux systèmes la théologie, la morale, la discipline, sans parler de la langue latine elle-même qu’il plia si doctement à de nouveaux usages, cette personnalité originale et puissante inaugure de la façon la plus brillante les lettres latines chrétiennes en Occident » (de L. 86). Sa culture est immense, notamment en philosophie gréco-latine (le stoïcisme surtout) et en droit, où il est passé maître. Il a lu toute la littérature chrétienne primitive. « Son intelligence n’est pas purement spéculative. Il n’a rien du savant de cabinet, ni du mystique enfermé dans son rêve. Il connaît admirablement le monde au milieu duquel il vit, les païens et les chrétiens » (de L. 86).

Hamman distingue trois genres d’oeuvre chez Tertullien : apologétique, polémique et ascétique. Cayré les regroupe selon quatre objets : Défense du christianisme (apologétique), Lutte contre l’hérésie (polémique), Morale, et Discipline sacramentaire.

Présentons quelques-uns de ses livres les plus fameux.

L’Apologeticum

« Incomparable chef-d’oeuvre » (Cayré). « Je vais démontrer positivement l’innocence des chrétiens. Et je ne réfuterai pas seulement les accusations portées contre nous, je les retournerai contre leurs auteurs (telle est en effet sa méthode tout au long de son oeuvre). Je répondrai à chaque catégorie de griefs, qu’il s’agisse de crimes clandestins qu’on nous attribue, ou de ceux que nous perpétuons au su de tous (crimes de lèse-majesté ou de lèse-divinités) ». Le ton général de l’ouvrage, commente Labriolle, est d’une rudesse impérieuse. Il cherche à humilier ses adversaires.

Abbé Guy-Marie
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